Par Ken Georgetti on vendredi, 14 mai 2010
(Pirorité au discours prononcé)
Au nom des 3,2 millions de membres du Congrès du travail du Canada (CTC), nous voulons vous remercier de nous avoir accordé l’occasion de comparaître devant vous pour parler de l’importance de la littératie financière et des liens entre celle-ci et le bien-être et la sécurité économique des Canadiens et des Canadiennes.
Comme les représentants et les représentantes des organisations syndicales et des travailleurs et travailleuses l’ont probablement souligné au cours de vos consultations, le mouvement syndical canadien joue un rôle important dans la promotion de la littératie financière et le bien-être financier des travailleuses et travailleurs canadiens.
Toutefois, nous ne sommes pas surpris d’entendre dire que la plupart des Canadiens et des Canadiennes ne se considèrent pas bien informés en matière financière. Les banques, les sociétés de fiducie et les sociétés de fonds communs de placement ne cessent de leur dire qu’ils ne sont pas assez intelligents pour comprendre ces choses complexes et qu’ils ont besoin d’aide professionnelle pour y arriver.
Le mouvement syndical, pour sa part, a négocié des contrats qui fournissent des ressources aux membres pour qu’ils améliorent leur littératie financière dans les domaines tels que la planification et la sécurité de la retraite, l’administration des régimes d’avantages sociaux, l’interprétation des états financiers et la défense des intérêts des membres à titre de fiduciaires de fonds de pension et de conseillers.
Notre travail dans ces domaines nous porte à croire que les membres des syndicats sont généralement mieux informés sur le plan financier que la population en général.
Nos initiatives financières comprennent la création d’un groupe de régimes de retraite à fiducie conjointe qui a donné lieu à la création de Concert Properties en vue de construire des logements en recourant à une main-d’oeuvre syndiquée. Concert Properties est aujourd’hui une entreprise qui vaut des millions de dollars.
Nous avons établi des fonds de capital-risque de travailleurs et travailleuses grâce auxquels nous tenons des séminaires et des ateliers pour accroître les connaissances financières.
Nous avons fondé la Shareholder Association for Research and Education (SHARE), qui encourage le militantisme des actionnaires, et le Columbia Institute, qui encourage la recherche et le leadership communautaires innovateurs.
La Confédération syndicale internationale (CSI), qui représente les syndicats dans plus de 150 pays, a un Comité sur le capital des travailleurs, dont je suis le président. Ce comité a pour objet d’examiner comment les fonds de pension de différents pays peuvent être mobilisés pour favoriser le militantisme des actionnaires.
Votre document de consultation fait observer à juste titre que le taux d’épargne personnelle au Canada a chuté au cours des 30 dernières années. Or, ce fait n’est pas lié à la littératie financière, mais plutôt à la stagnation des salaires au cours de cette période.
Aujourd’hui, plus de 35 % de la population active travaille dans des emplois atypiques – à temps partiel, temporaires, à forfait, autonomes. En plus, le revenu de la classe moyenne qui travaille à plein temps à longueur d'année stagne depuis 30 ans.
La plupart des Canadiens et des Canadiennes n’arrivent pas à épargner suffisamment simplement parce qu’ils n’en ont pas les moyens et s’endettent pour payer le prix élevé des maisons et de l’éducation. L’envers de la médaille de la stagnation des salaires, c’est un endettement record.
L’amélioration de la littératie financière de la population peut être une bonne chose. Nous pouvons travailler à améliorer la littératie financière au moyen d’une campagne de publicité parrainée par le gouvernement, d’un accès accru à l’information sur Internet et sur les sites Web ou de mises en garde accrues sur les produits financiers. Cependant, l’amélioration de la littératie financière n’est pas en soi une solution au problème fondamental. Le fait demeure que les personnes à faible ou à moyen revenu n’ont pas les moyens d’épargner.
Les revenus moyens des 20 % les plus pauvres ont diminué de 20,6 % entre 1980 et 2005, alors que les revenus des 20 % les plus riches ont augmenté de 16,4 % au cours de cette période, et les revenus des personnes à moyen revenu n’ont pas changé (0,1 %).
L’amélioration de la littératie financière peut aider la classe aisée, mais ce n’est tout simplement pas une réponse pour 80 % de notre population.
Nous savons que pour l’industrie financière un plan d’action sur la littératie financière parrainé par le gouvernement est une façon intelligente d’obtenir une publicité gratuite, car il donne accès aux ressources du gouvernement. Or, ce n’est pas la solution dont nous avons besoin.
Lorsqu’ils vendent des produits financiers, les conseillers financiers se trouvent en conflit d’intérêts entre les profits de l’entreprise et les besoins des clients. Contrairement aux fiduciaires de régimes de pensions et aux gestionnaires des fonds de pension qui doivent tenir compte des intérêts des membres du régime, les gestionnaires de fonds commun de placement n’ont pas la responsabilité fiduciaire d‘accorder la plus grande importance aux intérêts de leurs clients.
Le groupe de travail devrait reconnaître que l’industrie financière ne peut s’autoréglementer et fournir la littéracie financière dont les Canadiens et les Canadiennes ont besoin pour faire les bons choix. Le gouvernement devrait mettre en place des moyens efficaces de garantir que les économies sont gérées dans l’intérêt des clients.
L’autoréglementation, les campagnes de publicité financées publiquement et les sites Web ne sont pas la solution. Ces mesures pourraient donner l’impression que le gouvernement, l’industrie et le secteur financier font quelque chose pour aider les gens à prendre de meilleures décisions, mais c’est de la poudre aux yeux. Ces mesures ne feront pas grand-chose pour améliorer le bien-être économique et assurer la sécurité du revenu de retraite de la plupart des gens.
Nous avons plutôt besoin de vraies réformes. Des réformes fondées sur la réalité des vies des familles travailleuses. Des réformes qui tiennent compte des problèmes qu’elles doivent surmonter tous les jours.
Nous devons améliorer le RPC et le RRQ pour que les gens ne soient pas soumis aux caprices du système financier international ou du marché boursier pour assurer leur sécurité financière.
Nous devons aussi prévoir dans la loi la responsabilité fiduciaire des conseillers financiers d’éliminer le conflit d’intérêts inhérent au système. C’est ainsi que les choses fonctionnent pour les grands régimes de pensions, donc pourquoi n’est-ce pas ainsi pour tous les Canadiens et Canadiennes qui consultent un conseiller financier?
Pour conclure, nous vous exhortons à tenir compte de la demande énergique du mouvement syndical d’élargir les mécanismes publics d’épargne et de mieux réglementer l’industrie financière privée.
Je vous remercie de votre attention.

Discours au Groupe de travail sur la littératie financière