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La Journée internationale pour l’élimination de la discrimination raciale - le 21mars

Affiché le lundi, 5 mai 2008

C’était une chaude journée d’été à Montréal en août 2003. Il faisait trop chaud pour rester à l’intérieur. Une jeune Tunisienne se rafraîchissait devant le complexe d’habitation où elle vivait.

La police, l’ayant remarquée, lui a dit de circuler. Elle ne voyait aucune raison de se déplacer, et elle n’a pas tardé à se voir passer les menottes et imposer une contravention.

Deux semaines plus tard, trois mineurs noirs assis devant le même complexe qu’ils habitaient se sont vu imposer des contraventions.

La Commission des droits de la personne du Québec a statué sur ces cas en janvier 2008 et conclu que la police avait procédé par profilage racial. Elle a recommandé que la ville prenne des mesures pour mettre un terme au profilage racial. Elle a en outre ordonné à la ville de verser 47 000 $ en dommages-intérêts aux quatre adolescents et à leurs familles. Le maire Gérald Tremblay dit qu’il ne prévoit pas mettre en oeuvre les recommandations de la Commission et que la Ville ainsi que sa police soutiennent que les policiers n’ont rien fait de mal.

Dans un autre cas de profilage racial, des élèves du secondaire en sortie de classe à Thunder Bay ont visité un poste de police local pour se familiariser avec les services policiers et la protection qu’ils ont pour mandat d’assurer.

Un policier a remarqué qu’un élève autochtone de 17 ans avait un t-shirt portant une image de chef autochtone. Le policier a conclu à tort que cette image était associée à un gang. Devant ses condisciples, l’élève s’est vu ordonner d’enlever son t-shirt et a été amené dans une salle d’interrogatoire où il n’a pas pu profiter des conseils d’un accompagnateur adulte. L’image sur le t-shirt y avait été apposée par une entreprise des premières nations qui fait la promotion de la fierté et de l’unité en employant des images de chefs autochtones.

Aujourd’hui, le monde reconnaît l’appel lancé par les Nations Unies pour mettre fin à la discrimination raciale par suite d’un massacre d’étudiants et de militants survenu il y a 48 ans à Sharpeville, en Afrique du Sud. Ce jour-là, la police armée d’Afrique du Sud a tué 69 manifestants et manifestantes noirs et en a blessés 180 autres. Ce jour-là, des jeunes courageux se sont serré les coudes pour contester les lois limitant la mobilité des Noirs, selon lesquelles on se fondait sur le profilage racial pour pratiquer la ségrégation, accorder des emplois, permettre la mobilité et sanctionner l’oppression et l’exploitation des communautés de couleur sud-africaines.

La lutte pour éliminer la discrimination raciale n’est pas terminée. Notre défi actuel consiste à dénoncer les pratiques de profilage racial enracinées dans nos communautés et nos lieux de travail pendant que nos gouvernements et nos employeurs s’efforcent d’accroître les mesures de surveillance et de sécurité.

Songez, par exemple, à ce qui suit :

  • Des membres de syndicats conduisant des camions qui étaient appelés à franchir périodiquement la frontière entre le Canada et les États-Unis ont demandé de se faire réaffecter au sein de leurs lieux de travail. Le but est de ne pas sans cesse se sentir soupçonnés ou faire l’objet d’un examen spécial en raison de leur nom, de la couleur de leur peau ou de leur religion par suite du resserrement des mesures de sécurité à la frontière.
  • Un processus d’habilitation de sécurité mal conçu et excessivement envahissant affecte maintenant les travailleurs et travailleuses du transport maritime. Ces personnes doivent se soumettre à une procédure d’autorisation de sécurité qui menace de les priver de leur intimité et des droits que leur donne la Charte des droits et libertés. Cette procédure d’autorisation peut aussi mettre en péril des membres de leur famille en raison du filtrage attentatoire auquel procèdent le SCRS et la GRC, lesquels peuvent partager des soupçons et des allégations non prouvés avec les forces de sécurité nationale d’autres pays. Puisque près de 40% des membres du syndicat du transport maritime ont une double citoyenneté, cela revient à un traitement discriminatoire fondé sur le lieu de naissance et à une racialisation.
  • Près de 30 plaintes ont été portées par des travailleurs et travailleuses de l’aérospatiale nés dans d’autres pays. Bon nombre d’entre eux ont, en dépit du fait qu’ils sont des citoyennes et citoyens naturalisés canadiens depuis longtemps, fait l’objet d’un traitement discriminatoire et humiliant, comme par exemple se voir obligés de porter des insignes à code de couleur spécial et de se faire escorter au sein de l’usine par des gardes de sécurité et voir imposer des limites à leur accès et à leur mobilité dans l’exercice de leurs fonctions au sein de leur lieu de travail, tout cela en raison de leur lieu de naissance. Dans un cas, un travailleur s’est fait dire qu’il serait obligé de renoncer à sa citoyenneté libanaise afin de se qualifier pour occuper un poste dans son lieu de travail.

