Affiché le jeudi, 11 août 2011
par Ken Georgetti
Juste au moment où nous pensions que la crise financière mondiale de 2008 n’était qu’un horrible souvenir, les marchés boursiers en dents de scie sont de retour et nous sommes tous pris dans l’engrenage.
Partout sur la planète, les craintes des investisseurs à l’égard de la dette souveraine et de la faible croissance donnent lieu à une perte de confiance et à un renoncement au risque. Depuis le début du mois d’août, l’indice composé S&P/TSX a perdu 8,5 % et l’indice Dow Jones près de 11 %. D’autres marchés mondiaux subissent des pertes semblables.
Les travailleurs qui tentent d’épargner pour la retraite sont stupéfaits et frustrés par la situation. En l’espace d’une semaine, les Canadiens et les Canadiennes qui ont investi dans des fonds communs d’actions ont constaté que 10 % de leur épargne‑retraite se sont envolés.
Les dernières fluctuations sont survenues moins de trois courtes années après le dernier plongeon désastreux des marchés des actions. Entre-temps, les indices comme le TSX n’ont même pas réussi à remonter à leurs sommets d’auparavant – ce qui explique pourquoi les portefeuilles REER n’ont pas pu se redresser des pertes catastrophiques des marchés subies il y a trois ans. Pendant ce temps, des frais de gestion parmi les plus élevés au monde ont été imposés aux investisseurs en fonds communs au Canada. Que vous soyez gagnant ou perdant à la table de black-jack, il semble que le croupier prend toujours sa part.
Il est entendu que cette tempête financière fait l’affaire des fonds spéculatifs et autres spéculateurs, qui dépendent de la volatilité des marchés pour réaliser des bénéfices astronomiques. Mais s’agit-il d’un moyen sensé pour assurer un revenu décent aux travailleurs à la retraite?
Les fluctuations actuelles des marchés nous rappellent le coût élevé et l’irrationalité du passage d’un régime à prestations déterminées à un régime d’épargne individuel. Pensez à deux personnes qui prennent leur retraite cette semaine après avoir travaillé toute leur vie. Steve est membre d’un grand régime de pension à prestations déterminées et sait exactement à combien se chiffreront ses prestations de retraite. La raison est que les régimes de pension, qui mettent le risque en commun entre les générations et l’étalent sur de nombreuses années, peuvent subir les aléas des marchés et surmonter les pertes temporaires beaucoup mieux que les portefeuilles individuels.
Le Régime de pensions du Canada est un exemple parfait. Les personnes qui prennent leur retraite cette semaine avec une pension du RPC recevront le plein montant auquel ils ont droit, tout comme ceux qui prendront leur retraite l’année prochaine et par la suite. Les grands fonds comme le RPC sont régis par des gestionnaires de placement professionnels qui obtiennent généralement des rendements supérieurs à ceux des petits investisseurs, qui ne disposent pas des connaissances et de l’accès des investisseurs institutionnels. En tant que membre d’un régime de pension à prestations déterminées, Steve peut aller de l’avant avec ses projets de retraite, car il peut compter sur des prestations de retraite assurées, à l’abri de l’inflation et versées la vie durant.
De l’autre côté, pensez à Ted, avec un Régime enregistré d’épargne-retraite (REER). À la différence de bon nombre de ses amis, Ted a eu la chance de se voir offrir par son employeur un REER collectif, même si son employeur a décidé de ne pas contribuer à son REER. Pendant des années, Ted a scrupuleusement contribué une partie son chèque de paie en prévision de sa retraite. Mais pour Ted, comme pour d’autres personnes qui ont des placements dans des comptes d’épargne-retraite privés, tout dépend des conditions du marché. La chute de la valeur du portefeuille de retraite de Ted à la veille de sa retraite signifie qu’il devra se contenter d’une perte permanente de revenu de retraite ou remettre à plus tard le moment de la retraite afin de récupérer les sommes perdues – sans aucune garantie que les marchés rebondiront, même d’ici trois ans.
Ne nous y trompons pas, les régimes de pension à prestations déterminées ont aussi subi des pertes lors du carnage boursier de la semaine dernière, mais seulement d’environ quatre pour cent du total des actifs – largement inférieur à la décote subie par les petits investisseurs. Plus important encore, le temps joue en faveur des membres de régimes de pension. Ce n’est pas le cas pour les petits investisseurs détenteurs de comptes épargne-retraite individuels.
Il y a trois ans, le Premier ministre nous a rassuré que la chute des marchés boursiers signifiait de nouvelles occasions d’achat. Un excellent conseil pour les riches, mais pas si bon pour les Canadiens et les Canadiennes qui tentent de planifier leur retraite. Dans un marché en constante turbulence, il est clair que nous avons besoin plus que jamais de la stabilité et de la sécurité d’un régime de pensions national sûr et durable. Le temps est venu d’élargir le RPC.
Ken Georgetti est président du Congrès du travail du Canada, qui compte 3,2 millions de membres.

Le Régime de pensions du Canada protège les travailleurs contre l’effondrement des marchés