Affiché le vendredi, 30 janvier 2009
Février est le Mois de l'histoire des Noirs également appelé Mois du patrimoine africain. C'est l'occasion de reconnaître l'histoire, le patrimoine et les contributions mondiales des personnes d'ascendance africaine. La réinstallation massive des Noirs d'Afrique est attribuable dans une grande mesure au pouvoir fondé sur la couleur qui était associé au commerce transatlantique des esclaves. En trois siècles, celui-ci a arraché plus de 10 millions d'Africains et d'Africaines à leur continent pour qu'ils aillent travailler en tant qu'esclaves dans les colonies européennes.
Un des enfants de ces esclaves était le docteur Carter Woodsworth, qui a lutté pour faire reconnaître annuellement cet héritage et les réalisations de la communauté noire. Ce qui était une semaine de reconnaissance en 1926 est devenu un mois pendant lequel sont reconnues les contributions passées et présentes des personnes d'ascendance africaine ou antillaise.
Le mouvement syndical canadien a profité énormément des contributions des travailleurs et travailleuses noirs qui militent pour des changements sociaux et politiques utiles à tous les Canadiens et les Canadiennes. Ces contributions ont été soulignées par les travaux du Groupe de travail du CTC contre le racisme vers la fin des années 1990 et nous continuons d'en voir les effets aujourd'hui. Que ce soit en exigeant que le rôle du Canada dans le commerce transatlantique des esclaves soir reconnu, en demandant un programme de réparation, en participant à la Conférence mondiale des Nations Unies contre le racisme ou en dénonçant inlassablement la discrimination systémique dans nos lieux de travail et dans les systèmes d'éducation, de justice, de services sociaux ou d'immigration - cette communauté a toujours été une importante source d'inspiration, de force et de pouvoir.
Le Congrès du travail du Canada participe aux nombreux hommages mérités qui sont rendus aux Noirs ce mois-ci et il encourage les travailleurs et les travailleuses à réfléchir à la façon dont la couleur du pouvoir change dans le monde entier.
Cette année, un Noir ayant des racines ancestrales au Kenya a incité un pays à dire « Oui, nous le pouvons » et a ouvert la porte de la présidence des États-Unis sur le changement social valable qu'espèrent de nombreuses personnes.
Pourtant, tout changement nécessite du temps. Aujourd'hui, pendant qu'un homme noir occupe la présidence à la Maison blanche, un autre homme noir citoyen canadien demeure laissé en plan au Soudan, en Afrique.
En 2003, le citoyen canadien Abousfian Abdelrazik est allé visiter sa mère malade à Kharthoum. En fonction d'allégations non corroborées sur des liens familiaux avec des parties à la guerre civile de longue date du Soudan, il a été arrêté, incarcéré et torturé par les autorités soudanaises. Des équipes juridiques ont présenté des documents révélant que les autorités gouvernementales canadiennes avaient non seulement demandé son emprisonnement mais aussi ordonné qu'il soit privé de l'aide de son consulat pendant l'interrogatoire.
Cet homme n'a jamais été accusé et, même s'il a fini par être relâché de prison, il demeure incapable de revenir au Canada parce que l'actuel gouvernement conservateur refuse de lui rendre son passeport ou de l'aider à contester l'inscription de son nom sur la liste américaine de personnes interdites de vol. Cette liste porte plus d'un million de noms et comporte au moins un million de doutes sur son exactitude et sa crédibilité.
Un autre citoyen canadien d'ascendance africaine, Bashir Makhtal, a été détenu illégalement au Kenya en janvier 2007 et livré aux autorités éthiopiennes selon une procédure que les médias ont qualifié d'extradition facilitée par les services de renseignement occidentaux. M. Bashir est passible de la peine de mort et n'a pas eu accès à un avocat depuis deux ans.
Les diplomates canadiens ont compté pendant des mois sur un intermédiaire pour déterminer le bien-être de ce citoyen canadien détenu. Les efforts faits par l'actuel gouvernement conservateur pour aider M. Makhtal ont été qualifiés de pathétiques.
En raison d'un tragique zèle transatlantique quant à la sécurité nationale, ces Canadiens noirs se trouvent naufragés sur les territoires de leurs ancêtres et font l'objet de flagrantes injustices judiciaires.
Le processus pour changer la couleur du pouvoir est long, mais c'est possible. Les travailleurs et les travailleuses comprennent que cela nécessite de la solidarité, du courage et de la ténacité.
Au Canada, pendant les années 1940, il y a avait peu de travailleurs noirs dans le secteur manufacturier en dépit de l'expansion de celui-ci et ceux qui s'y trouvaient étaient concentrés dans les parties les plus salissantes, les plus dangereuses et les plus exténuantes du procédé industriel. La situation n'a changé que grâce aux efforts de militants syndicaux noirs tels que Bromley Armstrong. Bromley et d'autres personnes militant pour les droits syndicaux et humains ont fait preuve d'innovation et de ténacité pour mettre un terme à un système à code de couleur qui exploitait les Noirs et les excluait des bons emplois, des logements et de l'accès à des services comme celui de se faire servir dans les restaurants.
La lutte pour changer la couleur du pouvoir a été longue mais elle a donné lieu à l'adoption de lois telles que la loi ontarienne concernant les pratiques d'emploi équitables et la loi fédérale sur les pratiques d'emploi équitables. Ces lois ont obligé les employeurs à mettre un terme à des pratiques d'emploi discriminatoires utilisées depuis longtemps. En 1953, pour la première fois, des géants manufacturiers de l'époque tels que Chrysler Canada ont engagé des Noirs sur les chaînes de montage.1
La remise en question du pouvoir des entreprises fondé sur un code de couleur est une lutte que continuent de livrer les travailleurs et les travailleuses noirs. Les travailleurs syndiqués des aliments et boissons du Nigeria protestent contre l'exploitation de longue date que pratique leur employeur suisse, la Nestlé Corporation, à son usine d'Agbara, dans l'État d'Ogun. Ces travailleurs ont déposé leurs outils parce qu'en décembre de chaque année ils devaient rentrer à la maison avec des salaires négatifs et que cela les empêchait d'honorer leurs obligations envers leurs familles. Les dirigeants syndicaux qui ont protesté contre cette situation se sont fait licencier. Le mouvement syndical exige qu'ils soient rétablis dans leurs fonctions et qu'il soit mis fin au régime colonial d'injustice économique à l'égard des travailleurs.
Comme leurs ancêtres africains qui combattaient l'esclavage, les militantes et les militants syndicaux actuels emploient le courage, la ténacité et la solidarité pour que justice soit faite, que ce soit au Soudan, en Éthiopie ou dans des lieux de travail canadiens.
Le Congrès du travail du Canada se joint à ses 3,2 millions de membres des différentes parties du Canada pour reconnaître, honorer et célébrer les contributions de tous les Canadiens et les Canadiennes noirs à notre lutte collective pour changer la couleur du pouvoir, au passé, au présent et au futur.
Connaissez-vous un membre noir d'un syndicat qui a apporté un changement positif à votre lieu de travail ou à votre communauté? Partagez son histoire avec le CTC pour que nous puissions présenter pendant le Mois de l'histoire des Noirs des histoires de membres qui changent la couleur du pouvoir. Faites parvenir votre histoire à l'adresse anti-racism@clc-ctc.ca.

Déclaration du CTC marquant e Mois de l’histoire des Noirs/Mois du patrimoine africain février 2009