Par Ken Georgetti on lundi, 28 juin 2010
(Priorité au discours prononcé)
Consoeurs et confrères, je ne saurais être plus heureux de vous transmettre – pour la première fois depuis 1996 – les salutations de solidarité des dirigeants et dirigeantes et des 3,2 millions de membres du Congrès du travail du Canada.
Bon retour au CTC. Vous nous avez manqué!
Nous étions plus faibles sans vos membres; nous sommes nettement plus forts avec eux.
Je vous remercie d’avoir pris l’importante décision de vous joindre de nouveau au Congrès du travail du Canada. Je sais qu’en travaillant ensemble, nous pourrons mieux répondre aux espoirs et aux besoins de vos membres et de tous les travailleurs et travailleuses du Canada.
Je tiens à remercier particulièrement Joseph Mancinelli, vice-président international et directeur régional du centre et de l’est du Canada, d’avoir orienté votre syndicat vers un retour au CTC.
Confrère Mancinelli, vos conseils sur des questions auxquelles s’intéressent vos membres seront toujours les bienvenus au CTC.
Les membres de l’UIJAN qui travaillent dans les secteurs du bâtiment, des grands travaux de génie, de la construction d’habitations et de routes et de la fonction publique peuvent compter sur le Congrès du travail du Canada pour lutter en leur nom à Ottawa et dans l’ensemble du pays.
Et le CTC, de concert avec ses affiliés, les fédérations du travail et les conseils du travail des différentes parties du Canada, lutte fermement au nom des travailleurs et travailleuses, et a un succès considérable.
Je tiens à indiquer brièvement quelques-unes des réalisations accomplies par le CTC depuis 1996.
Je sais que les membres de l’UIJAN partagent avec les autres travailleurs et travailleuses du Canada une préoccupation au sujet de la santé et de la sécurité au travail.
Malheureusement, la construction est une industrie dangereuse, comme le sont l’exploitation minière et l’exploitation forestière.
C’est pour cela que le CTC a pour priorité d’accroître la sécurité, afin que les gens rentrent toujours chez eux après leur tour de travail.
Et c’est pour cela que le CTC et ses affiliés ont investi tant d’énergie dans l’adoption de la Loi Westray.
Cette loi est désignée d’après la mine Westray, en Nouvelle-Écosse, dans laquelle 26 travailleurs ont perdu la vie par suite d’une explosion en 1992.
La Loi Westray a été adoptée en 2004 après un énorme effort fait par le CTC et ses affiliés.
Elle permet d’intenter des poursuites criminelles contre les personnes reconnues responsables de décès au travail en raison de leur négligence, y compris les cadres de direction et les gestionnaires d’entreprises.
L’adoption de la Loi Westray n’a malheureusement pas mis un terme aux décès attribuables au travail mais elle indique aux entreprises que, pour la première fois, leurs cadres peuvent se voir emprisonner pour ne pas avoir protégé la santé des travailleurs et travailleuses.
Le CTC est heureux de l’adoption d’une autre loi constituant une réalisation appréciable qui protège les travailleurs et les travailleuses quand une entreprise fait faillite.
Grâce au Programme de protection du salaire établi en vertu de cette loi, dont la pleine mise en vigueur n’a commencé que l’année dernière, les travailleurs et les travailleuses sont désormais des créanciers de premier rang quand l’entreprise pour laquelle ils travaillent fait faillite.
Le gouvernement versera un maximum de quatre semaines de salaire, de paye de vacances ou d’indemnité de départ impayés et c’est lui qui fera valoir sa créance plutôt que les travailleurs et les travailleuses.
Les travailleurs et les travailleuses passeront en premier lieu plutôt qu’en dernier comme auparavant, après les banques et les autres créanciers.
Nous prévoyons qu’environ 20 000 travailleurs et travailleuses bénéficieront de la nouvelle protection.
Et les travailleurs et travailleuses syndiqués ne verront plus jamais un juge ou un syndic de faillite annuler une convention collective ou la modifier sans négocier avec le syndicat.
Le CTC a en outre donné le pas en incitant le gouvernement fédéral à éliminer l’exploitation inéquitable des travailleurs et travailleuses étrangers temporaires au Canada, particulièrement dans l’industrie de la construction.
Je tiens à féliciter l’UIJAN des vigoureux efforts qu’elle a faits pour dénoncer ces abus.
