Par Ken Georgetti on mercredi, 28 avril 2010
Consoeurs et confrères,
Cette semaine, 20 travailleuses et travailleurs canadiens ne rentreront pas à la maison après le travail.
Cette semaine, et chaque semaine de l’année, 20 travailleurs et travailleuses en moyenne mourront au travail ou d’une maladie causée par le travail, comme l’amiantose et le cancer.
Cela fait plus de 1 000 disparus chaque année. C’est pourquoi tous les 28 avril depuis 26 ans, nous nous rassemblons dans les villes et les villages à la grandeur du Canada.
Nous nous rassemblons pour pleurer nos disparus. Et nous nous rassemblons pour demander aux gouvernements et aux employeurs de faire davantage pour mettre fin à ce carnage.
La mort de chacun de ces travailleurs et travailleuses est tragique pour toutes les familles et tous les amis qui perdent un être cher. Et ces décès peuvent être évités.
Nous lançons un appel pour que les Canadiens et les Canadiennes n’aient plus à se demander lorsqu’ils arrivent au travail : « Est-ce aujourd’hui que je vais mourir au travail? »
C’est un message déprimant et dur à entendre, mais lorsque 20 personnes par semaine perdent la vie au travail, nous devons faire tout ce que nous pouvons pour inciter les employeurs et les gouvernements à agir.
Cette question n’était pas venue à l’esprit de quatre travailleurs migrants de l’Europe de l’Est qui sont morts la veille de Noël à Toronto.
Ils faisaient un dernier quart de travail juste avant le congé de Noël.
Les quatre hommes se trouvaient sur un échafaudage installé à l’extérieur d’un immeuble à logements de 13 étages, en train de réparer les balcons, lorsque la plateforme s’est soudainement effondrée.
Quatre jeunes hommes ont fait une chute mortelle. Un cinquième a survécu, mais a subi de graves blessures – de multiples fractures de la colonne vertébrale et des deux jambes.
Ce n’est que par après que nous avons appris la triste vérité : l’entreprise pour laquelle ils travaillaient avait reçu l’ordre de suspendre les travaux à deux reprises, et les inspecteurs de la sécurité du ministère du Travail de l’Ontario avaient donné un tel ordre à six autres reprises.
Les travaux avaient été suspendus pour une période de deux mois jusqu’à ce qu’on ait traité des problèmes de sécurité. Malheureusement, l’ordre de suspension des travaux a été levé la semaine même du décès des quatre hommes.
Deux des veuves ont dit aux médias que leur mari leur avait dit qu’il y avait des problèmes de sécurité au travail. Ce qu’ils ne savaient pas, c’est qu’ils avaient le droit de refuser de faire un travail dangereux.
Les harnais de sécurité des quatre hommes n’étaient pas attachés à une structure solide, donc ils se sont avérés inutiles lorsque l’échafaudage s’est effondré.
Les tragédies comme celle-ci sont tout à fait évitables, mais elles continuent de se produire, encore et encore.
Le Congrès du travail du Canada travaille fort pour mettre fin à ces terribles accidents.
Avec l’aide de nos affiliés, nous avons convaincu le gouvernement fédéral d’adopter le projet de loi C‑45, appelé loi Westray d’après la mine où 26 mineurs sont morts tragiquement à la suite d’une explosion de méthane.
La loi Westray permet d’intenter des poursuites au criminel contre les personnes, y compris les entreprises, présumées responsables de décès au travail.
L’adoption de la loi Westray en 2004 est une importante victoire, mais nous n’avons pas vu les poursuites auxquelles nous nous attendions depuis.
Ça ne suffit pas, vraiment pas.
Le CTC croit que beaucoup trop d’employeurs considèrent les accidents et les décès liés au travail comme un prix à payer quand on fait des affaires.
Ils paient habituellement de petites amendes pour la violation des règles de sécurité et ne se soucient pas d’avoir un milieu de travail sans accident. Il faut que ça cesse.
C’est pourquoi nous avons fait pression pour l’adoption de la loi Westray – pour obliger les entreprises et les PDG à payer un prix très lourd pour les accidents et les décès.
Lorsque le coût des accidents et des décès liés au travail sera trop lourd à payer, les employeurs feront les changements nécessaires pour assurer la sécurité de tous les travailleurs et travailleuses.
Voyons à ce que la loi Westray serve à intenter des poursuites contre les responsables des décès de la veille de Noël liés à l’échafaudage défectueux. Ce serait un bon début, mais seulement un début.
En plus d’exiger l’application de la loi Westray – et une formation additionnelle pour les agents d’application de la loi – le CTC demande que des procureurs spéciaux soient nommés pour enquêter sur les accidents mortels qui se produisent en milieu de travail.
Ces histoires horribles de morts qui auraient pu être évitées ne doivent plus faire partie de la réalité au travail. En cette triste journée qui marque la perte de consoeurs et de confrères, renouvelons notre engagement à lutter avec force pour des changements d’ordre majeur pour que chaque travailleur et travailleuse rentre à la maison sain et sauf à la fin de sa journée de travail.

Discours à l’occasion de la 26e cérémonie du Jour de deuil à Ottawa