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Communautés en difficultés

D’octobre 2008 à août 2009, le Canada a perdu 486 000 emplois à temps plein. Ce chiffre, aussi impressionnant puisse-t-il être, n’exprime pas à quel point les travailleuses et travailleurs touchés sont dévastés. Nos communautés sont en difficulté. L’été dernier, le Congrès du travail du Canada (CTC) s’est mis en devoir d’écouter les travailleuses et travailleurs qui tenaient à s’exprimer dans ces communautés.

Nous nous sommes rendus dans sept communautés qui représentent bien l’ensemble des régions et des secteurs de l’économie. À travers le pays, des communautés entières sont dévastées par une vaste crise économique et persistante. Pour les travailleuses et les travailleurs, cette crise a commencé bien avant l’effondrement financier de l’automne 2008 et elle va se poursuivre bien au-delà de l’automne 2009.

Les gouvernements et de puissants groupes d’entreprises aimeraient bien nous faire croire que la « grande récession » arrive à son terme, mais pour les travailleuses et les travailleurs, la réalité est encore et toujours la même : pénurie d’emplois et ruine financière qui en découle. Plusieurs n’ont réussi qu’à trouver une place au salaire minimum pour remplacer un salaire industriel. Ceux et celles qui ont eu la chance de conserver leur emploi craignent une détérioration de leurs conditions de travail et salariales. D’autres appréhendent une faillite ou un appel à l’aide sociale.

À chaque endroit, nous avons rencontré des leaders du mouvement syndical et du milieu communautaire; des gens mis à pied et en chômage; des travailleuses et travailleurs du secteur public et du secteur privé; des femmes, des hommes, des gens de couleur, des jeunes, des Autochtones.

Nous avons parlé aux gens qui assurent les services sociaux à la communauté et aux personnes en chômage. Nous avons parlé à des professionnels de l'enseignement et de la santé, à des membres du clergé, à des femmes et à des hommes politiques. Chaque entretien a enrichi notre connaissance de l'impact réel des forces du marché sur la vie des gens. Cet été, nous avons pu voir les conséquences des attaques sans précédent contre les syndicats et la négociation collective. Nous avons vu chez des retraités la peur causée par la perte de la sécurité de la retraite. Nous avons été témoins de l’inefficacité du régime d’assurance-emploi à aider les chômeuses et chômeurs. Nous avons ressenti la pression à laquelle sont soumises les municipalités. On nous a dit tout le mal que les pertes d’emplois font aux familles.

Miramichi, Nouveau-Brunswick

À une époque, Miramichi avait l’une des plus grandes usines de pâtes et papier du Canada, avec plus de 1 000 travailleuses et travailleurs à son emploi. Aujourd’hui, cette usine est fermée de façon permanente. L’année dernière, la région de Miramichi a perdu 3 100 emplois. Désormais, le plus gros employeur de la ville est l’Hôpital régional. Les travailleuses et travailleurs ont fait tout ce qu’ils ont pu pour survivre, d’abord avec leur indemnité de départ, puis avec leurs chèques d’assurance-emploi, les soutiens à la formation et les opportunités d’emploi qu’ils ont saisies dans la province ou ailleurs au pays. Ces ressources financières sont maintenant taries.

Le père de Kelly McKay a été licencié de l’usine. Il est malade, trop jeune pour prendre sa retraite et il a dû déclarer faillite. « Cela me brise le cœur de penser que cet homme se retrouve devant rien alors qu’il travaille depuis l’âge de 11 ans. » Lisez plus...

Liverpool, Nouvelle-Écosse

Au milieu de l’été 2009, les membres du SCEP à l’emploi de l’usine de papier Brooklyn avaient déjà vécu plusieurs fermetures de cinq semaines. Comme l’a si bien exprimé un travailleur en juillet : « Nous avons seulement travaillé 12 semaines sur 28 en 2009 ».

Un autre travailleur a renchéri : « Quand j’ai rejoint les rangs du syndicat au milieu des années 1980, ma section locale comptait plus de 700 membres. Aujourd’hui, ils ne sont plus que 215 ».

Une résidente de Liverpool a aussi témoigné : « Oh oui! La situation est très dure dans l’industrie de la pêche présentement. Les propriétaires des usines ont des difficultés, bien sûr, mais c’est bien pire pour les gens qui travaillent sur les bateaux. Ils sont nombreux à être partis pour l’Alberta à l’époque du boom, mais aujourd’hui, ils sont complètement déroutés; il y a beaucoup de pauvreté là-bas ».

D’autres reviennent : « Je connais deux familles dont les travailleuses et travailleurs sont revenus de l’Alberta parce qu’ils ne trouvaient plus de travail là-bas; l’un d’eux ne travaillait plus depuis avril ». Lisez plus...