J’ai été heureux de collaborer avec Mark Olsen, agent d’affaires de la section locale 1611 à Vancouver, et d’autres syndicats des métiers de la construction à la lutte pour défendre les droits des travailleurs et travailleuses étrangers temporaires participant au projet de train de banlieue rapide Canada Line.
Imaginez ceci : dans le cadre d’un projet de construction à financement public de 2 milliards de dollars, des personnes venues du Costa Rica et d’autres pays travaillaient contre moins de 5 $ par heure, soit même pas le salaire minimum légal!
C’était honteux.
Le fait que la section locale 1611 a recruté ces personnes en tant que membres de l’UIJAN a forcé les multinationales dirigeant le projet à leur verser des salaires beaucoup plus élevés et à leur accorder des avantages sociaux.
Le CTC a signalé au gouvernement fédéral des cas comme celui-là pour exiger qu’il mette un terme à l’exploitation de la main-d’oeuvre et qu’il surveille le respect des normes en matière de santé et de sécurité au travail.
Il n’est pas juste que les travailleurs et travailleuses étrangers temporaires se fassent exploiter et il n’est pas juste que les employeurs puissent les faire venir au Canada pour les exploiter plutôt que d’engager des travailleurs et travailleuses canadiens et de leur verser des salaires équitables.
Les efforts du CTC ont été particulièrement fructueux au Manitoba, où le gouvernement provincial a pris des mesures fermes pour protéger les travailleurs et les travailleuses et voir à ce que l’équité règne.
Au Manitoba, tous les employeurs désirant engager des travailleurs ou travailleuses étrangers temporaires doivent s’inscrire auprès de la Direction des normes d’emploi afin qu’on puisse s’assurer que ces travailleurs ou travailleuses ne soient pas maltraités.
Confrères et consoeurs, il y a de nombreux employeurs peu scrupuleux qui nous posent des problèmes mais il y a aussi un syndicat dominé par les employeurs qui compromet le respect des droits des personnes travaillant dans l’industrie de la construction : la Christian Labour Association of Canada ou CLAC.
Le CTC travaille d’arrache-pied avec les syndicats de la construction pour dénoncer la CLAC et encourager ses membres à quitter cette organisation.
Nous présentons des résultats de recherches sur les conventions collectives de la CLAC, qui sont inférieures à la norme, et nous participons aux campagnes d’éducation menées par nos affiliés pour contrer les campagnes de recrutement de la CLAC.
Je sais que les efforts que nous faisons pour faire échec à la CLAC seront encore plus fructueux puisque nous pouvons maintenant collaborer avec l’UIJAN en sa qualité d’affilié.
En dernier lieu, je tiens à traiter de la campagne la plus ambitieuse qu’ait mené le CTC et à vous demander de l’appuyer fermement.
Notre défi le plus important consiste à voir à ce que le Parlement prenne d’importantes mesures de réforme des pensions et de la sécurité de la retraite.
Malheureusement, la perspective de prendre sa retraite fait peur à la plupart des Canadiens et Canadiennes, qui voient venir non pas des années dorées mais bien des années de pauvreté.
Et ce qui est encore plus malheureux, c’est qu’ils ont raison de s’inquiéter.
Actuellement, plus de 1,6 million de Canadiens et Canadiennes âgés vivent de revenus inférieurs à 16 000 $ par année. Il est honteux que les personnes qui ont bâti notre grand pays se trouvent dans pareille situation!
Quelle est donc la solution?
Ce n’est certainement pas les REER!
Des milliards de dollars ont été perdus à cause de l’effondrement financier causé par l’avidité des entreprises et l’absence de réglementation des banques, des institutions financières et des entreprises.
Il y a à peine quelques semaines, nous avons assisté à une nouvelle panique sur les marchés qui a fait chuter le cours des actions. Les Canadiens et les Canadiennes veulent-ils vraiment jouer ainsi avec la sécurité de leur retraite?
Il est clair qu’ils ne le veulent pas.
En 2008, seul un Canadien ou une Canadienne sur quatre investissait dans des REER.
Entre temps, les 38,5 % des travailleurs et travailleuses qui sont assujettis à des régimes de retraite professionnels voient ceux-ci menacés.
Les employeurs remplacent les régimes à prestations déterminées par des régimes à cotisations déterminées ou des REER qui comportent les mêmes risques élevés que les marchés boursiers.
