Libre-échange avec la Colombie

La Colombie : le pays le plus dangereux au monde pour un dirigeant syndical

Le 15 août 2011, l’Accord de libre-échange Canada-Colombie est entrée en vigueur malgré une vive opposition du Congrès du travail du Canada, de ses syndicats affiliés, des groupes de droits de la personne, des organisations religieuses et des organismes non gouvernementaux.

La Colombie détient le triste privilège d’être le pays le plus dangereux au monde pour les travailleurs syndiqués et les dirigeants syndicaux. Comptant comme l’un des pires pays des Amériques au chapitre des droits de la personne et le pays où plus de dirigeants syndiqués sont tués chaque année que dans tous les pays réunis sur la planète, les opposants ont fait valoir que le Canada ne doit absolument pas conclure un accord de libre-échange avec la Colombie.

En 2008, à la suite de l’adoption d’une loi ratifiant l’Accord, une étude par le Comité permanent sur le commerce international de la Chambre des communes recommandait un examen indépendant et impartial des répercussions de l’Accord de libre-échange avec la Colombie sur les droits de la personne, avant que le Canada ne considère de le ratifier et mettre en place. En guise de réponse, le Premier ministre Harper a insisté qu’en « renforçant la collaboration économique et politique entre nos deux pays, nous permettrons aux Canadiens de soutenir les citoyens de la Colombie dans leurs efforts visant à rendre leur démocratie plus sûre et plus prospère ». (21 novembre 2009).

Au lieu de mettre en œuvre la recommandation du Comité permanent concernant une évaluation indépendante et impartiale des droits de la personne, la loi visant à appliquer l’Accord a été amendée en 2010, permettant aux gouvernements du Canada et de la Colombie de rédiger leurs propres évaluations annuelles sur les droits de la personne – ce qui est bien loin d’une évaluation transparente et indépendante appuyée par les syndicats et la société civile. Ces rapports doivent être présentés chaque année avant le 15 mai. Il est peu probable que le premier rapport du Canada soit complet.

En attendant, la Colombie demeure le pays le plus dangereux au monde pour un syndicaliste.

MISE À JOUR:

Le 15 mai 2012. le gouvernement du Canada a remis le rapport d’évaluation sur les droits de la personne qu’il était tenu de présenter à la Chambre des communes. Le rapport a analysé le traité, mais n’a aucunement fait mention des problèmes de droits de la personne en Colombie.

Prétendant qu’il n’y avait pas suffisamment de données pour réaliser une analyse exhaustive, le ministre du Commerce international a promis un rapport complet en 2013.

Entre-temps, 17 syndicalistes colombiens ont été tués depuis que l’accord de libre-change entre le Canada et la Colombie est entrée en vigueur en août 2011.

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Dans l'après-midi du 11 décembre 2012, un tueur à gages a assassiné le leader syndical MILTON ENRIQUE RIVAS PARRA. L’événement s’est déroulé dans la municipalité de Puerto Gaitan (département du Meta, en Colombie), près des bureaux de TERMOTECNICA, où il travaillait en tant qu’opérateur et électricien. M. Rivas Parra avait reçu plus tôt le jour-même des menaces de mort d’une personne lui affirmant qu’il serait tué parce qu’il était membre du syndicat USO de la Colombie et un leader syndical de l’Assemblée permanente qui revendique les droits des travailleurs.

M. Rivas Parra faisait partie du syndicat USO et était connu pour son leadership et son engagement aux luttes ouvrières dans le département du Meta en Colombie du Sud. Il travaillait pour l’entreprise de montage JM, un partenaire de Pacific Rubiales, une société pétrolière canadienne.

JOSÉ HEBERTH GÓMEZ MINA, qui enseignait à l’institut d’éducation du 6 octobre et qui militait au sein de l’association syndicale du personnel enseignant du département d’Arauca (ASEDAR), a été mortellement blessé et est décédé à l’hôpital peu de temps après. Il voyageait avec JUAN MANUEL MOGOLLÓN REYES, ancien maire de Saravena et ancien candidat politique local. Les deux victimes se sont fait tirer dessus à bout portant par des assaillants inconnus. Ce sont les victimes les plus récentes d’une longue liste d’assassinats violents, de disparitions, de déplacements forcés et d’enlèvements massifs de chefs sociaux dans le département d’Arauca.

Jorge Alberto Sanín Ramírez, vérificateur et membre du syndicat des fonctionnaires du pouvoir judiciaire (ASONAL), a été assassiné à Cartagena le 14 septembre.

José Heberth Gómez Mina, enseignant affilié au syndicat régional des enseignants de l’Arauca (ASEDAR), a été assassiné à Saravena, dans le département d’Arauca le 19 septembre.

Jaime Ramiro Zambrano Solarte, membre de la section de Nariño du syndicat des travailleurs de la santé et de la sécurité sociale (SINDESS), a été trouvé mort le 1er octobre avec une balle dans la tête. Il avait été porté disparu trois jours plus tôt. Son cadavre a été découvert dans la zone rurale de Samaniego, située dans le département de Nariño.