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Allocution au Congrès de la Fédération du travail de l’Alberta

Par Ken Georgetti on mercredi, 13 mai 2009

(L’allocution définitive fait foi)

Chers amis, j’ai l’honneur de transmettre mes voeux de solidarité de la part des dirigeants et dirigeantes et des 3,2 millions de consoeurs et confrères qui sont membres du Congrès du travail du Canada.

Je remercie votre président, Gil McGowan, ainsi que vos dirigeants et dirigeantes, de m’avoir donné l’occasion de vous adresser la parole.

Je ne puis vous dire à quel point je suis soulagé de quitter Ottawa pour aboutir dans une capitale où vous avez la chance d’avoir dans la personne de Ed Stelmach, un premier ministre aussi dynamique et excitant, dont le discours est si caractéristique du style Obama!

Et auquel le premier ministre Harper se réfère, avec envie, sous le nom de M. Charisme!

Lorsque j’ai assisté au Sommet du G-20 à Londres ce mois-ci, la grosse plaisanterie de la réunion se rapportait au fait que lors de la prise d’une photo des dirigeants mondiaux, personne ne s’était même aperçu de l’absence de M. Harper!

Mais après tout, notre premier ministre semble chaque jour tout à fait en dehors du tableau; il n’a d’ailleurs rien à dire ou aucune initiative à proposer pour nous aider pendant que le pays sombre dans une crise profonde.

Il est d’ailleurs assez paradoxal de constater qu’en compagnie des autres dirigeants syndicaux, j’ai pu rencontrer des dirigeants mondiaux tels que le premier ministre britannique Gordon Brown, le premier ministre australien Kevin Rudd, le président brésilien Lula et le président sud-africain Motlanthe pour discuter des solutions à la crise économique mondiale, mais Stephen Harper continue à refuser de rencontrer le Congrès du travail du Canada ici au pays!

Ces dirigeants du G-20 ont tendu l’oreille et répondu aux préoccupations des syndicats en acceptant d’affecter des sommes d’argent supplémentaires à la protection des emplois et d’appliquer des réglementations plus strictes aux institutions financières.

Mais il est complètement ridicule que notre premier ministre refuse de rencontrer le mouvement syndical pour examiner des moyens mutuellement acceptables permettant de trouver des solutions à cette récession catastrophique.

Malheureusement, je ne suis pas du tout surpris par la réticence de M. Harper à rencontrer les représentants de 3,2 millions de travailleurs et travailleuses.

Voici un premier ministre qui a démontré avec persistance qu’il est plus intéressé à essayer de détruire son opposition politique que de gouverner pour l’ensemble du pays.

Voici un premier ministre qui a renoncé à sa propre parole et sa propre loi pour déclencher une élection fédérale l’automne dernier.

M. Harper préféra malmener l’opposition, en novembre, en s’attaquant à la formule de financement public des partis politiques qui éliminait la possibilité pour les grandes entreprises de supplanter l’intérêt public par des contributions aux campagnes électorales.

M. Harper préféra harceler le mouvement syndical en s’attaquant au droit démocratique à la négociation collective du secteur public fédéral.

Et M. Harper préféra malmener les travailleuses de notre pays qui revendiquent la parité salariale, bien méritée, au sein de ce même secteur.

Eh bien, M. Harper, cela n’a pas marché en novembre et cela ne pourra pas fonctionner tant qu’un mouvement syndical canadien affirmera sa présence – nous pouvons vous garantir que cela n’aboutira jamais!

Notre mouvement syndical s’est exercé dès le premier jour à répondre collectivement aux intimidations, que ce soit en milieu de travail ou lorsque des briseurs de grève sont engagés par les employeurs pour résister aux syndicats, ou aussi lorsque le gouvernement vole au secours d’employeurs corrompus.

Nos consoeurs et confrères des années 1920, 1930 et 1940 ont eu affaire à des oppresseurs beaucoup plus coriaces que Stephen Harper.

Et en tant que mouvement syndical, nous répondrons, plus forts que jamais, à l’appel longtemps après que M. Harper ne sera plus qu’une note en bas de page dans les livres d’histoire!

Le mouvement syndical et l’opposition ont résisté, en décembre, aux manoeuvres d’intimidation au Parlement et, par conséquent, Stephen Harper à dû céder.

Peut-être a-t-il toujours peur de nous rencontrer parce que nous lui avons donné une leçon, mais aujourd’hui je me permets de lui rappeler que les syndicats jouent un rôle important dans notre pays et dans l’économie. Ignorez-nous à vos risques et périls, Monsieur Harper.

