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Abousfian Abdelrazik est libéré de sa prison sans murs au bout de près d’une décennie

Affiché le samedi, 31 décembre 2011

En décembre 2011, le nom de M. Abdelrazik a fini par être rayé de l’infâme liste de présumés terroristes tenue par le Conseil de sécurité des Nations Unies.

Parce que son nom figurait dans cette liste, appelée liste 1267 de l’ONU, M. Abdelrazik a fait l’objet de sanctions rigoureuses qui l’ont privé de son droit de travailler et de celui de fréquenter un établissement d’enseignement ou de formation et l’ont empêché d’accéder librement à un compte bancaire et de se déplacer à l’extérieur du Canada.

M. Abdelrazik est un citoyen canadien et un machiniste de formation. Ses épreuves ont commencé pendant un séjour qu’il a effectué au Soudan en 2003 pour rendre visite à sa mère malade. Les autorités soudanaises l’ont détenu parce qu’elles le soupçonnaient d’entretenir des relations avec des terroristes. Il s’est fait torturer et priver de ses droits sans qu’une seule accusation n’ait été portée contre lui.

Les gouvernements successifs du Canada ne lui ont apporté aucune aide consulaire valable pendant sa détention et sa torture au Soudan. Le gouvernement conservateur a délibérément fait échouer les efforts qu’il a faits pour se faire rapatrier, comme il en avait le droit selon la Charte. Les autorités soudanaises ont fini par conclure qu’elles n’avaient en main aucune preuve permettant de le détenir plus longtemps et elles l’ont relâché. Elles ont même offert de le rapatrier au Canada, mais le gouvernement du Canada a refusé.

M. Abdelrazik n’a pas eu d’autre option que de camper dans l’ambassade du Canada à Karthoum pendant près d’un an pendant que le gouvernement conservateur lui refusait catégoriquement le passeport d’urgence qu’il lui fallait pour rentrer au Canada.

Bien que le SCRS et la GRC aient mené des enquêtes et indiqué par écrit en 2007 qu’ils ne disposaient d’aucune preuve permettant de porter des accusations contre M. Abdelrazik, il est demeuré abandonné au Soudan, obligé de vivre dans l’enceinte de l’ambassade et de dormir sur des chaises de plastique.

Entre temps, son nom demeurait sur la liste 1267 de l’ONU comportant des sanctions oppressives. Cette liste ne prévoit aucun recours permettant de contester les allégations des services du renseignement ni de procédure judiciaire équitable permettant de réfuter ces allégations ou de se défendre.

Le gouvernement du Canada aurait tout simplement pu refuser de mettre en application les sanctions imposées par l’ONU à M. Abdelrazik une fois qu’il a fini par rentrer au Canada à la faveur d’une ordonnance de la Cour fédérale, mais il a décidé de le maintenir dans une prison sans murs.

Le Congrès du travail du Canada, bon nombre de ses affiliés (AFPC, TCA, AIM, SCFP et STTP) et des conseils du travail se sont unis en 2010 pour contester la façon dont le gouvernement du Canada traitait le cas de M. Abdelrazik. Ils ont engagé celui-ci pour qu’il raconte ses épreuves à ses concitoyens canadiens. Des dispositions ont été prises pour qu’il procède à une tournée de conférences en automobile dans l’Est du Canada et à une tournée dans l’Ouest comportant certains vols, pour défier l’interdiction de ses déplacements et dénoncer l’illégalité de la liste d’interdiction de vol. La tournée dans l’Ouest a compris une visite rendue au bureau de circonscription du premier ministre à Calgary, où M. Abdelrazik a laissé au personnel de M. Harper une lettre demandant de l’aide au gouvernement du Canada qui est restée sans réponse.

Le mouvement syndical et une campagne montréalaise appelée Retour au bercail ont soutenu avec des milliers d’autres Canadiens et Canadiennes qu’aucun citoyen du Canada ne devrait être abandonné à l’étranger, comme il était évident que cela s’était produit dans ce cas. La conjugaison des efforts du mouvement syndical et des groupes militant pour les droits de la personne ont fait connaître le cas de M. Abdelrazik au public canadien, et de plus en plus de personnes ont réclamé que justice soit rendue.

En décembre 2010, au cours d’un événement marquant la Journée des droits de l’homme, le CTC a présenté la longue lutte de M. Abdelrazik et l’a remercié d’avoir consenti à raconter son histoire aux Canadiens et Canadiennes. La chaîne Sun Media a assisté à l’événement et publié un reportage empreint de préjugés et truffé de faussetés sur le cas de M. Abdelrazik et le rôle du mouvement syndical dans l’affaire.

Le CTC a porté plainte au Conseil de presse de l’Ontario (CPO) en signalant que la chaîne Sun Media n’avait pas respecté les normes journalistiques professionnelles du CPO. Le CPO a rendu un jugement dans lequel il indiquait que la plainte du CTC était fondée.

 

 

Le CTC et une délégation de groupes canadiens militant pour les droits humains ont continué de faire des pressions politiques au nom de M. Abdelrazik, se rendant au siège de l’ONU à New York en juin 2011 afin d’inciter le Comité 1267 à rayer de sa liste le nom de M. Abdelrazik. C’est là que nous avons appris que le Comité était en train de rayer de la liste les noms de près de vingt combattants talibans dans le cadre d’un marché conclu avec le gouvernement de l’Afghanistan mais qu’il n’était pas disposé à rayer celui de M. Abdelrazik.

Abousfian Abdelrazik a dû compter sur une procédure interne pour faire réviser son cas par la juge Kimberly Prost, médiatrice nommée par l’ONU. Le hic est que la juge Prost ne pouvait présenter des recommandations qu’au Conseil de sécurité de l’ONU, celui-là même qui avait inscrit le nom de M. Abdelrazik sur la liste.

Heureusement, après avoir examiné le dossier s’échelonnant sur près d’une décennie, la médiatrice est arrivée à la conclusion que nous avions tirée beaucoup plus tôt : il y avait déni de justice.

Le CTC est ravi que M. Abdelrazik ait été relâché de sa prison sans murs et il tient à remercier tous ses affiliés, les conseils du travail et les membres qui ont participé à la longue campagne de solidarité à l’égard d’Abousfian Abdelrazik.

Nous ne gagnons pas toutes les luttes que nous livrons en faveur des droits des travailleurs et travailleuses et des droits humains, mais quand nous remportons une victoire, elle est des plus importantes.