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Discours donné à l'occasion du Congrès de la Fédération du travail de l'Île-du-Prince-Édouard

Par Ken Georgetti on mardi, 17 novembre 2009

(Version non définitive)

Consœurs et confrères, c'est un honneur pour moi de vous transmettre les salutations de solidarité des dirigeantes et dirigeants et des 3,2 millions de travailleuses et travailleurs affiliés au Congrès du travail du Canada.

Je remercie le président Carl Pursey ainsi que vos dirigeantes et dirigeants de m'avoir invité à vous adresser quelques mots aujourd'hui.

C'est un plaisir pour moi de revenir à l'Île-du-Prince-Édouard et de pouvoir constater de nouveau l'excellent travail que votre Fédération a réalisé.

En particulier, je tiens à féliciter la Fédération pour le rôle qu'elle a joué dans l'érection d'un monument commémoratif qui sera dévoilé le 6 décembre à Summerside pour souligner le 20e anniversaire du massacre de l'École polytechnique de Montréal.

Ce geste montre bien que le mouvement syndical dans cette province et même à travers le Canada ne limite pas son implication aux seules questions de négociation collective et qu'il défend aussi la cause de la justice sociale.

Vous n'êtes pas sans savoir que l'économie est perturbée par les temps qui courent.

D'ailleurs, c'est plus payant d'écouter les conseils de placement de la classe ouvrière que ceux des conseillers prétentieux qui portent des bretelles rouges sous leur complet à 4 000 $.

Comment cela? Si vous aviez placé 1 000 $ dans Lear Corporation au début de 2008, il ne vous resterait plus qu'une valeur de 18,04 $ aujourd'hui.

Même chose pour les 1 000 $ placés dans le Groupe AIG au début de 2008, qui ne vaudraient plus que 11,82 $.

Les 1 000 $ que vous auriez placés dans des actions de Nortel Networks ne vaudraient plus que 8,40 $ aujourd'hui et vous auriez perdu 991 dollars et 60 cents!

Le conseil de placement de la classe ouvrière, par contre, a le mérite d'être simple et efficace : achetez 1 000 $ de bière Molson Canadian et buvez-la.

Pour commencer, cela vous permettra de voir la conjoncture difficile d'un autre œil pendant des semaines, et ensuite, quand vous retournerez vos bouteilles vides, il vous reviendra 60 $, soit plus d'argent que si vous aviez acheté n'importe laquelle de ces actions!

Donc, mon conseil de placement est le suivant : gardez vos actifs liquides – et recyclez!

On peut s'amuser à penser aux placements à la blague, mais il reste que la situation est très grave quand un tas de bouteilles de bière vides vaut plus cher que des actions qui sont censées être de premier ordre.

Je vais donc vous parler aujourd'hui du problème qui est en train de devenir le plus important et le plus inquiétant au Canada : l'avenir de nos pensions.

On se demande si les travailleuses et travailleurs vont pouvoir prendre une retraite dans la dignité, le respect et la sécurité quand ils avanceront en âge, ou s'ils vont se retrouver dans la pauvreté, la précarité et la déchéance.

Je sais que la question des pensions est particulièrement douloureuse ici, parce que l'Île-du-Prince-Édouard, croyez-le ou non, est la seule province canadienne qui n'a pas encore sa propre loi sur les pensions.

Il faut que cela change et nous appuyons les efforts de la Fédération, qui réclame que le premier ministre Ghiz et son gouvernement adoptent une loi sur les pensions, comme partout ailleurs.

Avant d'aller plus loin sur la question des pensions, permettez-moi de dire quelques mots sur la sombre conjoncture à laquelle font face les travailleuses et les travailleurs avec la crise économique qui sévit.

Dans le secteur privé comme dans le secteur public, il y a des gens qui sont obligés d'accepter des réductions de salaire ou d'avantages sociaux, de prendre des congés non rémunérés ou de réduire leurs heures de travail, tout cela pour aider les entreprises en difficulté à traverser la crise!

Mais les entreprises, elles, qu'est-ce qu'elles font pour nous aider – pour aider les travailleuses et les travailleurs?

Elles font pire que de ne rien faire : elles éliminent des emplois comme jamais auparavant.

Cela n'empêche pas leurs chefs de continuer de se verser des salaires de plusieurs millions de dollars et d'empocher des primes énormes.

Notre économie punit les travailleuses et travailleurs qui ont passé leur vie à construire le Canada … et à enrichir bon nombre de chefs d'entreprise, de banquiers et de gestionnaires de fonds de couverture déjà fort bien rémunérés et dont certains ne vivent même pas au pays.

C'est carrément injuste.

Consœurs et confrères, la triste vérité, c'est que notre économie récompense l'avidité et ignore les besoins fondamentaux.

Et à qui les médias de masse imputent-ils le blâme de cette crise économique?

