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Discours à l’occasion de la Conférence sur la condition féminine de la Fraternité internationale des Teamsters

Par Barbara Byers on jeudi, 10 septembre 2009

(Projet seulement)

Consoeurs et confrères, j’ai l’honneur de vous transmettre les salutations de solidarité des dirigeants et dirigeantes, du personnel et des 3,2 millions de membres du Congrès du travail du Canada.

Je tiens à remercier Cindy Impala, directrice de la formation et du perfectionnement des Teamsters, de m’avoir invitée à vous adresser la parole, et la dirigeante canadienne Brigitte Sottile, qui fait partie du Comité du CTC sur la condition féminine.

Votre syndicat et ses membres jouent un rôle important au sein du Congrès du travail du Canada et je vous remercie de votre solidarité et de votre appui.

Chères consoeurs, nous vivons des temps très lugubres.

Il n’est pas nécessaire que je vous rappelle que les économies de nos deux pays sont encore en grave difficulté.

Le mois dernier, le gouverneur de la Banque du Canada a déclaré que la récession était terminée au Canada.

Eh bien, elle n’est certainement pas terminée pour les milliers de travailleurs et travailleuses qui perdent encore leur emploi.

En juillet, 79 000 personnes ont été mises en chômage au Canada – 22 000 femmes ont perdu leur emploi et 31 000 autres femmes ont quitté le marché du travail.

Depuis le début de la récession au Canada, plus de 500 000 personnes salariées ont vu éliminer leur emploi, 400 000 d’entre elles perdant des emplois à plein temps et à salaire acceptable.

Nous savons tous que ce ne sont pas les travailleurs et les travailleuses qui ont causé la crise actuelle.

Ce sont les grandes entreprises qui l’ont causée en raison de leur cupidité, de leur imprudence, de leur stupidité et, oui, de leur activité criminelle.

Elles profitent de la crise qu’elles ont engendrée pour porter atteinte aux salaires des travailleurs et travailleuses, à nos pensions, à nos avantages sociaux et à notre qualité de vie.

Au Canada, elles ont pour complice le gouvernement conservateur fédéral.

Ce gouvernement a envoyé les travailleurs et les travailleuses de l’automobile à la table de négociation avec General Motors avec l’ordre de réduire les salaires et les avantages sociaux afin d’obtenir des garanties de prêt non pas une fois, mais bien deux!

Il faut dire que le gouvernement conservateur n’établit pas de distinction en matière de travail et de droits de la personne.

Il s’en prend aveuglément aux travailleurs et travailleuses, aux femmes, aux nouveaux immigrants et immigrantes, aux personnes de couleur, aux Autochtones, aux gais, lesbiennes et transgenres et aux personnes ayant un handicap.

Mais il semble s’acharner particulièrement sur les femmes.

L’actuel gouvernement s’en est pris aux travailleuses de la fonction publique fédérale en éliminant l’équité salariale et en disant à leurs syndicats que la loi leur interdisait d’aider leurs membres de sexe féminin à lutter contre l’inégalité salariale devant les tribunaux, y compris le Tribunal canadien des droits de la personne.

Ce gouvernement a retiré le mot « égalité » du mandat de son ministère chargé d’améliorer l’accès des femmes à l’égalité au Canada!

Ce gouvernement a « réaffecté » le ministre du Tourisme parce qu’elle a versé des fonds destinés à appuyer les festivals et les artistes à l’une des principales attractions touristiques du Canada : le festival Toronto Pride.

Il est incroyable qu’en 2009 nous soyons obligés de défendre non seulement les droits des travailleurs et travailleuses mais aussi les droits de la personne contre les atteintes d’un gouvernement de droite qui veut tout simplement renverser les progrès réalisés et mettre les femmes « à leur place ».
Mais parlons plutôt de mettre les femmes là où elles devraient être : AU SEIN DE SYNDICATS!

Nous, les consoeurs du mouvement syndical, connaissons déjà les énormes avantages de l’adhésion à un syndicat tel que les Teamsters.

Le meilleur programme d’équité salariale que les femmes puissent trouver est la carte de membre d’un syndicat!

Au Canada, les statistiques de 2006 indiquent que les femmes syndiquées gagnent en moyenne 21,86 $ par heure, soit 93 % de ce que gagnent les hommes syndiqués.

Or, les femmes non syndiquées ne gagnent en moyenne que 16,15 $ par heure.

C’est la somme estomaquante de 5,71 $ de moins par heure de travail!

Et cela ne constitue que 75 % de ce que gagnent les hommes non syndiqués.
Dans le secteur privé du Canada, seules 14 % des travailleuses sont syndiquées.

Si les femmes se syndiquaient, elles gagneraient 10 000 $ de plus par année dans la plupart des emplois!

Ce serait comme gagner à la loterie, et ce ne serait pas une seule fois mais bien chaque année!

