Affiché le mercredi, 16 juin 2010
L’auteur métis primé Joseph Boyden a écrit : « Nous acquérons de l’expérience à mesure que nous grandissons dans ce monde, et l’expérience est une épée à deux tranchants. L’expérience est le plus difficile des professeurs car elle nous fait subir l’examen en premier lieu et nous donne les leçons ensuite ».
En cette Journée nationale des Autochtones, il convient de se demander :
- Quelles leçons nous avons apprises pour ce qui est d’apprécier à leur juste valeur et d’honorer les cultures autochtones ?
- Les femmes autochtones sont-elles toutes protégées par la législation sur l’égalité, sans discrimination et sans préjugés?
- Y a-t-il un plus grand nombre qu’auparavant de premières nations qui ont accès à de l’eau potable?
- Des progrès ont-ils été réalisés dans l’élucidation des centaines de cas de disparition et de meurtre de femmes autochtones en Amérique du Nord?
- L’écart des revenus entre les Autochtones et le reste de la population canadienne a-t-il rétréci?
La persistance des réponses négatives demeure une réalité difficile.
Malgré les luttes juridiques livrées par Sharon McIvor et d’autres personnes et les efforts récents faits par les partis de l’opposition pour mettre un terme à l’inégalité à laquelle les femmes autochtones se heurtent depuis longtemps, la discrimination fondée sur le sexe demeure bien ancrée dans la législation.
Près de cent communautés des premières nations suivent encore des avis de faire bouillir l’eau donnés il y a longtemps.
Les familles et les amis de soeurs et de mères disparues marchent encore pour qu’il soit rendu justice à leurs proches.
L’héritage du colonialisme a laissé les Autochtones parmi les plus pauvres des Canadiens et Canadiennes : leurs revenus sont de 30 % plus bas que ceux des membres non autochtones de la population. Au rythme où les politiques changent, il faudra 63 années pour combler l’écart des revenus.
Pourtant, la communauté autochtone a survécu et a beaucoup à offrir au monde non autochtone. Que ce soit d’apprendre à marcher sur cette terre en prenant soin d’apporter une contribution démographique majeure à la population active ou de reconnaître la valeur des formes de gouvernance fondées sur la communauté et d’un profond respect des droits collectifs, les leçons ont une vaste et profonde portée pour nous tous.
Il y a plus de deux ans, le gouvernement du Canada a présenté des excuses aux survivants et survivantes des écoles résidentielles. À cette occasion, il a reconnu que le système des pensionnats indiens avait deux principaux objectifs : « isoler les enfants et les soustraire à l'influence de leurs foyers, de leurs familles, de leurs traditions et de leur culture, et les intégrer par l'assimilation dans la culture dominante ».
Il s’agissait essentiellement de « tuer l’Indien au sein de l’enfant ». Aujourd'hui, nous reconnaissons que cette politique d'assimilation était erronée, qu'elle a fait beaucoup de mal et qu'elle n'a aucune place dans notre pays.
Pourtant, l’assimilation demeure une politique de prédilection comme en témoignent :
- le maintien de conditions de vie insupportables dans les premières nations,
- le refus de respecter les droits issus de traités et les droits fonciers,
- l’ingérence dans les procédures de gouvernance traditionnelles, et
- le fait que les entreprises d’extraction des ressources naturelles se voient accorder plus de droits que les peuples qui habitent leurs territoires ancestraux.
Le mouvement syndical s’est engagé à changer cette situation :
- les syndicats concluent des conventions collectives qui appuient les causes des Autochtones,
- les travailleurs et les travailleuses syndiqués de l’eau aident les communautés des premières nations à réparer l’infrastructure et à s’y raccorder, les syndicats établissent des alliances stratégiques pour revendiquer la justice dans les accords sur les terres et les ressources naturelles, et
- les syndicats mettent en oeuvre des stratégies perfectionnées pour voir à ce que la main-d’oeuvre soit représentative dans bien des secteurs grâce à l’accroissement du recrutement et du maintien en emploi d’Autochtones.
Nous devons continuer à exiger que le gouvernement fédéral cesse de tenter de faire renoncer les peuples autochtones à leurs conceptions du monde, à leurs cultures et à leurs traditions consacrées par l’usage.
Le Congrès du travail du Canada incite ses affiliés et tous les Canadiens et les Canadiennes à réfléchir à ce que ce sera que de vraiment en apprendre de notre expérience en nouant des liens de solidarité avec toutes les communautés autochtones afin que les leçons mises en pratique aujourd’hui illustrent ce que la justice peut apporter demain.

Nationale des Autochtones, le 21 juin