Affiché le mercredi, 31 août 2011
Il fut un temps, pas si lointain, au Canada où chaque travailleur et travailleuse pouvait espérer occuper un emploi permettant de subvenir aux besoins de sa famille toute sa vie.
Pour une journée honnête de travail, un travailleur pouvait élever ses enfants, acheter une maison, rembourser son hypothèque, prendre des vacances, avoir congé la fin de semaine, aider à payer les études universitaires de ses enfants et prendre sa retraite avec une pension modeste, mais acceptable.
Votre emploi était relativement sûr et votre employeur respectait le travail bien fait. Les employeurs en bénéficiaient aussi parce que les familles travailleuses avaient un revenu qui leur permettait d’acheter leurs produits et services.
Quel que soit l’emploi ou l’endroit, il s’agissait d’une certitude pour la plupart des emplois.
En cette fête du Travail, alors que nous célébrons les contributions des travailleurs et des travailleuses qui bâtissent un Canada meilleur, nous devons nous demander : comment en sommes-nous arrivés à ce point dans notre pays?
Aujourd’hui, la famille moyenne doit occuper deux emplois à temps plein pour parvenir à joindre les deux bouts – un seul n’est pas suffisant pour payer les factures. De plus, la semaine de travail de 40 heures n’est souvent qu’un rêve.
Il est même difficile de trouver un emploi décent, car il y a plus que jamais des emplois à temps partiel mal rémunérés.
Il est aussi difficile de garder son emploi en raison des récessions subies par l’économie mondiale et par conséquent des mises en pied. La fidélité de l’employeur est généralement déterminée par ce qui est légalement requis, et parfois on ne tient même pas compte des critères minimums.
Il est tout simplement trop onéreux d’avoir plus qu’un ou deux enfants. Le coût des études postsecondaires est exorbitant, pourtant elles sont nécessaires pour trouver un emploi qui requiert des compétences élevées et une formation spécialisée.
Quant à prendre sa retraite dans la dignité et la sécurité, cette réalité a été remplacée par la peur que cet âge d’or soit passé à se morfondre dans la pauvreté. 1,6 million d’aînés vivent avec moins de 16 000 $ par année, un triste constat.
Les personnes qui ont la chance d’avoir un régime de retraite privé se font critiquer et dire que celui-ci est « trop coûteux », tandis que les retraites de plusieurs millions de dollars de la plupart des dirigeants d’entreprises continuent d’augmenter.
Les Régimes enregistrés d’épargne-retraite et les autres investissements détenus par les Canadiennes et les Canadiens ont connu une baisse de 15 % en une semaine à peine en août lors de la crise boursière, la quatrième en 20 ans.
Qu’est-il arrivé à la qualité de vie que la plupart des travailleuses et travailleurs canadiens célébraient lors des fêtes du Travail dans le passé?
Une des réponses se trouve dans la stagnation des salaires dont est victime la classe moyenne depuis un quart de siècle – quand le revenu réel après inflation augmente à peine.
Le Conférence Board of Canada l’a reconnu dans une étude récente qui révèle que, au cours des 33 années entre 1976 et 2009, le revenu médian a augmenté par seulement 5,5 pour cent – passant de 45 800 $ en 1976 à 48 300 $ en 2009.
Une autre raison est que les syndicats, qui aident les travailleuses et travailleurs à obtenir leur juste part en améliorant les salaires et avantages, voient le pourcentage de leurs membres diminuer en raison des lois du travail régressives qui compliquent l’adhésion à un syndicat et facilite la sous-traitance du travail syndiqué.
Dans le passé, les travailleuses et travailleurs non syndiqués bénéficiaient aussi des contrats négociés par les syndicats parce que les employeurs avaient l’habitude de leur accorder ces gains pour conserver leurs employés et éviter des campagnes de recrutement.
Maintenant, les travailleuses et travailleurs syndiqués subissent des pressions pour aligner leurs normes avec celles moins avantageuses des non-syndiqués, entraînant un nivellement par le bas.
Ce n’est pas un hasard si la stagnation des salaires subie par 80 pour cent des Canadiennes et Canadiens et le transfert spectaculaire de la richesse à quelques personnes ont débuté lorsque les syndicats ont fait l’objet d’attaques soutenues.
Une troisième raison importante sert aussi à expliquer les deux premières – la cupidité apparemment insatiable des très riches.
Alors même que des réductions d’impôt étaient accordées aux entreprises et leurs bénéfices montaient en flèche, les travailleuses et travailleurs canadiens en payaient le prix.
Mais les 20 % les plus riches au Canada ont quasiment doublé la différence énorme de leur revenu avec les 20 % les plus pauvres, passant de 92 300 $ à 177 500 $.
Apparemment, ces gains immenses au détriment des Canadiens ordinaires ne semblent pas suffisants – les entreprises continuent de réclamer plus de réductions d’impôt – bien que rien ne prouve que satisfaire aux exigences des entreprises ne crée de l’emploi et n’encourage l’investissement.
Cette année, à la fête du Travail, le moment est venu pour les membres de syndicats et pour tous les Canadiens et Canadiennes d’exiger des changements. Si nous ne commençons pas à défendre nos intérêts, nos conditions s’aggraveront encore davantage dans les années à venir.
C’est pourquoi le Congrès du travail du Canada s’est joint à des groupes d’aînés et d’autres pour demander des améliorations importantes au Régime de pensions du Canada qui doublerait éventuellement les prestations, les faisant passer du seuil de la pauvreté actuel qui est à 11 500 $ à un montant acceptable de 24 000 $.
Nous devons nous assurer que nos enfants et petits-enfants profitent d’une meilleure qualité de vie que la nôtre – et non pas l’inverse.
C’est pourquoi le Canada a célébré pour la toute première fois la fête du Travail en 1872 – et c’est pourquoi cette fête est tout aussi importante aujourd’hui.

En cette fête du Travail, nous demandons : comment les travailleurs et travailleuses en sont-ils arrivés à ce point au Canada?