Et le sort des travailleuses syndiquées ne fait que s’améliorer.

Sauf en se syndiquant, comment une femme peut-elle obtenir un salaire plus élevé, de meilleurs avantages sociaux, une protection contre la discrimination et le harcèlement, une formation professionnelle, la sécurité d’emploi, l’égalisation des salaires des emplois à prédominance masculine et féminine, de meilleurs congés de maternité, parentaux et pour obligations familiales et un horaire de travail variable?

IL N’Y A PAS D’AUTRE MOYEN!

Mais je prêche aux converties ici. La question que doivent se poser les femmes syndiquées est simple : comment pouvons-nous voir à ce qu’un nombre croissant de femmes se syndiquent?

Comment pouvons-nous faire connaître l’avantage syndical à un plus grand nombre de femmes?

Et comment pouvons-nous faciliter l’adhésion à un syndicat et rendre plus difficile aux employeurs d’intimider les travailleuses et les travailleurs qui veulent se syndiquer?

Au Canada, l’outil le plus important dont les femmes et les hommes non syndiqués peuvent disposer est le plus simple mais le plus difficile à se procurer : l’accréditation automatique à la signature de cartes d’adhésion par une majorité des membres.

Nous avons obtenu et perdu cet outil critique dans plusieurs provinces canadiennes, et nous savons exactement quelle différence cela fait d’après les résultats.

Pourquoi les gouvernements de droite nouvellement élus s’empressent-ils en premier lieu d’éliminer des lois sur le travail de manière à priver les syndicats du droit de se faire accréditer à la signature de cartes par une majorité des membres? N’est-ce pas évident? Les grandes et les petites entreprises l’exigent – elles s’opposent farouchement à ce que leur personnel soit représenté par un syndicat.

Et elles ne veulent pas que nous ayons le pouvoir politique supplémentaire que le mouvement syndical acquiert quand de plus en plus de travailleurs et travailleuses se syndiquent.

Je ne suis certainement pas ici pour dire quoi faire aux syndicats et aux travailleurs et travailleuses des États-Unis.

Cependant, si j’étais un membre et une dirigeante d’un syndicat étatsunien, je ferais des pressions pour faire adopter le plus tôt possible l’Employee Free Choice Act (loi sur le libre choix des employés et employées)!

J’ai lu une excellente citation appuyant cette loi sur le site Web des Teamsters.

Un membre retraité des Teamsters venant de l’Arkansas et ancien combattant au Vietnam nommé Fred Steubin a très bien mis les choses en contexte :

Fred a dit, et je cite, « Si j’ai pu signer un papier pour me joindre au Corps des Marines, je devrais avoir le droit de signer un papier pour adhérer à un syndicat ».

Comme je l’ai déjà indiqué, les résultats sont des plus clairs au Canada : quand nos lois sur le travail permettent la syndicalisation à la signature de cartes d’adhésion par une majorité de membres d’un groupe, le taux de syndicalisation monte en flèche.

Quand ces lois sont abrogées et que les travailleurs et les travailleuses doivent voter, l’employeur a beau jeu de s’immiscer dans les affaires du syndicat et de se livrer à l’intimidation.

Quand les employeurs peuvent voir à ce que l’enjeu du vote soit non pas la question de savoir si les travailleuses et les travailleurs veulent se syndiquer ou non mais bien celle de savoir s’ils veulent garder ou non leur emploi, le taux de syndicalisation diminue radicalement.

Et quand le taux de syndicalisation diminue radicalement, l’inégalité des revenus augmente.
Un récent rapport de l’University of California indique que l’inégalité des revenus n’a jamais été plus grande aux États-Unis, c’est-à-dire qu’elle dépasse même le niveau atteint avant la Crise des années 1930.

Les 10 % des personnes qui gagnent le plus aux États-Unis comptaient pour 49,7 % du total des revenus en 2007. Selon l’étude, c’est une proportion plus élevée que celle de toute année depuis 1917 et elle dépasse même celle de 1928, année où l’emballement boursier des Années folles a atteint son sommet.

Je ne crois pas que quiconque ici présent sera étonné d’apprendre qu’une étude semblable réalisée au Canada par le Centre canadien de perspectives alternatives a révélé une tendance similaire.
Pendant les 24 dernières années de ce qui est censé être la période de prospérité économique la plus importante depuis les années 1950, les Canadiens et les Canadiennes à revenu moyen ont vu la valeur réelle de leurs gains stagner pendant que les plus riches tiraient la majeure partie des avantages de la croissance économique.

Si vous désirez obtenir de plus amples renseignements sur cette étude, veuillez vous rendre à l’adresse www.growinggap.com. Pour piquer votre curiosité, je vous signale un fait présenté dans l’étude du CCPA.

