Par Ken Georgetti on mardi, 27 avril 2010
Je remercie le confrère Ken Neumann de m’avoir invité – Ken est un ami de longue date et un chef épatant au sein de notre mouvement syndical.
Je compte sur les conseils de Ken au CTC. Les quelques fois où je ne les suis pas, je me retrouve invariablement en difficulté.
Le thème de votre conférence – « Bâtir pour les emplois de demain » – est très approprié. Cependant, je suis tenté de dire que vous avez bien fait de choisir « les emplois de demain » parce qu’il n’y a pas vraiment d’emplois disponibles aujourd’hui!
Sur une note plus sérieuse, les syndicats ont de grands défis à relever actuellement – de toute évidence en raison du taux de chômage épouvantable au Canada mais aussi dans les domaines du recrutement, de la négociation et des moyens de pression au travail devant les changements radicaux que subit notre économie.
Le mouvement syndical doit répondre à la nouvelle réalité sinon il subira de graves effets négatifs.
Il n’y a pas très longtemps, il suffisait à la plupart des Canadiens et Canadiennes de fréquenter l’école pendant quelques années et de recevoir une formation dans un métier pour bien gagner leur vie.
Je me rappelle que, quand je grandissais à Trail, en Colombie-Britannique, des recruteurs de la géante fonderie Cominco venaient dire aux élèves de mon école secondaire de quitter l’école et d’aller tout de suite travailler pour Cominco... contre de gros salaires.
Une voiture neuve, une première maison et un emploi syndiqué à vie, c’était promis... et la promesse était tenue.
Il en a été de même pour bien des membres de la génération de nos parents – beaucoup de travail – pas beaucoup d’instruction nécessaire.
Mais tel n’est plus le cas, consoeurs et confrères.
L’éducation – l’éducation permanente – est la nouvelle pierre angulaire de notre économie moderne.
Il s’ensuit que le mouvement syndical doit favoriser l’éducation, y compris la formation professionnelle et le recyclage, l’apprentissage et l’éducation permanente, en tant que facteur critique de notre survie.
Parce qu’un trop grand nombre d’emplois syndiqués disparaissent en raison des progrès technologiques.
En quoi les temps ont-ils changé depuis la création des premiers syndicats au Canada?
Je vais vous donner un petit indice. Quel était le plus grand syndicat de la Colombie-Britannique en 1900?
C’était le syndicat des cigariers et cigarières, qui produisaient des cigares à la main à Kamloops!
Nous pouvons tous facilement trouver des métiers plus récents qui sont tout simplement disparus, comme par exemple ceux des typographes et des imprimeurs des journaux.
En fait, le monde a changé radicalement pendant seulement les cinquante-quatre années qui se sont écoulées depuis la fondation du Congrès du travail du Canada.
Le monde change de plus en plus rapidement chaque fois qu’une innovation arrive dans la révolution technologique – ce qui mettait des journées entières à nous parvenir nous parvient en quelques millisecondes – ce qui remplissait jadis une bibliothèque entière ne remplit même pas ceci [blackberry].
C’est un monde qui change la vie de nos membres tous les jours, à la maison et au travail.
Il y a moins de travailleurs et travailleuses et plus de technologie dans les aciéries, les mines, les scieries, les industries manufacturières comme celle de l’automobile – dans presque tous les secteurs.
La réalité actuelle des travailleurs et travailleuses est non seulement le besoin de plus d’instruction et de formation, mais aussi celle de Facebook, de Twitter, de l’Internet, des iPods, des iPads et des iPhones.
Le mouvement syndical doit utiliser les outils d’aujourd’hui s’il veut grandir demain.
Nous devrions peut-être inventer une application iPhone et l’appeler iSyndicat!
Ce que cela signifie, c’est que non seulement les syndicats, mais aussi les centrales syndicales – telles que le CTC – doivent réviser leur façon de faire les choses.
Votre syndicat – mon syndicat – a contribué grandement à l’examen en cours du CTC et des centrales syndicales qui a été approuvé par les délégués et déléguées à l’assemblée statutaire de 2008 du CTC afin de nous assurer que nos activités et les services que nous fournissons permettent à votre syndicat et à vous de tirer le meilleur parti possible de vos cotisations.
