Affiché le mercredi, 24 mars 2010
Le Parti libéral du Canada m’a invité à participer à une discussion en panel le 27 mars pendant une conférence sur les politiques publiques qui aura lieu à Montréal. Je trouve rassurant que ce parti reconnaisse que le Canada a un problème en matière de pensions et qu’il cherche des moyens de le régler.
La plupart des Canadiennes et Canadiens n’épargnent pas suffisamment pour vivre leur retraite à l’aise. La récente crise financière et économique a mis en évidence les lacunes de notre système morcelé de pensions publiques et privées. Le tiers des travailleuses et travailleurs du Canada de 24 à 64 ans n’a aucune épargne-retraite et 61,5 % des travailleuses et travailleurs (11 millions de personnes) ne sont pas assujettis à un régime de retraite professionnel. L’heure est grave mais il y a, heureusement, des solutions possibles si nous sommes prêts, en tant qu’individus et que société, à faire ce qu’il faut.
Nous, les membres du mouvement syndical, croyons que l’amélioration du Régime de pensions du Canada (RPC) devrait constituer la pierre angulaire de la réforme des pensions et de la sécurité de la retraite. Presque tous les travailleurs et les travailleuses du Canada sont assujettis au RPC. Celui-ci est l’instrument d’épargne-retraite le plus facile à employer et le plus économique. Il est financé entièrement par les cotisations des travailleurs et travailleuses et de leurs employeurs. Chacun d’entre nous a un compte du RPC et peut facilement calculer la somme que le régime lui versera à son départ à la retraite.
Le RPC couvre 93 % des travailleurs et travailleuses du Canada, et ses prestations sont transférables : les gens continuent d’y avoir droit où qu’ils travaillent et peu importe le nombre de fois qu’ils changent d’emploi. Le régime est fondé sur des bases financières solides et ses décisions sur les investissements sont prises par un conseil indépendant. Les frais d’administration des pensions du RPC sont les plus bas du Canada; ils sont plus bas que ceux des régimes de pensions privés et beaucoup plus bas que ceux des REER offerts par l’industrie des services financiers. Même les banquiers reconnaissent actuellement que les REER ne répondent pas à nos besoins en matière de pensions, compte tenu de leurs frais administratifs élevés et des placements risqués qui y sont associés. Le RPC nous servira quand nous prendrons notre retraite et il servira à nos enfants quand ils prendront la leur dans de nombreuses années.
Le problème, c’est qu’à son adoption au cours des années 1960, le régime n’était censé remplacer qu’environ le quart du salaire antérieur au cours de la retraite. Le salaire moyen actuel est d’à peu près 41 000 $ et la prestation maximale du RPC est de 11 500 $. Nous voulons doubler peu à peu les prestations du RPC. À cette fin, il s’agirait de hausser légèrement les cotisations des travailleurs et travailleuses et des employeurs au RPC. Le doublement des prestations profiterait le plus aux jeunes travailleurs et travailleuses, mais les travailleuses et les travailleurs plus vieux en bénéficieraient également. La combinaison d’un RPC amélioré aux prestations actuelles de la Sécurité de la vieillesse et à un Supplément de revenu garanti accru pour les personnes âgées à faible revenu ferait augmenter considérablement les revenus des personnes retraitées.
Le CTC et les syndicats qui lui sont affiliés demandent la tenue d’un sommet national sur les pensions afin d’élaborer de vraies solutions. Les ministres des Finances du gouvernement fédéral ainsi que des provinces et des territoires ont tenu une réunion secrète en décembre 2009 afin de discuter de réforme des pensions. Le gouvernement fédéral a promis à ce moment-là de procéder à des consultations sur les pensions, mais ces consultations ont été reportées quand la session de la Chambre a été ajournée. Cela rend d’autant plus importantes la conférence du Parti libéral sur les politiques tenue à Montréal et l’attention qui sera prêtée à la question des pensions pendant celle-ci. Nous croyons que notre proposition d’amélioration du RPC est la meilleure solution possible mais nous serions heureux de participer à un sain débat sur les pensions.
L’automne dernier, le CTC et ses affiliés ont lancé une campagne sur la sécurité de la retraite qui est axée sur la réforme des pensions. Nous avons tenu des réunions avec les ministres des Finances et les premiers ministres. Nous avons organisé des douzaines de réunions auxquelles nous avons participé avec des groupes syndicaux, communautaires et de personnes retraitées. Des membres de syndicats ont fait des pressions sur plus de 100 députées et députés fédéraux et de nombreux députés et députées provinciaux. Nous croyons que notre campagne a inscrit la question des pensions à l’ordre du jour du public. Il s’agit maintenant de nous assurer que les décideurs écoutent bien les Canadiens et les Canadiennes ordinaires.
Chacun d’entre nous a la responsabilité d’épargner suffisamment pour vivre sa retraite dans la dignité. Le meilleur moyen d’assumer cette responsabilité envers nous-mêmes et nos familles consiste à appuyer l’amélioration du RPC. Nous vivons une page importante de l’histoire du Canada, qui ressemble beaucoup à celle du débat sur les soins de santé tenu pendant les années 1960. Les Canadiens et les Canadiennes peuvent être obligés de tenter d’assurer eux-mêmes la sécurité de leur retraite à l’aide des produits à frais élevés qu’offre l’industrie des REER ou ils peuvent bénéficier d’un système amélioré de pensions publiques reposant sur le RPC.
Ken Georgetti est le président du Congrès du travail du Canada qui comprend 3,2 millions de membres.

Les propositions du mouvement syndical pour la réforme des pensions