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La littératie financière ne protège pas contre les abus de l’industrie

Affiché le mardi, 29 novembre 2011

Novembre est le mois de la littératie financière. Les célébrités ne font pas encore pousser leur moustache pour sensibiliser la population à cette question, mais il ne saurait tarder si l’argent et le temps consacré à la cause sont un quelconque indice. Un Groupe de travail sur la littératie financière a été mis en place en juin 2009 et a déposé son rapport en décembre 2010. Peu après, le budget fédéral de 2011 promettait la nomination d’un chef de la littératie financière afin de mener une campagne nationale pour accroître les connaissances financières des Canadiens. En plus des 2 millions de dollars par année versés à l’Agence de la consommation en matière financière du Canada, le budget annonçait l’octroi de 3 millions de dollars additionnels par année pour les initiatives de littératie financière. Le mois de la littératie financière n’est rien d’autre qu’une nouvelle initiative, accompagnée de son propre site Web et d’un calendrier très chargé d’événements nationaux.

Nous pouvons tous soutenir la promotion des connaissances et aptitudes nécessaires pour prendre de bonnes décisions financières, tout particulièrement lorsqu’il s’agit de la préparation à la retraite. Par exemple, tous les Canadiens et les Canadiennes doivent savoir comment, en tant qu’investisseurs, ils se font royalement flouer par l’industrie canadienne des fonds communs de placement.

Une étude de Morningstar publiée plus tôt cette année accorde la note de F- à l’industrie canadienne des fonds communs de placement pour leurs frais de gestion les plus élevés parmi les 22 pays sondés. Les Canadiens possèdent 750 milliards de dollars en fonds communs de placement, avec un ratio médian des frais totaux de 2,31 pour cent pour un fonds d’actions. Ces frais peuvent engloutir près de 50 pour cent des rendements de l’investisseur sur la durée d’une vie.

Et combien savent que les 11 pour cent de Canadiens les mieux rémunérés cotisent plus à leurs REER que les 89 % autres déclarants combinés? Les contribuables canadiens subventionnent ces REER à hauteur de 7,3 milliards de dollars en dépenses fiscales annuelles nettes.

Les petits investisseurs n’en connaissent pas suffisamment sur leurs placements, sont influencés par leurs sentiments et finissent par vendre bon marché et acheter cher. Davantage de renseignements de meilleure qualité peuvent aider.

Mais est-ce suffisant de dire à l’acheteur de se conduire en consommateur averti? Avoir des connaissances ne protégera pas contre les arnaques si un camp détient tous les atouts. Les frais de gestion des fonds communs de placement au Canada sont toujours parmi les plus élevés au monde et changer d’une société de fonds communs à une autre n’y changera rien.

Améliorer les connaissances financières des investisseurs est un objectif louable, mais cela n’est guère suffisant pour remédier à la crise des retraites au Canada. Plus de 60 pour cent des salariés au pays, y compris 75 pour cent des travailleurs du secteur privé, ne bénéficient d’aucun régime de retraite privé et 30 pour cent des familles canadiennes n’ont aucune épargne retraite autre que le Régime de pensions du Canada. Il est un tant soit peu contradictoire que des institutions financières comme la Banque Royale – la plus grande société ouverte au Canada – appuient fortement les initiatives de littératie financière, au moment même où elles ferment leurs propres régimes de pension à prestations déterminées et imposent à leurs employés des régimes à cotisations déterminées.

Dans un monde du « chacun pour soi », on peut comprendre vouloir insister sur la nécessité de la littératie financière. Mais il est également vrai que les travailleurs sont tout simplement mieux protégés, en général, en tant que membres de fonds de pension généralisés à prestations déterminées. La gestion professionnelle des placements et l’accès à des classes d’investissement alternatives permettent aux grands fonds d’obtenir de meilleurs rendements et des économies d’échelle et leurs pratiques de bonne gouvernance font réduire les coûts. Les grands fonds de pension sont moins touchés par les frais de gestion et dépenses élevés que les petits investisseurs. Puisque le risque est dilué, les grands fonds de pension peuvent mieux encaisser les perturbations qui secouent les marchés financiers que les portefeuilles individuels.

Puisque l’épargne individuelle faiblit et les régimes de pension privés sont de plus en plus critiqués, les travailleurs ont besoin plus que jamais de la sécurité et de la commodité des régimes de pension à prestations déterminées. Presque tous les Canadiens et Canadiennes participent déjà à un régime de pension universel, sûr et à bas coût qui garanti des prestations de retraite à l’abri de l’inflation jusqu’à la mort – il s’agit du Régime de pensions du Canada. Augmenter les prestations du RPC est le moyen le plus efficace et économique de remédier à l’insuffisance d’épargne-retraite des Canadiens. Nous pouvons doubler les prestations futures de tous les travailleurs et travailleuses pour quelques dollars de plus chaque semaine (au départ, environ 3,57 $ de plus par semaine pour un travailleur touchant le salaire moyen).

Malgré cela, le gouvernement fédéral a présenté une mesure législative afin d’introduire les régimes de pension agréés collectifs (RPAC), une proposition inférieure étant donné l’ampleur du problème auquel les familles travailleuses sont confrontées. Le ministre Ted Menzies ne peut garantir que les employeurs offriront le RPAC et qu’ils y cotiseront, que les sommes seront à l’abri de l’inflation et de futures fluctuations des marchés ou que les frais de gestion imposés par les institutions financières seront inférieurs aux taux exorbitants actuels. Le salaire des employés sera prélevé et investi par défaut dans les produits de retraite à prix élevés offerts par les banques et compagnies d’assurance. La littératie financière n’assurera en réalité qu’une bien piètre protection.

La littératie financière est tout simplement insuffisante pour remédier au problème des retraites auquel nous sommes confronté. Nous devons nous engager maintenant à doubler les prestations futures du RPC. C’est une solution efficace.

Ken Georgetti est président du Congrès du travail du Canada, qui compte 3,3 millions de membres.
 

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