Je tiens à remercier Ken Neumann et tous les directeurs de district du rôle très utile qu’ils jouent dans cet examen des centrales syndicales.
Parce qu’en ce monde de changement rapide, nous devons sans cesse réviser notre façon de faire pour nous assurer que nos efforts et nos ressources sont bien axés sur les défis que nos membres doivent relever et peuvent répondre au changement de la nature de notre travail et de notre économie.
Prenons par exemple la protection de l’environnement.
Qui aurait cru, il y a cinquante ans, qu’il serait d’une importance critique que les syndicats mettent l’accent sur les emplois verts.
Les Métallos donnent le pas grâce à leur Alliance bleu-vert – c’est un excellent exemple de ce qu’il y a lieu de faire dans l’intérêt de nos syndicats – et dans l’intérêt de notre environnement.
Actuellement, il est obligatoire de faire face à l’écrasante mondialisation de nos employeurs – et les syndicats doivent agir à l’échelle mondiale pour arriver à leurs fins.
Les Métallos donnent le pas à cet égard aussi – au Mexique avec Los Mineros, le syndicat des mineurs, et son chef, Napoleon Gomez, exilé à Vancouver.
En Colombie, pays le plus meurtrier du monde pour les militants syndicaux, le CTC et ses affiliés luttent avec les syndicats colombiens contre la conclusion d’un accord de libre-échange avec le Canada.
Les négociations et les moyens de pression au travail sont rendus beaucoup plus difficiles par la mondialisation car les puissants employeurs multinationaux peuvent exiger des concessions des travailleurs et travailleuses et résister indéfiniment au retrait de services.
Les Métallos l’ont constaté depuis le début de la grève qui se poursuit contre Vale-Inco à Sudbury et au cours du lock-out du personnel de US Steel à Lake Erie, qui révèlent l’énorme besoin de mener des campagnes syndicales internationales contre les employeurs et de recourir à des stratégies nouvelles fondées sur la solidarité au-delà de toutes les frontières.
Le personnel de Vale-Inco se trouve en première ligne devant cette nouvelle réalité – nous devons tous l’appuyer pleinement, parce que sa victoire est d’une importance cruciale pour tous les travailleurs et les travailleuses syndiqués – au Canada et dans le monde entier.
Et ne vous y trompez pas, consoeurs et confrères, les Métallos gagneront leur lutte contre Vale-Inco!
Nous porterons la tête bien haute longtemps après la disparition de ce monstre patronal.
Le changement radical que l’économie a subi rend la syndicalisation plus difficile que jamais.
La décentralisation des lieux de travail, leur petite taille et le fort roulement de la main-d’oeuvre sont tels que les campagnes de syndicalisation sont très coûteuses, longues et exaspérantes.
Tous ces défis rendent l’action politique absolument indispensable.
Nous devons faire élire à tous les paliers des gouvernements qui défendront les intérêts des travailleurs et travailleuses plutôt que favoriser la cupidité des entreprises.
C’est le seul moyen d’obtenir de meilleures lois, une législation anti-briseurs de grève et les règles sur la santé et la sécurité ainsi que les programmes sociaux dont nous avons besoin au Canada.
À cette fin, les syndicats doivent aider à faire élire des représentantes et des représentants plus favorables aux travailleuses et travailleurs. En conjuguant nos efforts, nous y arrivons.
À l’échelle du Canada, plus de 800 maires, conseillères et conseillers municipaux et commissaires de conseil scolaire ont été élus grâce aux efforts faits par le CTC, ses affiliés et nos conseils du travail locaux pour appuyer des candidates et candidats dans nos communautés.
De plus, nous avons réussi – suivant encore une fois l’exemple des Métallos – à faire élire plus de députées et députés du NPD dans des circonscriptions choisies au cours des élections fédérales les plus récentes.
Il n’y a pas de moyen facile de faire tout cela; il faut travailler dur et cela prend beaucoup de temps.