Ce n’est d’ailleurs pas le moment pour le premier ministre de nous ignorer car, à moins d’être né avant la Grande Crise, la période économique actuelle est la plus difficile qu’aucun d’entre nous ait vécue au cours de son existence. Rien que dans les premiers mois de 2009, plus de 275 000 travailleurs et travailleuses ont été mis à pied de leurs emplois de soutien de famille.

Depuis octobre, plus de 350 000 personnes se retrouvent sans travail.

Le Fonds monétaire international prédit que l’économie canadienne se rétrécira de 1,2 pour cent cette année, une proportion plus élevée que les prévisions du budget conservateur. L’OCDE prédit que notre taux de chômage s’élèvera à 11 % à la fin de l’année prochaine, proportion supérieure aux prédictions du ministère des Finances et nous savons tous quelle était la fiabilité de ces prédictions en novembre dernier.

Et comme vous le savez tous, l’Alberta n’est pas à l’abri des effets néfastes de l’économie dont souffre l’ensemble du pays.

Pour la première fois depuis 15 ans, l’Alberta a accusé, ce mois-ci, un déficit budgétaire de 4,7 milliards de dollars après avoir été libre de dettes pendant des années, ce qui manifestement porte à croire qu’une économie en plein essor, riche en ressources naturelles et en pétrole, n’est pas à l’abri de la récession mondiale.

Cette province a déjà perdu 48 000 emplois depuis octobre, dont 15 000 rien qu’au mois de mars!

Cela nous indique aussi, comme l’a déjà affirmé depuis longtemps la Fédération de l’Alberta, que des exploitations telles que les sables bitumineux ne peuvent se limiter à l’exportation de bitume brut. Nous devons créer une production à valeur ajoutée de raffinage du pétrole et, par la même occasion, des emplois bien rémunérés.

En février, le taux de chômage s’est élevé à plus d’un point, en entier, et a même poursuivi son ascension pour atteindre, en mars, un taux de 5,8 pour cent, qui est le plus élevé depuis 6 ans!

48 000 Albertains se retrouvent sans emploi depuis octobre.

Ce qui aggrave cette situation est que l’Alberta présente étonnamment le taux d’admissibilité à l’assurance-emploi le plus bas de tout le Canada.

Seulement 25 pour cent des Albertains sans emploi sont admissibles aux prestations de l’AE, ce qui est tout à fait scandaleux.

Les Albertains sont obligés de travailler un nombre plus élevé d’heures que les travailleurs et travailleuses des autres provinces pour bénéficier de l’AE et leur période d’indemnisation est aussi plus courte.

Je propose que les Albertains fassent pression sur leurs députés conservateurs, spécialement sur leur premier ministre, pour leur dire que s’ils ne modifient pas les règles de l’AE pour les rendre plus équitables à l’intention des travailleurs et travailleuses, certains de ces élus pourraient découvrir à leurs dépens ce que c’est que d’être sans emploi en Alberta!

Les travailleurs et travailleuses de l’Alberta traversent des temps très difficiles et c’est lors de périodes semblables que le mouvement syndical entre en action.

Il agit dans le but de protéger les emplois, les pensions et les droits des travailleurs et travailleuses ici, en Alberta, et dans le reste du pays.

Nous n’avons pas, en tant que syndicalistes, consacré toute notre carrière à mettre sur pied la sécurité d’emploi, à établir des pensions décentes en vue de la retraite et à lutter pour les droits du travail dans le but de rendre nos milieux de travail, où nous gagnons notre vie, plus sûrs et équitables. Nous n’avons pas accompli tout cela pour voir nos réalisations balayées en un tournemain par cette crise économique.

Et nous n’avons pas bâti un meilleur Canada pour tous les travailleurs et travailleuses pour laisser une clique de PDG, banquiers et gestionnaires de fonds spéculatifs cupides, irresponsables et fondamentalement stupides, ruiner notre pays.

Ce ne sont pas les salariés qui ont créé cette escroquerie économique, ce sont les gros bonnets de la finance et les gouvernements de droite qui leur ont permis d’échapper à leurs obligations en refusant de réglementer les marchés financiers.

Ces sociétés ont complètement, absolument et de façon effrontée, perdu toute la maîtrise de leurs affaires!

Et maintenant nous devons rapidement mettre fin à tout cela et faire en sorte que cela ne se reproduise plus jamais, parce que les conséquences d’une cupidité débridée et non réglementée tuent notre économie et réduisent à la misère l’existence de millions des travailleurs et travailleuses à travers le monde.