À midi le 2 janvier, chacun des 100 principaux PDG du Canada a gagné plus que la travailleuse ou le travailleur moyen gagne pendant une année entière.

Il n’est pas étonnant que les PDG n’aiment pas les lois sur le travail qui favorisent l’égalité et facilitent l’adhésion à un syndicat.
Pourtant, dans nos deux grands pays, le droit de se syndiquer est censé être un droit démocratique!

Comment se fait-il que les gens peuvent se voir priver d’un droit démocratique par un comportement nettement antidémocratique?

Il ne serait pas toléré que qui que ce soit nuise à une élection ou intimide l’électorat aux États-Unis ou au Canada.

Pourquoi donc permet-on aux employeurs de s’immiscer dans un vote et d’intimider les personnes qui votent en milieu de travail?

Encore une fois, la réponse est claire : les gouvernements et les hommes et femmes politiques de droite le permettent afin de satisfaire aux exigences des entreprises qui les financent et qui ne veulent pas des syndicats.
Ils ne veulent certainement pas voir les Teamsters accomplir le mandat confié par la présente conférence, qui consiste à faire adhérer des femmes à votre syndicat.

Ce qu’ils veulent est tout aussi clair : l’occasion de profiter d’une cupidité non réglementée sans que les syndicats et les gouvernements ne leur mettent des bâtons dans les roues.

Par exemple, vous pourriez croire que les cadres supérieurs des entreprises et des banques et les courtiers en valeurs mobilières sont reconnaissants au président Obama et aux contribuables étatsuniens d’avoir maintenu leur gagne-pain en renflouant leurs entreprises et qu’ils acceptent un peu moins que leurs primes et gains faramineux antérieurs.

Vous pourriez croire qu’ils sont reconnaissants et même ravis que les contribuables des États-Unis les ont maintenus à flot.

Mais vous vous tromperiez tout à fait. Vous ne pourriez pas vous tromper davantage!

À Wall Street, le « club des millionnaires » comprenait près de 5 000 membres en 2008.

Cela signifie qu’au moins 4 793 banquiers et courtiers en valeurs mobilières ont reçu chacun plus d’un million de dollars de primes l’année dernière pendant que l’économie s’effondrait et que les contribuables renflouaient une banque après l’autre.

Entre temps, les honnêtes femmes et hommes qui travaillent dur dans nos pays se faisaient demander d’accepter des réductions de salaires, de pensions et d’avantages sociaux, de prendre des congés non payés et de consentir à la réduction de leurs heures de travail pour aider les entreprises qui ont de la difficulté à survivre dans notre économie!

Les travailleurs et les travailleuses en ont assez de pâtir pour que les cadres supérieurs puissent vivre comme des pachas!

La solution à l’actuelle crise économique et à la cupidité débridée des entreprises se trouve ici même, dans cette pièce.

Nous devons reprendre l’économie de nos pays aux mains des banquiers, des PDG, des gestionnaires de fonds de placement spéculatif et des lobbyistes d’Ottawa et de Washington qui nous ont menés au bord de l’abîme.

Nous devons remettre les citoyens et les citoyennes aux commandes.

Et il incombe au mouvement syndical d’accomplir cette tâche.

Parce que quand nous réussissons à voir à ce que des femmes adhèrent à nos syndicats, quand nous commençons à accroître la force du mouvement syndical dans notre économie et en politique, c’est à ce moment-là que nous commençons à gagner.

En tant que syndicalistes, nous avons une mission claire : nous ne pouvons tout simplement pas permettre que la grande majorité des travailleuses ne soit pas représentée en milieu de travail.

Les femmes en question ont besoin de notre aide; elles ont besoin de l’aide qu’un syndicat peut leur offrir et elles ont besoin de salaires et de conditions de travail meilleurs ainsi que des pensions, de la sécurité d’emploi et des droits fondamentaux au travail dont nous jouissons déjà.

Or, afin de leur apporter cette aide, il nous incombe et il incombe à nos syndicats de ne pas se contenter de lancer des campagnes de recrutement, aussi important que cela puisse être.

Nos syndicats et notre mouvement doivent également gagner du pouvoir politique – nous devons élire des hommes et femmes politiques qui appuient le mouvement, qui seront attentifs aux besoins des travailleurs et travailleuses plutôt qu’à ceux des élites politiques et qui agiront en notre nom malgré la forte opposition des intérêts du milieu des affaires.

Cela signifie élire des femmes politiques qui sont des féministes, des syndicalistes, des femmes de couleur, des femmes autochtones, des lesbiennes, des femmes ayant un handicap – des féministes de tous les secteurs de la société.

C’est comme cela qu’il faut provoquer un changement durable, promouvoir l’égalité et améliorer à jamais la vie des travailleuses dans nos deux pays!

Merci de m’avoir écoutée et passez une excellente conférence!