Or, la promotion de l’élection de représentantes et représentants n’est qu’une partie de l’action politique. Les pressions politiques sur tous les partis sont indispensables pour voir à ce que la législation réponde aux besoins des travailleurs et travailleuses.
C’est possible – nous l’avons prouvé au Canada.
Et les Métallos – en avez-vous assez de l’entendre? – ont donné le pas avec le Congrès du travail du Canada aux efforts faits pour que le Parlement adopte l’historique loi Westray afin de permettre que des poursuites criminelles soient intentées aux personnes responsables de décès au travail, y compris les entreprises.
Malgré l’adoption de cette loi faisant date, nous devons continuer de nous efforcer de voir à ce que les employeurs paient le prix de leur négligence.
Depuis l’entrée en vigueur de la loi Westray, les accusations en vertu du Code criminel ont été rares, et les condamnations l’ont été encore plus.
En fait, à peine le mois dernier, Steve Hunt et le district 3 ont dû intenter une poursuite privée contre Weyerhaeuser devant un juge de la paix de la Colombie-Britannique parce que le gouvernement de cette province refusait de porter une accusation au criminel à l’égard de la mort de Lyle Hewer.
Il s’ensuit que demain, après avoir observé une minute de silence à la mémoire des personnes mortes au travail, comme Lyle et comme les quatre travailleurs décédés ici à Toronto la veille de Noël l’année dernière, nous devons transmettre un message clair aux gouvernements :
Mettez la loi à exécution.
Et un message clair aux entreprises qui mettent les travailleurs et les travailleuses en danger :
Si vous tuez un travailleur ou une travailleuse, vous irez en prison!
Notre militantisme dans d’autres domaines a également porté fruit.
Grâce aux pressions politiques, le CTC a réussi depuis quelques années à faire adopter une protection des travailleurs et travailleuses en cas de faillite de leur employeur et apporter d’importantes améliorations à la réglementation en matière de santé et de sécurité.
Mais notre défi le plus grand – qui comportera notre réussite la plus grande – est d’atteindre notre objectif de faire adopter par le Parlement d’importantes mesures de réforme des pensions et de la sécurité de la retraite.
Malheureusement, la perspective de la retraite fait peur à la plupart des Canadiens et des Canadiennes, qui voient venir non pas des années dorées mais bien des années de pauvreté.
Et il est encore plus malheureux de constater qu’ils ont raison de s’inquiéter.
Actuellement, plus de 1,6 million de Canadiennes et de Canadiens âgés vivent de revenus inférieurs à 16 000 $ par année. Il est honteux que les personnes qui ont bâti notre grand pays se trouvent dans pareille situation!
Et parce que le travail et l’économie changent et que les jeunes travailleurs et travailleuses passent d’un emploi à l’autre pendant toute leur vie de travail, les bons régimes de retraite à prestations déterminées sont plus difficiles à trouver.
Et plus difficiles à négocier pour les syndicats.
En fait, il faut lutter uniquement pour conserver ce que nous avons obtenu par la négociation pour assurer notre sécurité et celle des générations futures – les Métallos de chez Vale-Inco ne le savent que trop bien.
Quelle est la solution?
Elle ne consiste certainement pas à dire aux jeunes travailleurs et travailleuses d’investir dans des REER!
Seul un Canadien ou une Canadienne sur quatre a investi dans des REER en 2008.
Il n’est pas étonnant que les REER inspirent la peur : des milliards de dollars ont été perdus au cours de l’effondrement financier causé par la cupidité des entreprises et l’absence de réglementation des banques, des institutions financières et des entreprises.
Et puisque les frais de gestion sont de 2 % à 3 %, nous savons bien pourquoi l’industrie financière veut protéger son territoire!
Entre temps, les 38,5 % des travailleurs et travailleuses qui sont assujettis à des régimes de retraite professionnels voient ceux-ci subir des assauts.
Les employeurs remplacent les régimes de retraite à prestations déterminées par des régimes à cotisations déterminées ou des REER, qui comportent dans les deux cas les mêmes risques élevés que les marchés boursiers.
