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Eh Hudak, tu n'as rien compris aux syndicats

Affiché le mardi, 10 juillet 2012

Traduction du texte publié sur le site www.huffingtonpost.ca

Le Fonds monétaire international et l’Organisation de coopération et de développement économiques ont confirmé que la négociation collective centralisée est le meilleur moyen de bâtir une classe moyenne solide. En somme, lorsque les travailleurs et travailleuses, par l’entremise de leurs syndicats, arrivent à négocier librement des salaires décents, des avantages sociaux et des pensions, les bienfaits se font ressentir sur la classe moyenne et la société dans son ensemble.

Il n’y a pas si longtemps, les gouvernements canadiens appuyaient aussi la raison d’être et la valeur de la libre négociation collective. Cependant, l’actuel gouvernement fédéral a pris l’habitude d’intervenir dans l’économie au nom des employeurs et à l’encontre de ceux qui sont à leur emploi.

Le plan du gouvernement de faciliter aux employeurs l’accès aux travailleurs migrants et de leur verser un salaire 15 % inférieur au salaire en vigueur, ainsi que de modifier la législation sur l’Assurance-emploi afin de forcer les chômeurs et chômeuses à parcourir de longues distances et à accepter presque tout emploi à seulement 70 % de leur salaire antérieur, en est la preuve.

Le gouvernement a pipé les dés contre les employés, et ceci est particulièrement évident dans ses interventions lors de conflits de travail. En mai, le gouvernement s’est servi d’une loi de retour au travail lors du différend entre le Chemin de fer Canadien Pacifique et ses conducteurs de train et d’autres travailleurs et travailleuses. L’année dernière, il est intervenu dans deux conflits de travail à Air Canada et dans un conflit précédent à Postes Canada.

Les Canadiens et Canadiennes devraient être inquiets de cette situation, qu’ils soient membres d’un syndicat ou non. L’érosion de la négociation collective est directement liée à l’écart croissant entre les revenus dans notre société. Les profits des entreprises ont atteint des sommets records ou presque tandis que les salaires des Canadiens et Canadiennes sont restés stables pendant toute une génération. Il y a une relation directe entre les attaques contre les syndicats et la réduction de la classe moyenne canadienne.

Laissée à elle-même, la libre négociation collective contribue réellement au bien de tous. Les syndicats ont réussi à assurer que les travailleurs ont part, au moins dans une certaine mesure, aux bénéfices des entreprises qu’ils ont aidé à créer. Les syndicats sont parvenus à réduire les écarts salariaux systémiques dans les milieux de travail. Être membre d’un syndicat signifie de meilleurs salaires pour les femmes, les personnes de couleurs, les Autochtones et les personnes ayant un handicap.

La structure de salaires plus équitable établie dans les milieux de travail syndiqués permet d’établir une norme de salaires et d’avantages sociaux qui s’étend sur les autres milieux de travail. Les employés ont tendance à être mieux payés lorsqu’ils vivent dans des collectivités habitées par des travailleurs syndiqués qui gagnent des salaires décents. Aussi, les pays avec des mouvements syndicaux forts possèdent une classe moyenne plus importante et dynamique et assurent une plus grande équité dans la société parce que les syndicats préconisent des politiques gouvernementales qui bénéficieront à tous les travailleurs et travailleuses, pas seulement à leurs propres membres.

Les interventions très musclées de notre gouvernement dans le marché du travail affaiblissent les droits fondamentaux des travailleurs, ce qui nuit à toute la classe moyenne au Canada. Son ingérence fait pencher la balance d’un côté et signifie que les sociétés n’ont pas à négocier sérieusement. Elles n’ont qu’à attendre que le gouvernement vienne les secourir si les pourparlers se retrouvent dans l’impasse. 

Si les travailleurs n’ont plus d’exutoire pour réclamer une rémunération et des conditions de travail justes, ils trouveront d’autres moyens de s’exprimer collectivement. Leur frustration pourrait entraîner des arrêts de travail spontanés, ce qui aurait un profond effet sur la productivité.

Le gouvernement ouvre la porte à une explosion de demandes salariales dans l’avenir, lorsque le taux de chômage chutera et les marchés de l’emploi se resserreront. Après des années de frustration et de stagnation des salaires, les travailleurs et travailleuses exigeront un rattrapage. Les interventions très musclées du gouvernement, comme celles dont nous avons été témoins à Postes Canada, à Air Canada et au CP Rail, entraîneront un ressentiment qui perdure et les travailleurs présenteront toutes ces questions en suspens lors de négociations subséquentes.

Pendant des générations, les Canadiens et Canadiennes ont appuyé la raison d’être et compris la valeur d’une libre négociation collective. Dans une large mesure, leur destin et celui de leurs collectivités en dépendent. Les employés doivent pouvoir négocier librement des salaires qui leur permettront de payer leur hypothèque et les études de leurs enfants. Une classe moyenne solide signifie un Canada prospère.