Mais ne vous laissez pas dire que c’est trop « compliqué » à comprendre, car en réalité c’est assez simple à déterminer.

La concentration de la richesse entre les mains d’un nombre de plus en plus restreint de personnes, accompagnée d’un fardeau de dépenses publiques de plus en plus grand aboutissant sur les épaules des travailleurs et travailleuses, obéit à un mouvement radical et délibéré.

Il s’agit d’un coup de force colossal qui s’est poursuivi durant trente ans et qui fut encouragé par un régime financier non réglementé bâti sur la cupidité et par une attitude trop hésitante de la part des gouvernements à entamer une action quelconque.

Si le gouvernement, le mouvement syndical et tous les autres partenaires sociaux laissaient libre cours à la cupidité, elle ne disparaîtrait jamais avant d’avoir ruiné notre société.

N’oubliez-pas que cette dernière crise ne s’est pas déclenchée lorsque les travailleurs et travailleuses bénéficiaient de circonstances favorables, c’est plutôt l’inverse.

En réalité, nous avions traversé 25 années de stagnation complète en ce qui concerne les salaires. Statistique Canada a conduit une étude importante qui montre que durant la période s’étendant entre les années 1950 et le début des années 1980, les salaires horaires moyens des salariés augmentèrent d’une somme approximative de 8 $ à une somme à peine supérieure à 20 $ de l’heure.

Il s’agit d’une augmentation d’environ deux fois et demie le salaire de départ, ce qui est assez bien.

Mais pouvez-vous deviner quelle fut l’augmentation du salaire moyen par rapport à l’inflation des travailleurs et travailleuses à l’intérieur d’une période plus récente, à partir de 1982?

Cette augmentation représente seulement 50 cents de l’heure au total, c’est-à-dire une somme allant de 20,25 $ à 20,75 $.

Il s’agit d’une petite somme dérisoire.

Vous savez, une réunion des ministres du travail du G-8 s’est tenue plus tôt au cours de ce mois.

Tous les dirigeants d’entreprises présents dans la salle ont rapidement saisi l’occasion de nous dire que nous traversons cette crise « tous en même temps » et que : « Nous devons collaborer et serrer la ceinture tous ensemble. »

Je n’ai pu me retenir de leur dire : « C’est amusant, parce que pendant les 25 années où nous n’avons jamais été aussi prospères que depuis les années 1950, vous n’avez jamais cru que nous étions solidaires. Vous n’avez pas imaginé, pour un instant, que les travailleurs et travailleuses devraient partager votre prospérité.»

Ce n’est pas grâce aux gouvernements de droite ni aux employeurs que, heureusement pour nous tous, l’avantage syndical a beaucoup mieux protégé nos membres que le non-syndiqué moyen.

Maintenant que nous perdons des emplois, les gros bonnets des affaires nous demandent de réduire nos salaires en pleine récession.

Ces mêmes dirigeants d’entreprises, les 60 PDG les plus importants au Canada, ont chacun touché, en 2007, une somme s’élevant en moyenne à 10 millions de dollars, soit une augmentation salariale de 41 % depuis 2006.

Et quel était le pourcentage de votre augmentation de salaire en 2007?

Il est donc nécessaire d’agir pendant cette crise.

C’est pourquoi le Congrès du travail du Canada demande instamment au gouvernement fédéral conservateur d’entamer une action dans quatre secteurs clés. Voici, en bref, notre plan :

Premièrement – Remédier au programme de l’assurance-emploi qui ne répond pas aux besoins.

Les travailleurs et travailleuses ont cotisé pour des milliards de dollars à l’AE et le programme doit leur être accessible quand ils en ont besoin.

Les prestations ont été fortement réduites et doivent être améliorées.

Deuxièmement – Notre gouvernement devrait s’appliquer sérieusement à créer et à soutenir l’emploi au Canada.

Il devrait pouvoir engager un investissement direct en vue de sauvegarder les emplois dans les industries fortement touchées.

Il devrait pouvoir mettre sur pied des stratégies et des investissements destinés à soutenir les industries culturelles, environnementales, de haute technologie, ainsi que les énergies renouvelables et les autres secteurs industriels prometteurs pour l’avenir.

Troisièmement – Assurer la protection des pensions et faire en sorte que toute personne puisse prendre sa retraite avec dignité après une vie de travail.

Je suis fatigué d’entendre des personnes comme Gwynn Morgan, l’ancien PDG de la société EnCana, sermonner les travailleurs et travailleuses au sujet de leurs pensions, qui seraient trop élevées.