Pas aux banquiers. Pas aux chefs d'entreprise. Pas aux riches.

Non – les médias de masse blâment – surprise! – les syndicats!

Voici ce que le chroniqueur de la droite Terence Corcoran du National Post a écrit sur les pensions du secteur public, et je cite :

« Pourquoi ces régimes publics géants de retraite existent-ils? Ils représentent pour l'essentiel une fortune confisquée par les gouvernements. » [traduction libre]

Confisquée par les gouvernements … Et nous qui pensions que c'était un revenu différé que les gens mettaient de côté pour pouvoir s'assurer une retraite dans la dignité et la sécurité!

Corcoran a continué : « Les employés de l'entreprise d'électricité, les policiers, les employés municipaux, les enseignantes et enseignants. Tous recevront une pension relativement bien garnie aux frais des contribuables canadiens. » [traduction libre]

Ahhhh, que c'est bon d'être un syndiqué à la retraite : on passe l'hiver à Monaco, on se détend en lavant et en cirant sa Ferrari rouge, on joue au golf sur le terrain du country club réservé exclusivement aux retraités de la fonction publique pour tenir la racaille patronale à l'écart, on s'astreint à un manucure et à un pédicure quotidiens – tout cela grâce à la pension bien garnie payée par les contribuables.

Méchante farce!

C'est scandaleux que des commentateurs comme Corcoran et d'autres chefs d'entreprise millionnaires s'en prennent à des travailleuses et des travailleurs qui ont consacré leur vie à bâtir ce pays et qui méritent le moindre cent de leur pension.

Par contre, cela ne se peut pas que les chefs d'entreprise aussi avides qu'incompétents qui volent notre économie et qui démolissent les possibilités de retraite des travailleuses et travailleurs s'en sortent tout seuls : il faut qu'ils aient de l'aide.

Alors, qui est-ce qui conduit la voiture dans laquelle ils prennent la fuite?

Ce sont les gouvernements de droite qui refusent de réglementer les marchés financiers et qui laissent des cadres exécutifs de toucher des rémunérations ahurissantes pendant que la facture du rachat de leur entreprise par l'État est refilée aux contribuables et qu'on laisse le couperet tomber sur des caisses de retraite que les travailleuses et les travailleurs pensaient protégées.

Le temps est venu d'envoyer un message clair à ces gouvernements de droite : c'est pour nous, les Canadiennes et les Canadiens ordinaires, que vous devez travailler – pas pour l'entreprise privée!

Et s'ils ne comprennent pas le message, il faut les faire payer – dans l'isoloir!

C'est exactement pour cette raison que le Congrès du travail du Canada collabore avec la Fédération, les affiliés et les conseils du travail de l'Île-du-Prince-Édouard – pour utiliser l'isoloir et s'assurer que les gouvernements local, provincial et fédéral soient plus réceptifs aux besoins des travailleuses et des travailleurs.

Ces dernières années, le CTC et les conseils du travail ont contribué à faire élire plus de 800 maires, conseillers municipaux et syndics scolaires à travers le pays.

Ces élus appuient les objectifs du mouvement syndical, y compris en ce qui a trait à l'embauche des syndiqués et à l'adoption de politiques de contenu local.

Au fédéral, il reste du travail à faire. Cependant, en concentrant nos efforts sur les circonscriptions fortement syndiquées, le CTC et les affiliés ont aidé notre allié, le Nouveau Parti démocratique, à décrocher son plus grand nombre de député à vie à la Chambre des communes.

Croyez-moi, nous avons plus que jamais besoin d'un grand nombre d'élus favorables aux travailleuses et aux travailleurs en cette période de crise économique.

Nous avons consacré toute notre vie professionnelle de syndiqués à nous bâtir une sécurité d'emploi, à nous constituer une pension de retraite décente, à défendre les droits qui font que nos lieux de travail nous permettent de gagner notre vie dans la justice et la sécurité. Nous n'avons certainement pas fait tout ce chemin pour accepter de tout perdre du jour au lendemain.

C'est à cause du désastre financier et de l'exploitation sans précédent des travailleuses et travailleurs par les corporations que le CTC appelle le gouvernement fédéral à répondre à quatre demandes.

La première demande, c'est de réparer le régime d'assurance-emploi. En collaboration avec le caucus fédéral du NPD et nos affiliés, nous avons obligé le gouvernement Harper à faire un premier pas d'importance en prolongeant la durée de prestations d'environ 190 000 travailleuses et travailleurs de longue date qui ont perdu leur emploi. Toutefois, il faut encore faire beaucoup plus.

La deuxième demande, c'est de prendre de vraies mesures pour créer et soutenir les emplois canadiens, avec des stratégies industrielles, des investissements dans l'infrastructure sociale, des politiques de contenu canadien qui soutiennent les industries et les emplois canadiens.

