Affiché le vendredi, 30 septembre 2011
Le Congrès du travail du Canada (CTC) est très déçu de constater que le gouvernement du Canada a une fois de plus décidé de s’abstenir de participer à une importante réunion de l’Organisation des Nations Unies (ONU) consacrée à l’élimination du racisme.
Plus tôt cette année, le gouvernement conservateur a annoncé qu’il refuserait de nouveau de participer à la procédure que suit l’ONU pour déterminer les progrès réalisés par les pays membres en vue de l’élimination du racisme, de la xénophobie et de l’intolérance connexe.
Malheureusement, le gouvernement du Canada a décidé de bouder la réunion avant même qu’un seul paragraphe n’ait pu être rédigé au sujet des progrès qui ont été ou qui n’ont pas été réalisés au Canada dans la lutte contre le racisme.
Le gouvernement conservateur prétend que les réunions de l’ONU à ce sujet mettent l’accent de façon inéquitable sur l’autodétermination de la Palestine, ce qui va à l’encontre d’Israël, soutient-il.
Une autre question controversée qui est abordée pendant les conférences de l’ONU contre le racisme a été la demande de réparation de la traite des esclaves.
Le CTC croit fermement que le fait de s’abstenir d’aborder les questions épineuses n’aidera pas à faire échec au racisme.
La première conférence de l’ONU contre le racisme a eu lieu il y a dix années, soit en 2001, à Durban, en Afrique du Sud. Le CTC y a participé et a dirigé la délégation syndicale canadienne. C’était la première fois que le CTC était représenté à un événement international par un grand groupe de dirigeantes et dirigeants syndicaux de couleur et d’ascendance autochtone.
La délégation syndicale canadienne était en outre le groupe syndical le plus grand à la conférence.
Le CTC s’attaque au racisme depuis longtemps.
Il a créé un Groupe de travail national contre le racisme dont le rapport a apporté des changements importants au mouvement syndical pour s’attaquer au fléau du racisme.
Le mouvement syndical a établi sa propre procédure pour sensibiliser ses membres et combattre le racisme en milieu de travail et dans nos communautés.
Les affiliés du CTC poursuivent ses travaux dans le cadre de la négociation collective, en donnant des cours, en favorisant le développement des qualités de chef et en travaillant en solidarité avec des alliés antiracistes.
La tâche n’était pas facile au début et elle demeure difficile aujourd’hui, mais nous continuons de nous vouer à son accomplissement.
Nous ne reculons pas devant les tâches difficiles.
En 2001, les pays qui ont participé à la conférence, y compris le Canada, ont adopté la Déclaration et le Programme d’action de Durban.
Le Programme d’action de Durban incite les pays membres de l’ONU à axer leurs efforts sur :
- la traite des femmes et des enfants ;
- la migration et la discrimination ;
- la discrimination fondée sur le sexe et la race ;
- le racisme à l’endroit des peuples autochtones ;
- la défense des droits des minorités.
Bien qu’elle ne soit pas parfaite, la Déclaration de Durban est une déclaration et un plan d’action globaux d’importance mondiale en vue de l’élimination par les pays membres du racisme, de la discrimination raciale, de la xénophobie et de l’intolérance connexe à l’intérieur de leurs frontières.
L’adoption de la Déclaration de Durban en 2001 et les années de pressions politiques stratégiques faites par le CTC ont fini par donner lieu à l’affectation par le gouvernement libéral de Paul Martin, en 2005, de 56 millions de dollars en cinq ans à la mise en œuvre du Plan d’action contre le racisme – Un Canada pour tous.
Bien que cela ait constitué un bon départ, ce n’était pas suffisant pour s’attaquer dûment au racisme au Canada, compte tenu de la situation sociale et économique des communautés racialisées et autochtones à tous les niveaux et de la contribution qu’elles apportent à la main-d’œuvre.
Depuis que les Conservateurs forment le gouvernement, soit depuis 2006, l’histoire du plan d’action du Canada en matière de lutte contre le racisme a été récrite. On ne reconnaît plus la contribution apportée par le gouvernement libéral et le CTC à l’établissement du plan d’action.
En fait, les Conservateurs ont pour ainsi dire cessé de financer la plupart des initiatives de lutte contre le racisme établies en 2005.
Malheureusement, le racisme est encore bien en vie au Canada.
Les travailleurs et les travailleuses de couleur et autochtones constituent une main-d’œuvre de plus en plus jeune, instruite et accessible qui est qualifiée pour jouer un rôle actif dans l’économie canadienne.
D’ici 2031, les personnes racialisées compteront pour près de la moitié de la population d’âge actif. D’ici la fin de 2017, le nombre des Autochtones d’âge actif dépassera un quart de million, selon les prévisions les plus récentes de Statistique Canada. Pendant la même période, le nombre des jeunes autochtones augmentera beaucoup plus rapidement que le reste de la population. Toutefois, leur représentation au sein de la population active demeure inférieure à leur disponibilité car de nombreux travailleurs et travailleuses racialisés et autochtones ont des désavantages considérables sur le marché du travail et se heurtent à des obstacles appréciables en milieu de travail par rapport aux autres Canadiens et Canadiennes.
Quelques faits :
- 2006 : 61 % des membres adultes des premières nations (PN) avaient un emploi, par rapport à 82 % des adultes non autochtones.
- Le revenu annuel médian des membres des PN était de 18 962 $ en 2006, soit 30 % plus bas que celui de la population non autochtone (27 097 $).
- Les travailleurs et travailleuses de couleur nés au Canada avaient le deuxième taux de chômage en importance.
- Les immigrantes et immigrants de couleur avaient le troisième.
- Le taux de chômage le plus bas est celui des travailleurs et travailleuses blancs.
- Les jeunes blancs ont un niveau de bien-être plus élevé que les jeunes de minorités raciales et deux fois plus élevé que les jeunes autochtones.
La cohorte des travailleurs et travailleuses de couleur aura produit près de 80 milliards de dollars de croissance réelle du PIB de 1992 à 2017 même si elle gagne près de 15 % de moins que les autres membres de la population.
L’élimination du racisme et de l’apartheid économique nécessite que les gouvernements respectent les engagements pris en 2001 quand la majorité des pays membres de l’ONU a adopté la Déclaration et le Programme d’action de Durban.
Le CTC exhorte les gouvernements de tous les paliers à s’attaquer sans détour aux problèmes coriaces du racisme et de la discrimination plutôt que se défiler devant les défis.
Ses plus de trois millions de membres font du CTC l’organisation démocratique et populaire la plus grande du Canada.

Déclaration du Congrès du travail du Canada (CTC) sur la réunion de commémoration du 10e anniversaire de la Conférence mondiale contre le racisme