Par Barbara Byers on dimanche, 14 mars 2010
Je vous salue confrères et consoeurs, et camarades.
C’est une joie et un privilège pour moi que de représenter le Congrès du travail du Canada à cette merveilleuse célébration. Je vous transmets les salutations de notre président Ken Georgetti, de notre vice-présidente exécutive Marie Clarke Walker, de notre secrétaire-trésorier Hassan Yussuff et de notre personnel d’un océan à l’autre. Paulette Sadoway, qui fait partie de ce personnel, se trouve parmi nous aujourd’hui. Paulette est la directrice régionale de la région de l’Atlantique.
Quel honneur pour Pat Riley que de recevoir l’Orden de Mayo, plus haute décoration pouvant être décernée par le gouvernement d’Argentine à une personne ne ressortissant pas à ce pays, pour un acte de bravoure, de coeur et de solidarité posé il y plus de 30 ans!
C’est une joie parce que nous célébrons le fait que la réalité en Argentine diffère beaucoup de ce qu’elle était il y a 30 années quand nos confrères et consoeurs argentins vivaient, de 1976 à 1983, sous le joug d’une des dictatures militaires les plus répressives que les Amériques aient connues.
Je rappelle à celles et à ceux qui ne connaissent peut-être pas les jours sombres de la « guerre sale » d’Amérique latine que pendant les années 1970 et 1980, la majorité des Latino-Américains et Latino-Américaines, du Brésil au Chili et de l’Argentine à l’Uruguay, vivaient sous l’emprise de brutales dictatures militaires. Le général de l’époque qui est peut-être le mieux connu est Augusto Pinochet, du Chili. Je soupçonne que le simple fait d’entendre prononcer son nom donne des frissons d’horreur. Je sais que c’est ce que cela me fait, à moi.
Le prix de la « guerre sale » des dictatures militaires a été très élevé en vies humaines et en violation des droits humains les plus fondamentaux. Les groupes qui militent pour les droits humains estiment que plus de 30 000 personnes ont été « portées disparues » (c’est-à-dire arrêtées et exécutées secrètement sans procès) pendant la période de 1976 à 1983. Des milliers d’autres se sont exilées, bon nombre d’entre elles au Canada.
C’est pour cela que cette célébration ici aujourd’hui est celle du retour de la démocratie en Argentine, qui a commencé aux élections nationales de 1983. L’Argentine renforce sa démocratie depuis ce temps, en dépit de certaines crises plutôt graves vécues depuis 25 années.
En 2001, le pays a subi une crise économique ressemblant à certains égards à celle que le monde a vécue l’année dernière. Il y avait un grand bouleversement et des vagues de protestation des personnes en chômage mais aussi des personnes de classe moyenne à mesure qu’augmentait la pauvreté et le chômage et que l’inflation galopait. Mais les crises ont été réglées par des moyens démocratiques, et l’on n’a jamais vu l’ombre d’un autre coup d’État militaire.
Nous, les membres du mouvement syndical, qui travaillons étroitement avec nos confrères et consoeurs syndiqués de l’hémisphère, pensions que nous avions tourné la page sur ces temps terribles. Il semblait que la démocratie avait été rétablie en permanence dans les Amériques – grâce à la lutte et au sacrifice des militantes et militants sociaux et syndicaux, des femmes, des étudiantes et étudiants, des agriculteurs et agricultrices, des peuples autochtones et d’autres personnes en Amérique latine.
C’est donc avec un certain étonnement et une certaine colère que nous avons appris qu’un groupe de généraux du Honduras a arrêté, il n’y a pas six mois, le président démocratiquement élu Manuel Zelaya et l’a expulsé brusquement du pays.
Pourquoi ont-ils fait cela? Il est difficile à croire que c’est parce qu’il voulait consulter la population sur des questions constitutionnelles.
Et il avait haussé le salaire minimum et mis en suspens l’approbation de l’exploration minière par les multinationales, certaines desquelles sont canadiennes.
L’oligarchie hondurienne se sentait tellement menacée par ces mesures et elle était si intolérante à l’égard du processus démocratique qu’elle l’a fait déposer.
Je mentionne cela parce que l’hémisphère entier a été ébranlé par les événements survenus au Honduras qui rappelaient d’horribles souvenirs de la « guerre froide » des années 1970 et 1980.
