Affiché le jeudi, 17 novembre 2011
Les personnes qui occupent les quartiers financiers des villes canadiennes et américaines sont motivées par la colère en raison de l’injustice économique flagrante qui existe dans notre société. Le mouvement syndical approuve les propos de ces jeunes qui campent sous des tentes à l’extérieur – parce que nous répétons le même message depuis des années. Les mégariches qui représentent un pour cent s’enrichissent tandis que les 99 pour cent autres qui sont des travailleurs ordinaires comme nous luttent pour une part du gâteau économique qui est de plus en plus petite. Depuis 1976, la rémunération médiane au Canada n’a guère augmenté, passant de 44 100 $ à 45 600 $, après correction pour l’inflation. Il s’agit d’une augmentation du revenu de seulement 1 500 $ en un tiers de siècle – moins de 45 $ par année en dollars constants. Par contre, la part de tous les revenus des particuliers versés au 1 % de l’élite au Canada a presque doublé depuis les années 1980, revenant au même niveau que dans les années 1920.
Les gens en ont assez et disent que cette injustice intolérable doit cesser. Mais comment? Entre la Deuxième Guerre mondiale et les années 1980, nous avions une société plus égalitaire et plus propice à l’intégration ancrée par la classe moyenne, mais ensuite les gouvernements de Margaret Thatcher, Ronald Reagan et d’autres ont ouvert la voie à une grande réorientation de la distribution du pouvoir, de la richesse et des revenus vers des gens qui ont déjà la partie belle. L’économiste américain Paul Krugman a décrit cet avènement comme la « Grande Compression ».
L’assaut contre la classe moyenne a pris plusieurs formes, y compris les réductions d’impôts accordées aux riches, la destruction des précieux services publics et la mondialisation qui a permis aux entreprises, aux banques en particulier, de piller les biens à leur gré. Des mesures prises par les gouvernements ont également compliqué la syndicalisation des travailleurs et limiter la capacité des syndicats à négocier efficacement au nom de leurs membres. Il existe un lien direct entre la classe moyenne qui rétrécit depuis les 30 dernières années et la baisse des effectifs syndicaux en pourcentage de la main-d’œuvre canadienne dans le secteur privé. Environ un travailleur du secteur privé sur trois était syndiqué à la fin des années 1980, mais ce chiffre n’est que de moins d’un travailleur sur cinq aujourd’hui. Nous constatons les résultats dans les disparités flagrantes de revenus qui mettent maintenant en lumière les énormes avantages acquis par le 1 % des plus riches au cours des 30 dernières années.
Les syndicats ont traditionnellement contribué à une solide classe moyenne de plusieurs manières . Ils ont restreint dans une certaine mesure la part du revenu national total qui est versé en profits aux entreprises. Cette part des entreprises approche un sommet historique au Canada et aux États-Unis en raison de l’affaiblissement du pouvoir de négociation des syndicats.
Les syndicats ont également réussi à rétrécir l’écart des salaires entre les cadres supérieurs et professionnels et le reste de la main-d’œuvre. Il est évidemment nécessaire d’avoir des différences de revenus afin de rémunérer les employés qui occupent des postes qui requièrent davantage de compétences, d’effort et de responsabilités, mais l’écart a atteint des niveaux absurdes. Aussi récemment qu’en 1995, le salaire moyen des 50 PDG les mieux payés au Canada était 85 fois plus élevé que le salaire du travailleur moyen. À peine 15 ans plus tard, leur rémunération moyenne avait explosé pour atteindre 219 fois le salaire du travailleur moyen.
Les syndicats réussissent aussi à réduire les écarts salariaux systémiques dans les milieux de travail. Être membre d’un syndicat signifie de meilleurs salaires pour les femmes, les travailleurs de couleur, les Autochtones et les personnes ayant un handicap.
Il est vrai aussi que la structure salariale plus égale des milieux de travail syndiqués permet d’établir des normes relatives aux salaires et aux prestations qui se répercutent chez les employeurs non syndiqués. Les travailleurs non syndiqués sont généralement mieux payés lorsqu’ils vivent dans des communautés avec une masse critique de main-d’œuvre syndiquée qui gagne des salaires décents.
Les experts du Fonds monétaire international et de l’Organisation de coopération et de développement économiques ont confirmé l’argument du mouvement syndical selon lequel le meilleur moyen de réduire l’écart de revenu est la négociation collective centralisée.
La dernière et la plus importante raison pour laquelle les pays avec des mouvements syndicaux forts sont plus égaux est que les syndicats préconisent des politiques gouvernementales qui profitent à tous les travailleurs et les travailleuses, pas seulement à ses propres membres. Les employeurs, en particulier les grands employeurs, ne sont généralement pas favorables aux syndicats parce que nous contestons leur pouvoir sur le lieu de travail et dans l’ensemble de la société. Les politiques gouvernementales fixées il y a trente ans qui ont transféré le pouvoir et la richesse à ceux qui étaient déjà privilégiés sont à blâmer pour l’injustice croissante actuelle.
Rehausser le niveau de vie pour un large éventail de la population canadienne profite à tous. Être membre d’un syndicat, c’est gagner un salaire décent afin de pouvoir acheter une maison, une voiture, élever une famille, prendre des vacances, payer les études universitaires des enfants et, après toute une vie de travail, prendre sa retraite dans la dignité. Les salaires décents et les pensions sont avantageux pour les petites entreprises et améliorent l’avenir de nos enfants. Un bon niveau de vie crée des communautés fortes, dynamiques et sûres. Les syndicats font réellement une différence en réduisant les inégalités.
Ken Georgetti est président du Congrès du travail du Canada, qui compte 3,2 millions de membres.

Rehaussons le niveau de vie des Canadiens