Ces propos viennent de quelqu’un qui a reçu une pension de 1,8 million de dollars, par an, de la société EnCana.

Nous devons faire en sorte que les spéculateurs de la finance payent le prix pour avoir ruiné nos régimes de retraite, en les obligeant à payer une taxe sur les transactions financières qui iront dans un fonds de protection des pensions des travailleurs et travailleuses.

Nous devons augmenter les prestations du Régime de pensions du Canada en vue de protéger les retraités d’aujourd’hui et réduire la dépendance vis-à-vis des instruments financiers tels que les REER, qui sont trop susceptibles d’être fragilisés par la cupidité des marchés financiers.

Quatrièmement – S’attaquer aux grandes banques au sujet des taux d’intérêt créditeurs, spécialement des taux d’intérêt sur les cartes de crédit, qui poussent les personnes vulnérables à accumuler des dettes de plus en plus grandes lorsqu’elles se voient obligées à y recourir pour assurer leurs besoins fondamentaux tels que les provisions d’épicerie.

Ce sont les étapes que nous devons suivre pour relancer l’économie.

Vous savez qu’à certains moments les enjeux auxquels le mouvement syndical fait face sont extrêmement déprimants, et ce l’est actuellement, bel et bien, pour de nombreux travailleurs et travailleuses canadiens.

Et le mouvement syndical est capable de relever le défi.

Nous avons la possibilité de modifier le panorama politique, de transformer trente ans de déréglementation, d’opérations commerciales médiocres et de la présence d’un régime dominé par la cupidité du marché, par un système où prévaut le bien commun, où la valeur des services publics l’emporte sur les profits excessifs des sociétés et où la prospérité est partagée plutôt que de se retrouver concentrée entre les mains d’un petit nombre.

Pour modifier ce panorama politique, en tant que mouvement syndical nous devons bâtir sur les fondations qui ont été jetées il y a plus de 50 ans lors de la création du Congrès du travail du Canada.

Les affiliés du CTC sont les initiateurs d’un examen structurel s’appliquant à celui-ci en tant qu’organisme syndical central, de manière à examiner tous les aspects relatifs à nos opérations en vue d’améliorer l’efficacité collective de notre mouvement.

Votre fédération a un rôle important à jouer lors de cet examen.

La structure existante du Congrès du travail du Canada a été établie en 1956.

Nous avons de temps en temps introduit des réformes mineures.

Mais nous devons bâtir et consolider un mouvement qui rencontre les défis de ce siècle dans un monde où la circulation de l’information est exprimée en secondes plutôt qu’en nombre de jours.

Nous vivons dans un monde où l’information est obtenue par l’intermédiaire de dispositifs électroniques qui tiennent dans la paume d’une main.

Le but réel de cet examen est de bâtir le mouvement.

Nous allons modifier ensemble le panorama politique en développant notre mouvement, parce que la solution à la présente crise économique ne viendra finalement pas du premier ministre, ni de la grande entreprise ou des banques.

La solution à long terme nous appartiendra.

Voici comment nous allons recouvrer notre démocratie.

Nous sommes les véritables actionnaires du Canada, nous possédons ce pays. Et nous devons susciter la participation de nos députés et demander qu’ils nous assurent un gouvernement de meilleure qualité.

Notre outil de lobbying est des plus simples; c’est lorsque vous appelez ou rencontrez votre député pour lui communiquer vos préoccupations.

Nous ne pouvons plus laisser les politiciens dans l’ignorance des besoins des personnes qui travaillent; c’est trop important.

La seule entité qui empêche que notre gouvernement et notre société soient entièrement dominés par le pouvoir brutal de la grande entreprise est, en fait, le mouvement syndical.

Il s’agit de nous, mes amis, c’est bien nous.

Notre force politique ne peut que provenir de notre organisation et d’un accroissement notable de notre densité syndicale.

Nous savons que nous pouvons l’emporter lorsque nous collaborons, agissons de concert et parlons d’une seule voix le langage des travailleurs et travailleuses, qui est celui de la solidarité.

Parce qu’en tant que mouvement syndical, et aussi en tant que militants syndicaux, nous savons que le petit nombre de problèmes qui nous divisent ne représentent rien à comparer à tout ce qui nous unit.

Si nous faisons preuve de solidarité, si nous faisons front commun dans le meilleur intérêt des travailleurs et travailleuses, si nous les organisons en bâtissant notre force syndicale, si nous utilisons ensuite notre pouvoir politique, il n’y a rien que nous puissions pas accomplir.

Je vous remercie pour votre solidarité et votre attention.