
La distribution des revenus est très inégalitaire dans notre pays et de nombreux travailleurs et travailleuses ayant un emploi faiblement rémunéré et non garanti, spécialement des femmes, immigrants récents, Autochtones et personnes handicapées, ont de la difficulté à nouer les deux bouts.
Un homme sur trois et 40 % des femmes ont des emplois à temps partiel ou temporaires, et non à temps plein ou permanents. Aujourd’hui au Canada, presque un adulte sur quatre, qui participe au monde du travail, n’a qu’un faible salaire et gagne moins que ce qui est nécessaire à une personne, même célibataire, pour se maintenir au-dessus du seuil de la pauvreté dans un grand centre urbain. Dans le dernier quart de siècle, les salaires de la moitié inférieure de la main-d’oeuvre n’ont que rarement correspondu à l’inflation par le fait que les augmentations de notre revenu national se sont principalement dirigées vers les groupes à hauts revenus.
L’inégalité croissante des salaires est la cause profonde de nombreux problèmes sociaux auxquels les collectivités sont confrontées quotidiennement. Les bas salaires et l’insécurité de l’emploi sont considérés par les groupes de lutte contre la pauvreté comme les problèmes socio-économiques essentiels dans notre pays.
Dans la « grande récession » que nous traversons actuellement, les conditions ne pourront que s’aggraver au moment où un nombre grandissant de personnes sans travail se voit obligé d’entrer en concurrence pour des emplois qui, déjà au départ, sont faiblement payés et n’offrent aucune sécurité.
Les administrations municipales progressistes doivent se joindre aux syndicats et aux groupes anti-pauvreté en vue d’augmenter les salaires minimums
Le mouvement syndical en appelle à toutes les provinces pour qu’elles s’engagent à mettre en vigueur un salaire minimum d’au moins 10 $ de l’heure, qui représente le minimum nécessaire pour qu’une personne célibataire travaillant à temps plein, pour une année entière, se maintienne au-dessus du seuil de la pauvreté. Les municipalités peuvent et doivent offrir leur appui aux campagnes visant à augmenter les salaires minimums, ainsi qu’aux améliorations s’appliquant aux normes provinciales de l’emploi qui leurs sont associées. Dans cette perspective, les municipalités peuvent aussi attirer l’attention sur les causes de la pauvreté au sein des collectivités locales et sur les expériences vécues par les personnes à faible salaire et les familles qui ont recours aux organismes de services sociaux.
Dans les secteurs où les municipalités sont directement responsables du revenu et autres soutiens aux familles défavorisées, elles doivent mettre en évidence dans quelle mesure les économies de coûts et les améliorations aux niveaux de vie peuvent résulter de l’augmentation des salaires minimums et des soutiens au revenu pour les familles à faibles revenus (tels que la prestation fiscale pour le revenu de travail, le crédit d’impôt pour enfant, le crédit pour la taxe sur les produits et services et autres programmes provinciaux similaires)
Les administrations municipales progressistes doivent défendre des salaires et des niveaux de vie décents
La plupart des employés municipaux directs sont syndiqués et jouissent de salaires, prestations et conditions de travail décents et, de plus, les administrations locales constituent une source directe importante d’emplois bien rémunérés. Bien qu’elles aient des budgets limités, elles peuvent et doivent résister à la tentation de sous-traiter les travaux de base au bénéfice de fournisseurs privés offrant de bas salaires et de privatiser les services publics fondamentaux par le truchement de soi-disant partenariats public-privé.
La recherche démontre que la privatisation et l’impartition augmentent d’habitude les frais d’exploitation plutôt que de les diminuer, en raison des pressions qui s’exercent sur les organisations du secteur privé quant à la création d’importants profits, et aussi parce que les services à bas salaires tendent à être de bien moindre qualité.
Les administrations municipales progressistes du Canada doivent créer et mettre en application l’ordonnance sur le salaire minimum vital
Plus de 130 ordonnances sur le salaire minimum vital ont été adoptées aux É.-U. depuis 1994, comprenant de nombreuses grandes villes telles que New York, Chicago, Boston, Detroit, Cleveland, Los Angeles, San Franscisco, Oakland, San Jose et Miami. En fait, près de la moitié de la population urbaine des É.-U. bénéficie de l’une ou l’autre ordonnance sur le salaire minimum vital.
Le salaire minimum vital provient d’une conception affirmant que les salaires doivent fournir un revenu suffisant pour subvenir aux besoins fondamentaux des individus. Les ordonnances dont il est question ici résultent des campagnes menées conjointement par les groupes communautaires et les organisations syndicales dans le but d’augmenter les salaires des personnes défavorisées.
Les buts fondamentaux de ces campagnes municipales ont été de donner une impulsion aux revendications pour des salaires minimums plus élevés, de s’assurer que les salaires locaux reflètent les coûts de la vie de l’endroit où ils se situent, spécialement dans le cas du logement, et d’établir des normes salariales pour des professions précises de manière à éviter que les salaires décents soient menacés par des entrepreneurs de qualité médiocre et malhonnêtes offrant de bas salaires.
Les ordonnances sur le salaire minimum vital des É.-U. s’appliquent généralement à des sociétés et des entreprises non commerciales ayant conclu des contrats de services avec une ville et des agences urbaines dans des domaines comme ceux de la sécurité, des services d’immeubles, d’alimentation et de certains services sociaux tels que les soins à domicile. Les petits fournisseurs en sont généralement exemptés.
Les ordonnances sur le salaire minimum vital s’appliquent aussi souvent aux sociétés qui reçoivent un soutien financier de la part d’une ville, y compris par l’intermédiaire de subventions, d’abattements d’impôts et d’amortissements, et aussi d’incitatifs au profit de promoteurs immobiliers. Elles ont parfois été étendues aux développements commerciaux.
Généralement, les ordonnances s’appliquent directement à un petit nombre de personnes à faible salaire, mais elles aident à fixer un étalon auquel les employeurs des secteurs public et privé pourront se conformer. Des études montrent que la mise en oeuvre des ordonnances provoque effectivement une augmentation des salaires et que les conséquences pour les gouvernements ont été faibles en ce qui concerne les coûts.
Au Canada, la ville de Toronto fut le chef de file en matière d’application d’une échelle de juste salaire aux contrats de construction de la ville, qui s’est à présent étendue aux contrats pour les services de sécurité, l’entretien et le nettoyage des immeubles, ainsi que l’aménagement paysager.

Justes salaires et conditions de travail