Quelle est la solution d’après les banques et les soi-disant spécialistes financiers tels que David Dodge, ancien gouverneur de la Banque du Canada?
Ils disent aux travailleurs et travailleuses qu’ils n’ont qu’à épargner plus d’argent.
Mais comment faire?
Il y a 25 années que la valeur réelle des salaires stagne ou diminue.
Heureusement, le Congrès du travail du Canada a un meilleur plan : il veut accroître les prestations du Régime de pensions du Canada en mettant en oeuvre au cours d’une période de 7 ans une légère majoration des cotisations qui permettrait de doubler les prestations maximales en les portant à 1 635 $ par mois.
Cela porterait le seuil de pension de tous les travailleurs et les travailleuses du niveau de pauvreté de 12 000 $ par année à un niveau plus vivable de 20 000 $.
Les raisons en sont claires : le Régime de pensions du Canada est universel, il prévoit des droits transférables parce qu’ils sont associés à la personne plutôt qu’à l’emploi, et 93 % des travailleurs et travailleuses y sont assujettis.
Pour les travailleurs et les travailleuses de la construction, c’est ce qu’il y a de mieux.
De nombreux travailleurs et travailleuses de la construction suivent le travail d’une province à l’autre.
Le RPC est un régime à la fois à prestations déterminées ET à cotisations déterminées, ce qui veut dire qu’il répond aux besoins tant des travailleurs et travailleuses que des employeurs.
Il assure ce que tous les PDG ont : la certitude et la sécurité.
Saviez-vous qu’une estomaquante proportion de 50 % des régimes de retraite du Canada ont moins de 10 participantes ou participants?
Saviez-vous que la plupart des régimes en question sont des régimes à prestations déterminées qui garantissent des prestations élevées à l’élite patronale?
Les patrons savent très bien ce qui vaut le mieux pour eux. Il est regrettable qu’ils veulent nous priver de la même chose.
Le plan du CTC est réalisable. Bernard Dussault, ancien actuaire du RPC auquel nous avons demandé d’en déterminer le coût, partage cet avis.
Et je suis très heureux d’annoncer que Jim Flaherty, ministre des Finances du Canada, et les ministres provinciaux des Finances ont indiqué qu’ils sont favorables à l’expansion du Régime de pensions du Canada.
Ils n’ont malheureusement pas approuvé le projet du CTC de doubler les prestations du RPC, mais c’est un premier pas bien apprécié.
Je demande l’aide de l’UIJAN pour convaincre tous les hommes et femmes politiques fédéraux du fait qu’une majoration mineure des prestations du RPC ne suffit pas à protéger les revenus de retraite des Canadiens et Canadiennes et qu’il faut faire plus que cela.
Et ce n’est pas tout ce qu’il faut faire : nous devons majorer sur-le-champ de 15 % le Supplément de revenu garanti afin de permettre aux 1,6 million de personnes âgées vivant dans la pauvreté d’échapper à celle-ci.
Cela ne coûterait que 1,12 milliard de dollars. C’est la somme que les contribuables ont payée pour 72 heures de services de sécurité à Toronto en fin de semaine, et cette somme permettrait à toutes les personnes âgées d’échapper à la pauvreté.
De plus, nous devons instaurer une assurance fédérale sur les pensions, afin de protéger nos régimes de retraite professionnels.
Nous assurons notre vie, nos habitations, nos automobiles et nos emplois mais nous n’assurons pas nos pensions!
Consoeurs et confrères, l’heure est venue d’apporter le changement positif le plus important depuis que Tommy Douglas a instauré l’assurance-maladie publique en Saskatchewan, transformant ainsi le pays entier.
Il est temps de protéger tous les travailleurs et les travailleuses du Canada afin qu’ils puissent prendre leur retraite en sécurité et dans la dignité.
Et je sais qu’avec votre vigoureux appui, nous pouvons y arriver. Nous pouvons gagner!
Je vous souhaite de nouveau un bon retour au Congrès du travail du Canada. Nous avons besoin de votre participation à ces importantes luttes dans l’intérêt de tous les travailleurs et les travailleuses du Canada.
Je vous remercie de m’avoir invité et je vous souhaite un excellent congrès!

Discours à la Conférence canadienne de l’UIJAN