Quelle solution proposent les banques et les « experts » financiers tels que David Dodge, ancien gouverneur de la Banque du Canada?
Ils conseillent aux travailleurs et travailleuses de simplement épargner davantage.
Mais comment?!!
Les travailleurs et les travailleuses voient leurs salaires stagner, voire diminuer, depuis 25 longues années.
Heureusement, le Congrès du travail du Canada a un meilleur plan. Nous voulons accroître les prestations du Régime de pensions du Canada en faisant intervenir, au cours d’une période de sept ans, une légère majoration des cotisations qui, en raison de la taille du régime et de ses bas frais de gestion, doublerait la prestation maximale en la faisant passer à 1 635 $ par mois.
Cela porterait le seuil de pension de tous les travailleurs et travailleuses du niveau de pauvreté de 12 000 $ par année à un montant plus vivable de 20 000 $.
Les raisons en sont claires : le Régime de pensions du Canada est universel, il prévoit des droits transférables parce qu’ils sont associés à la personne plutôt qu’à l’emploi et il s’applique à 93 % des travailleuses et travailleurs.
Le RPC est un régime à la fois à prestations déterminées ET à cotisations déterminées, ce qui répond aux besoins tant des travailleurs et travailleuses que des entreprises.
C’est ce que tous les PDG ont : la certitude et la sécurité.
Saviez-vous qu’une étonnante proportion de 50 % des régimes de retraite du Canada comprennent moins de 10 participantes ou participants?
Saviez-vous que la plupart des régimes en question sont des régimes à prestations déterminées qui garantissent de grassouillets revenus de retraite à l’élite patronale?
Les patrons des entreprises savent indéniablement ce qui est dans leur intérêt. Il est regrettable qu’ils veuillent nous priver de l’équivalent.
L’expansion du RPC améliorerait grandement celui-ci pour les jeunes travailleurs et travailleuses mais elle profiterait également aux travailleurs et travailleuses plus âgés car elle ajouterait 29 000 $ en à peine sept ans à leurs prestations de retraite du RPC.
Le plan du CTC est réalisable. Nous en avons fait déterminer le coût par Bernard Dussault, ancien actuaire en chef du RPC, qui affirme que ce plan est réalisable.
Il ne comporterait pas de frais supplémentaires pour les employeurs qui offrent déjà des régimes de retraite.
Les employeurs n’offrant pas de régime de retraite verraient augmenter légèrement leurs frais, mais un sondage Compass réalisé l’année dernière a révélé qu’une grande majorité des chefs d’entreprise appuie l’expansion du RPC!
Ce n’est pas tout ce qu’il faut faire. Il faut accroître le Supplément de revenu garanti de 15 % sur-le-champ afin de permettre aux 1,6 million de personnes âgées vivant dans la pauvreté d’échapper à celle-ci.
Cela coûterait 1,12 milliard de dollars, ce qui signifie qu’au prix d’à peine 6,2 % des 18 milliards de dollars que nous consacrons actuellement aux subventions aux REER par l’entremise du régime fiscal au Canada, nous pourrions permettre à toutes les personnes âgées d’échapper à la pauvreté.
De plus, il faut créer un régime fédéral d’assurance sur les pensions, afin de protéger nos régimes de retraite professionnels.
Nous assurons notre vie, nos habitations, nos automobiles et nos emplois mais nous n’assurons pas nos pensions!
Consoeurs et confrères, l’heure est venue d’apporter le changement positif le plus important depuis que Tommy Douglas a instauré l’assurance-maladie publique en Saskatchewan, transformant ainsi le pays entier.
Il est temps de protéger tous les travailleurs et les travailleuses du Canada afin qu’ils puissent prendre leur retraite en sécurité et dans la dignité.
Et je sais qu’avec votre vigoureux appui, nous pouvons y arriver. Nous pouvons gagner!
Merci de m’avoir écouté et ayez une excellente conférence!

Discours à la Conférence d’orientation canadienne des Métallurgistes unis d’Amérique