Il y a 48 ans, des militants et militantes ont dénoncé les injustices de l’apartheid d’Afrique du Sud qui favorisait le profilage racial, la ségrégation et l’oppression des communautés de couleur.

Aujourd’hui, nous nous rappelons le courage et l’engagement nécessaires pour travailler quotidiennement à l’élimination de la discrimination raciale sous toutes ses formes tenaces.

De nos jours, les travailleurs et les travailleuses voient encore un racisme pernicieux au travail, dans leur communauté et dans les politiques publiques.

De récents sondages indiquent qu’une proportion pouvant atteindre le cinquième des travailleurs et travailleuses trouvent que le racisme viole leurs droits en matière d’emploi.

Plus d’un million d’Autochtones du Canada luttent actuellement contre différentes formes de racisme, une des plus flagrantes étant le racisme environnemental. Le tiers des personnes habitant des communautés autochtones du Canada a signalé avoir de l’eau de faible qualité, et certaines communautés doivent faire bouillir leur eau depuis plus de 10 ans.

Le Congrès du travail du Canada accepte le défi de retirer le racisme de nos lieux de travail, de nos syndicats, de nos communautés et des politiques publiques.

Le Congrès s’est prononcé contre le honteux refus du gouvernement conservateur de participer à la deuxième conférence de Durban des Nations Unies, qui sera chargée de poursuivre les travaux en vue de l’élimination de la discrimination raciale. Le CTC conteste l’intégrité du nouveau régime des certificats de sécurité qui prive injustement les hommes de couleur de leur droit à une procédure judiciaire équitable.

Le CTC conteste les politiques publiques faisant appel aux pratiques de profilage racial dans les secteurs de la fabrication, du transport maritime, du transport aérien et des télécommunications sous le prétexte illusoire d’assurer la sécurité nationale.

Le Congrès défend les droits des travailleurs et travailleuses migrants, qui sont principalement des personnes de couleur exploitées par des pourvoyeurs de main-d’oeuvre et des employeurs peu scrupuleux.

Nous pouvons éliminer la discrimination raciale si nous faisons un effort collectif. Nous constatons des changements quand les membres des syndicats collaborent avec les communautés autochtones afin de bâtir de nouvelles habitations pour les personnes qui subissent les effets négatifs du racisme environnemental sur leur santé. Nous constatons des changements quand des travailleurs et travailleuses agissent en solidarité avec des groupes militant pour les droits des migrants et migrantes et des immigrants et immigrantes pour combattre les politiques racistes d’expulsion des personnes réfugiées et sans papiers.

Nous constatons des changements quand des travailleurs et travailleuses dénoncent le racisme dans leurs lieux de travail et se sensibilisent les uns les autres dans la poursuite de l’égalité et de la justice pour tous.

Le CTC appuiera en solidarité, aujourd’hui et tous les jours jusqu’à ce que le but soit atteint, les personnes qui militent couramment contre le racisme devant nos foyers et dans nos lieux de travail car elles sont des alliés dans la lutte collective pour éliminer le racisme sous toutes ses formes.