Affiché le jeudi, 21 janvier 2010
par Ken Georgetti, tel que publié dans le Toronto Star le 20 janvier 2010.
La relance économique aidée par les très bas taux d’intérêt et l’augmentation des dépenses publiques semble avoir stabilisé les économies mondiale et canadienne. Ça fonctionne. Pourquoi arrêter maintenant?
Le premier ministre Harper soutient que nous devons revenir rapidement à l’équilibre budgétaire, et les amis du gouvernement conservateur disent qu’il faut le faire en réduisant considérablement les programmes sociaux, les services publics et les emplois du secteur public. À leur avis, ce sont les déficits qui posent un problème, et non le chômage imposé aux travailleurs et à leurs familles. Ils estiment qu’il est plus important en ce moment d’équilibrer le budget que d’aider les gens et de bâtir un meilleur avenir sur les plans social et économique pour les générations futures.
Il n’est pas nécessaire et il ne serait pas avisé de suivre la voie que nous avons empruntée dans les années 1990. Pour les Canadiens et les Canadiennes, il s’agit d’une décennie perdue lourde à porter, caractérisée par une croissance sans emploi, des taux de pauvreté élevés et la stagnation des salaires et des niveaux de vie. Et ce, à cause des réductions draconiennes des dépenses conjuguées au dollar élevé.
Les prévisionnistes s’attendent à ce que le taux national de chômage demeure supérieur à 8 % jusqu’en 2011. Équilibrer le budget en sabrant dans les services publics et les programmes sociaux n’aidera pas à créer des emplois et à venir en aide aux principales victimes de la récession – les chômeurs et les chômeuses de longue date des collectivités durement touchées. Ce n’est pas non plus ce qui nous préparera à réagir aux transformations provoquées par le changement climatique planétaire.
Les investissements dans des programmes de stabilisation sociale et économique qui aident le Canada à composer avec la pire récession mondiale depuis la Grande Crise sont non seulement nécessaires, mais constituent une politique avisée. Au cours de la dernière année, nous avons investi dans des programmes publics qui créent des emplois, accroissent notre potentiel économique et favorisent nos objectifs environnementaux et sociaux. Cela a porté fruit. Selon bon nombre des plus grands experts, nous devons faire encore plus pour assurer une reprise économique vigoureuse. Emprunter pour financer ces investissements ne pose pas un problème lorsque la dette publique totale est la plus faible de tous les pays industriels (53 % du PIB en 2008-2009 à comparer à 102 % en 1995-1996). Les taux d’intérêt n’ayant jamais été aussi bas, il est tout à fait avisé d’investir en ce moment.
Ceux qui préconisent des compressions soutiennent que le secteur privé comblera les manques à gagner. Or, les ménages canadiens et nos principaux partenaires commerciaux, les États-Unis, sont profondément endettés et ne peuvent continuer d’emprunter et de dépenser, surtout si le chômage continue d’osciller autour de 10 %. La capacité de production excédentaire à l’échelle mondiale et l’énorme déséquilibre commercial entre l’Amérique du Nord et les pays en développement signifient que les investissements des entreprises, autres que celles du secteur des ressources, demeureront faibles. Notre secteur manufacturier continuera de se débattre pour survivre tant que l’économie des États-Unis demeurera faible.
Ce n’est pas le temps de s’inquiéter de l’équilibre budgétaire à court terme parce que c’est politiquement rentable. Comme le signale Dominique Strauss-Kahn, directeur général du Fonds monétaire international, la croissance en ce moment est largement favorisée par les mesures de relance des gouvernements et les pays risquent de s’enfoncer de nouveau dans la récession s’ils mettent fin trop tôt aux mesures de lutte contre la crise.
Plusieurs prévisionnistes canadiens et la Banque du Canada ont récemment affirmé que des dépenses publiques élevées s’imposent pour maintenir la croissance et nous aider à sortir de la récession. Réduire les dépenses compromettrait la reprise. Bien sûr, nous ne pouvons continuer indéfiniment à afficher des déficits élevés. Équilibrer le budget exige un faible taux de chômage, des emplois décents et une assiette fiscale solide et progressiste. Les réductions d’impôt ont nui à la capacité financière dont nous avons besoin pour offrir de bons programmes, et ce sont principalement les riches qui en ont bénéficié.
Les travailleuses et les travailleurs canadiens ont les compétences et la détermination requises pour reconstruire et améliorer nos infrastructures sociale et économique. Ils doivent toutefois avoir l’occasion de le faire. Les bons emplois permettant de faire vivre une famille nous aideront non seulement à sortir de la récession, mais également à générer suffisamment de recettes fiscales pour éliminer le déficit. Grâce aux faibles taux d’intérêt, nous pouvons et devrions financer les dépenses publiques créatrices d’emplois maintenant tout en améliorant notre potentiel de production et l’assiette fiscale future. Emprunter aujourd’hui pour avoir une économie plus importante demain est la meilleure façon d’équilibrer les budgets sans imposer de fardeau aux générations futures. C’est aussi une façon de surmonter les défis que pose une société vieillissante.
C’est le moment de favoriser l’expansion de la croissance par les investissements publics pour soutenir la création d’emplois aujourd’hui et assurer une forte reprise du secteur privé demain. C’est aussi le moment d’investir dans de bonnes infrastructures publiques et de bons services publics en tant que principaux moteurs de la productivité du secteur privé de demain. Et c’est le moment d’adopter des stratégies de développement industriel et des politiques d’approvisionnement qui créent de l’emploi pour les Canadiens et les Canadiennes.
Ken Georgetti est président du Congrès du travail du Canada.

Les mesures de relance du gouvernement fonctionnent : ce n’est pas le moment d’arrêter