La troisième demande, c'est une grande priorité pour le CTC : le temps est venu d'améliorer de façon marquée le Régime de pensions du Canada, le plus important régime de retraite à prestations déterminées du pays, qui couvre 93 % des travailleuses et travailleurs canadiens.

Le Congrès du travail du Canada propose de doubler les prestations du RPC sur sept ans pour remplacer graduellement le système des REER, dont le rendement est insuffisant.

Bien entendu, cela ne se fera pas du jour au lendemain..

Cependant, nous y arriverons en persévérant, en changeant l'opinion publique, en contestant l'idée voulant que le revenu de retraite soit une responsabilité individuelle et en convainquant la population canadienne que, dans une société aussi riche que la nôtre, la retraite dans la dignité et la sécurité est un droit, au même titre qu'un système public de santé.

Nous pouvons déjà signaler quelques percées positives, entre autres les changements que le ministre fédéral des Finances Jim Flaherty a annoncés le mois dernier afin de réduire les « congés » de cotisations dans les régimes de retraite sous réglementation fédérale, mais il reste énormément de chemin à parcourir pour aider la plupart des Canadiennes et des Canadiens.

Nous sommes aussi heureux qu'il y ait un sommet sur les pensions entre le fédéral et les provinces en décembre. Nous allons les encourager à passer aux actes; les discussions, ça suffit.

Cependant, la plupart des Canadiennes et des Canadiens n'ont pas de régime de retraite en difficulté – pour la simple raison qu'ils n'ont même pas de régime de retraite!

C'est d'ailleurs pour cela qu'il faut agir rapidement et améliorer le Régime de pensions du Canada.

Étant donné que les prestations du RPC sont intégrés aux formules d'un grand nombre de régimes de retraite, y compris dans le secteur public, une amélioration du RPC aurait pour résultat d'amener plus d'argent à la table de négociation pour améliorer le revenu de retraite global ou pour améliorer d'autres avantages pour les membres.

Et nous savons que nous pouvons arriver à ce résultat..

Nous le savons parce que dans les années 1960, le Congrès du travail du Canada et les syndicats du Canada ont collaboré pour obtenir un système public de santé garantissant l'accès de tous les citoyens et citoyennes à des services médicaux de base.

Plusieurs syndicats avaient déjà négocié des régimes d'assurance-santé pour leurs membres, mais ils étaient quand même conscients de l'avantage qu'un bon filet de sécurité pouvait procurer à l'ensemble de la population.

Nous pouvons faire la même chose avec les pensions : nous pouvons faire en sorte que les gens vivent leurs dernières années dans la dignité après une vie consacrée au travail.

Permettez-moi de vous raconter une anecdote qui illustre bien l'importance de la question des pensions par les temps qui courent.

Le mois dernier, je suis allé rencontrer les travailleuses et travailleurs de Nortel qui manifestaient pour protester contre l'énorme baisse de leur pension, dans certains cas jusqu'à 30 %, parce que leur régime est déficitaire et que les règles actuelles ont permis à la compagnie de s'en laver les mains.

J'ai rencontré plusieurs pensionnés de Nortel qui sont malades d'inquiétude face à l'avenir alors qu'ils devraient vivre les années dorées de la retraite.

Le pire, cependant, c'est que plus de 400 travailleuses et travailleurs de Nortel qui sont littéralement malades, en invalidité de longue durée, pourraient perdre complètement leurs prestations d'invalidité.

Rencontrer des femmes invalides qui pleurent parce qu'elles vont plonger dans la pauvreté en plus de souffrir d'une maladie chronique, cela brise le cœur – et c'est enrageant.

Quelle sorte de pays avec la richesse du Canada permettrait que ses travailleuses et travailleurs les plus vulnérables soient traités comme des chiens?

Cela m'enrage – mais cela me rend aussi plus déterminé que jamais à convaincre le mouvement syndical de revendiquer des changements au chapitre des pensions – et à se battre jusqu'à ce que cette mission soit accomplie et que plus personne ne se retrouve face à des perspectives d'avenir aussi sombres!

La quatrième demande du CTC, c'est que le gouvernement se penche sur le cas des grandes banques et des taux d'intérêt à la consommation qu'elles pratiquent, surtout au niveau des cartes de crédit, parce que les gens vulnérables s'endettent de plus en plus et utilisent ces cartes pour payer des produits de première nécessité comme l'épicerie.

Consœurs et confrères, ce ne sont là que quelques-unes des mesures qu'il faut prendre pour entamer la reprise économique du bon pied.

Car il faut commencer à transformer notre économie : il faut s'écarter de l'économie basée sur l'avidité pour se rapprocher de l'économie basée sur les besoins fondamentaux.

Alors je vous invite à vous joindre au combat du mouvement syndical pour une économie nouvelle et équitable – une économie qui profite à tout le monde et pas seulement aux riches.

Merci de votre attention. Je vous souhaite un excellent congrès!