Bon nombre de pays d’Amérique latine, et particulièrement l’Argentine qui comprenait dans sa chair l’importance du coup d’État hondurien en raison de son histoire, livrent une lutte diplomatique au sein de l’Organisation des États américains pour rétablir la démocratie au Honduras.
Je vous épargnerai le détail des six mois de lutte livrée pour remettre au pouvoir le président démocratiquement élu du Honduras.
Le peuple hondurien a opposé une vaillante résistance à l’intervention militaire. Il a payé un prix très élevé des points de vue des violations des droits humains, des arrestations arbitraires et des exécutions extrajudiciaires.
Le rôle du gouvernement du Canada dans les événements mondiaux récents a été moins qu’exemplaire.
Peter Kent, ministre d’État des Affaires étrangères (Amériques), n’a jamais appuyé vigoureusement le rétablissement de la démocratie au Honduras et il a, en fait, épaulé toute procédure proposée permettant de déférer le rétablissement du président élu.
Les jours des dictatures militaires sont peut-être comptés mais voici que nous avons la dictature du marché libre et des accords de libre-échange.
Le mouvement syndical est un chef de file de la résistance à ce nouveau genre de dictature depuis la lutte contre l’Accord de libre-échange entre le Canada et les États-Unis et la lutte contre l’ALENA.
Nous avons tiré bien des leçons de ces luttes et nous les appliquons à la lutte que nous livrons contre l’Accord de libre-échange Canada-Colombie. La Colombie n’est peut-être pas sous régime militaire mais les violations des droits humains qui s’y produisent sont tout aussi graves.
Dans ce pays, la « guerre sale » est menée contre les syndicalistes et les chefs qui osent créer un syndicat, diriger une grève ou s’opposer au gouvernement de quelque façon que ce soit. Plus de 2 700 chefs syndicaux ont été assassinés en Colombie depuis 25 ans, ce qui en fait le pays le plus dangereux du monde pour un syndicaliste.
Le Congrès du travail du Canada continue de surveiller les situations dans le monde entier où les droits des travailleurs et travailleuses, les droits des peuples autochtones et les droits humains sont menacés.
Mais, comprenez-moi bien, les nouvelles ne sont pas toutes mauvaises.
Nous habitons un hémisphère multiracial et multilingue dans lequel des changements plutôt emballants se produisent :
- où un cireur de chaussures nommé Lula qui a grandi dans la pauvreté au Brésil est devenu un chef syndical national et l’un des présidents les mieux aimés de son pays;
- où un chef syndical bolivien du nom d’Evo Morales est devenu le premier président venant d’une communauté autochtone;
- où des femmes occupent de hautes charges publiques électives, comme Cristina Kirchner, présidente d’Argentine;
- et où le gouvernement démocratique de Cristina Kirchner a fait un humble effort pour redresser les torts de l’histoire en attribuant l’Orden de Mayo à un groupe de syndicalistes canadiens du Nouveau-Brunswick qui a agi honorablement il y a 30 ans.
Selon le journal d’aujourd’hui, l’ambassadeur Bothamley a déclaré : « Nous rendrons de tout coeur un hommage dû depuis longtemps à des personnes qui ont mis leur sécurité en péril pour aider des gens à des milliers de miles de distance »
Nous ne devrions jamais oublier notre passé. Aujourd’hui, nous nous rappelons comme il importe que les communautés travaillent ensemble et comme cela peut changer la vie des autres. Je remercie et félicite Pat, l’AID et la coalition des militantes et militants syndicaux, confessionnels, environnementaux et communautaires de s’être prononcés hier pour aujourd’hui et pour demain.
Ce sont des personnes comme les autres qui savaient qu’elles agissaient pour tenter d’améliorer les conditions de travail et la vie de gens habitant au loin. Ce sont des personnes ordinaires qui ont accompli un travail incroyable et pris des mesures extraordinaires. Des personnes ordinaires qui ont changé le cours de l’histoire.
La question que je pose à chacun d’entre nous ici présent est la suivante : « Que faisons-nous pour changer le cours de l’histoire aujourd’hui? ».

Discours à l’occasion de la présentation de l’Orden de Mayo à Pat Riley de la section locale 273 de l’Association internationale des débardeurs