Affiché le jeudi, 22 juin 2006
Le 21 juin est plus que le début de l’été et plus que la journée la plus longue de l’année. Pourtant, ces mesures du temps sont culturellement importantes car bien des groupes autochtones marquent cette journée pour commémorer leur héritage propre.
Avec le temps, le Canada a exprimé son désir de désigner une journée nationale pour reconnaître les peuples autochtones et leur rendre hommage.
En 1982, la Fraternité nationale des Indiens (devenue l’Assemblée des Premières Nations) a demandé pareille journée. Le Québec l’a reconnue en 1990. La commission royale de 1995 et l’Assemblée spirituelle, conférence nationale d’Autochtones et de non-Autochtones présidée par Elijah Harper, ont également demandé une journée nationale de reconnaissance.
Pourtant, ce n’est qu’il y a dix ans, en juin 1996, que la Journée nationale des Autochtones a été proclamée officiellement par le gouverneur général Roméo LeBlanc.
Le passage du temps continue de marquer bien des dossiers autochtones.
Ce mois-ci, le gouvernement fédéral a fini par honorer l’engagement pris, il y a longtemps, de dédommager les plus vieux des anciens élèves des écoles résidentielles. Au cours de plus d’un siècle, le gouvernement du Canada a retiré plus de 100 000 enfants autochtones de leurs familles et les a placés dans des pensionnats tenus par l’église catholique où il leur était interdit de parler leur langue ou de pratiquer leur culture. Bien des élèves de ces écoles ont été battus et agressés sexuellement, et bon nombre d’entre eux ont vécu toute leur vie dans la honte et le repli sur soi-même. Les premiers chèques de 8 000 $ par aîné ont été mis à la poste vers le début du mois pour compenser cette privation des droits de la personne.
Gabe Mentuck, habitant de Winnipeg de 77 ans, a compté parmi les personnes militant le plus en faveur de la justice pour les survivants des écoles résidentielles. Quand il était jeune, Gabe a enduré cinq années d’abus dans le système des écoles résidentielles. En tant qu’aîné, il a vu le gouvernement se traîner les pieds pendant des années au cours des négociations sur le dédommagement. Gabe ne touchera pas son 8 000 $ parce qu’il est mort au cours de la première semaine de juin cette année.
Près de 80 000 aînés attendent cette maigre récompense pendant que le temps passe rapidement.
Le temps passe aussi pour les communautés haudenosaunee (Confédération des Six Nations) de Caledonia, en Ontario. Il y a deux cents ans, un général britannique nommé Haldimand a déclaré que les terres situées sur les deux rives de la rivière Grand depuis sa source jusqu’à son embouchure seraient considérées comme les terres des peuples haudenosaunee en reconnaissance du soutien que ceux-ci ont apporté aux Britanniques dans leurs combats contre les États-Unis.
Pourtant, les gouvernements successifs n’ont pas honoré l’entente et les Haudenosaunee luttent depuis une centaine de jours pour faire reconnaître leurs droits territoriaux. Les syndicalistes manifestent une paisible solidarité à leur égard.
Les gouvernements provinciaux et fédéral sont impatients d’extraire et de transporter le gaz naturel, l’eau et le pétrole brut dans le cadre des projets relatifs aux sables bitumineux de l’ouest et du nord du Canada. Or, l’extraction ou le transport se déroulera dans bon nombre de cas sur des terres occupées traditionnellement par des peuples autochtones. La course aux profits tirés des ressources non renouvelables bat son plein en dépit de l’absence d’ententes avec les peuples autochtones sur l’utilisation des terres.
L’industrie extractive en question a des répercussions mortelles sur les personnes habitant au nord de Fort McMurray, y compris les Dénés (famille athapascane). Un grand nombre de cas de maladies comprenant la leucémie, les lymphomes, le lupus et des maladies du système immunitaire ont été relevés à Fort Chipewayan, communauté d’environ 1 200 personnes situées au nord de Fort McMurray. Les aînés de la communauté disent qu’ils ne voyaient pas des maladies de ce genre jusqu’à ce que l’industrie pétrolière commence à produire près de leurs foyers à l’extrémité sud-ouest du lac Athabasca.
Dernièrement, le médecin légiste en chef de la région a demandé que soit menée une enquête épidémiologique sur la dégradation de la santé des personnes habitant Fort Chipewayan.
L’automne dernier, après 18 mois de réunions entre le gouvernement du Canada et les chefs autochtones, une importante entente appelée Accord de Kelowna a été conclue. Cet accord comprend un historique engagement à combler le fossé entre le niveau de vie des Autochtones et celui du reste de la population canadienne. Le plan de mise en oeuvre de 19 pages qui accompagne l’Accord de Kelowna promet ce qui suit :
L’affectation de 1,8 milliards de dollars pour combler, d’ici 2016, l’écart entre les taux d’obtention de diplômes des écoles secondaires et des établissements post secondaires autochtones et non autochtones ;
- L’affectation de 1,6 milliards de dollars au logement et à l’infrastructure, y compris un nouvel accent sur l’accession des Autochtones à la propriété et l’investissement de 400 millions de dollars dans l’amélioration de la qualité de l’eau à l’intérieur des réserves ;
- L’affectation de 1,3 milliards de dollars à la réduction des taux de mortalité infantile, de suicide des jeunes ainsi que d’obésité et de diabète des enfants et au doublement du nombre des travailleurs et travailleuses de la santé d’ici 2016.
Il semble que le gouvernement fédéral a, encore une fois, changé de disposition avec le temps. En ce mois de la Journée nationale des Autochtones, le nouveau ministre fédéral des Affaires indiennes, Jim Prentice, a indiqué qu’on n’avait jamais signé d’entente ni affecté des fonds pour que l’Accord soit mis en vigueur.
Il est curieux que M. Prentice ait déclaré ce qui suit à l’Aboriginal Peoples Television Network (APTN) le 10 janvier 2006, pendant que la campagne électorale fédérale battait son plein : « Je suis le porte-parole du parti sur l’Accord de Kelowna, et je veux affirmer catégoriquement aux téléspectateurs et téléspectatrices de votre réseau que nous appuyons cet accord ainsi que les objectifs fixés à Kelowna. »
En ce 21 juin, le Congrès du travail du Canada (CTC), qui représente plus de trois millions de travailleurs et travailleuses, tient à exprimer sa solidarité à l’égard des peuples autochtones et de leur droit à un traitement équitable et honorable.
En ce jour, il y a lieu de reconnaître, comme nous l’aurions dû il y a longtemps, les importantes contributions apportées par les peuples autochtones et la place centrale qui leur revient dans notre pays, dans nos communautés et dans nos lieux de travail.
En ce jour, le CTC incite les gouvernements du Canada à réfléchir au principe des Autochtones selon lequel toutes nos structures et nos valeurs doivent être fondées sur notre relation avec la terre sur laquelle nous habitons tous.

Journée nationale des autochtones