Oshawa, Ontario 

Le nombre d’emplois à l’usine GM d’Oshawa a chuté de 12 000 à un peu plus de 3 500 en deux ans. Pour chaque emploi perdu, 7,5 autres emplois disparaissent dans le secteur des pièces automobiles et des ateliers de réparation. Sandra Kicinko, résidente de longue date, déplore la situation : « C’est la dévastation ».

Centraide a vu ses revenus chuter d’environ 700 000 $, explique-t-elle : « Sur un budget de 3 millions de dollars, c’est une baisse considérable ». Chez Simcoe Hall Settlement House, on constate que la fréquentation des banques alimentaires augmente de 20 % à 25 % par mois.

Ingrid Thompson de la FEEO explique : « Nous avons des enfants en crise tous les jours et ils n’ont pas d’endroit où aller ». Pour les enseignantes et enseignants occasionnels, l’admissibilité à l’AE est à peu près impossible à atteindre.   Les membres des TUAC à l’emploi du Loblaws voient leurs emplois rabaissés au rang des Superstores et NoFrills avec des coupures de salaire de 4 $ l’heure. Lisez plus...

Sault Ste. Marie, Ontario

En avril 2009, 20 % des 2 251 employés d’Essar (anciennement Algoma Steel) ont été licenciés. Pendant ce temps, Algoma Tube (rebaptisée Tenaris) a interrompu sa production pour ensuite rouvrir avec 130 travailleuses et travailleurs de moins.

Un mécanicien d’entretien membre des Métallos qui venait de déménager à Sault Ste. Marie a appris deux mois plus tard qu’il était licencié de façon permanente.

«J’espérais planter mes racines et fonder une famille, mais j’ai subi tout un choc. Je me retrouve sans emploi à toucher des prestations d’AE qui ne remplacent même pas la moitié de mon salaire. J’ai fait des demandes d’emploi dans 125 à 130 entreprises différentes et je n’ai reçu qu’un seul appel suite à ces démarches. C’est dur».

Voici comment une technologiste de laboratoire médical membre de SEFPO à l’emploi de l’Hôpital régional de Sault Ste. Marie décrit sa journée de travail : « Il n’y a pas le moindre temps mort. Il faut se donner à 200 % sept heures et demie par jour. Les gens retournent chez eux en pleurant. Littéralement ». 

Welland, Ontario

La fermeture de l’usine John Deere d’ici la fin de l’année entraînera la perte de 800 emplois. Ces dernières années, Henniges Automotive a licencié 700 travailleuses et travailleurs de façon permanente. Il est question dans les deux cas d’un déménagement de la production en dehors du Canada, principalement au Mexique. 

Rick Alakas, président de la section locale 523 des TCA et conseiller municipal, tire la sonnette d’alarme :
« Quiconque dit que nous vivons une transition et que nous allons tourner la page et nous en tirer tout à fait bien se fait des illusions ou tente de jeter de la poudre aux yeux du public. Car nous allons être en grave difficulté en septembre ou en octobre quand l’usine Deere sera fermée. Un énorme problème social se dessine à l’horizon à Welland. »  Lisez plus...

Saskatoon, Saskatchewan

La Saskatchewan tire de très bons revenus de l’exploitation de la potasse, du pétrole et des mines, mais le nouveau gouvernement ne pense qu’à comprimer et à privatiser. La nouvelle législation sur les « services essentiels » va dépouiller les travailleuses et travailleurs du secteur public de leur droit de grève. Les membres du SCFP sont inquiets. 

À Saskatoon, la principale « communauté en difficulté » est urbaine. Elle est autochtone. Elle est jeune. Et la « difficulté » pour cette communauté ne date pas de 12 mois.   Comme le font si bien valoir les communautés autochtones et des Premières Nations  :« Crise économique? Récession? Nos communautés seraient bien heureuses d’être en récession; ce serait déjà mieux que la pauvreté abjecte et la négligence qu’elles vivent présentement »  Lisez plus...

Campbell River, Colombie-Britannique

« Nous avons perdu la pêche. Puis l’exploitation forestière. Ensuite notre usine de pâtes et papiers. Et maintenant notre mine. Jusqu’à quel point une ville peut-elle se permettre de perdre? », demande Brian Clark, mineur et président de la section locale 3019 des TCA.

La mine NVI a licencié 300 employés en mars 2008; la scierie TimberWest a éliminé 257 postes en mai 2008; l’usine de pâtes et papiers Catalyst a licencié 1 100 travailleuses et travailleurs pour une durée indéterminée au printemps 2009.

Mitch, un membre du syndicat des Métallos, a été licencié par Western Forest Products. L’égalité d’accès à l’assurance-emploi est pour lui un sujet préoccupant :  « À peine un peu plus au nord, il faut moins d’heures. Les employés travaillent pour la même compagnie, mais ils n’ont pas besoin d’autant d’heures que nous. Leur période de prestations est plus longue et ils ont moins longtemps à attendre. Le système n’est pas équitable et il faut vraiment que cela change. »  Lisez plus...

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