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Discours - Sommet national sur le revenu de retraite - Panel sur les pensions, Calgary

Par Ken Georgetti on mercredi, 14 avril 2010

(Priorité au discours prononcé)

Je vous remercie beaucoup de m’avoir invité à traiter de ce qui est, à mon avis, la question la plus importante en matière de politiques sociales publiques que les Canadiens et les Canadiennes ont été appelés à examiner depuis des décennies : le besoin de sécurité de la retraite et de réforme des pensions.

Il me fait toujours plaisir de prononcer des discours dans des universités et devant des auditoires aussi distingués parce que je n’ai jamais fréquenté un établissement d’enseignement postsecondaire.

Je dois vous dire qu’il arrive – parfois seulement – que les meilleurs conseils soient donnés par des personnes ne faisant pas partie du milieu universitaire et – en matière d’investissement en vue de la retraite – des personnes n’ayant rien à voir avec les conseillers financiers de Bay Street et de Wall Street.

Après un effondrement financier comme celui que nous venons de vivre, j’ai pensé que de bons conseils de la classe travailleuse au sujet des placements pourraient peut-être intéresser un auditoire tel que le vôtre.

Ce ne sont pas des conseils qu’on obtient de gars portant des complets à 4 000 $ et des bretelles rouges et conduisant des Bentley.

Je vous laisserai déterminer qui, de votre conseiller en placements ou du président du CTC, est le mieux avisé.

Si vous aviez écouté votre courtier en valeurs mobilières et investi 1 000 $ dans la Lear Corporation au début de 2008, vous auriez eu une valeur négative de 981 dollars et 96 cents vers le milieu de 2009.

Si vous aviez investi 1 000 $ dans le groupe AIG en 2008, vous auriez eu un rendement négatif de 988 dollars et 18 cents vers le milieu de 2009.

Si vous aviez obtenu de très précieux conseils et investi 1 000 $ dans Nortel Networks dont l’action ne vaut plus que 8,40 $, vous auriez eu un rendement négatif de 991 dollars et 60 cents!

Moi, par contre, je vous aurais donné un conseil simple et efficace :

Je vous aurais conseillé d’acheter – et ensuite de boire – 1 000 $ de bière Canadian de Molson plutôt que d’investir dans les actions des entreprises en question.

Vous n’auriez pas payé un cent de commission à votre conseiller.

Vous vous seriez senti mieux au sujet des temps durs pendant des semaines.

Et on me dit que les bouteilles vides valent encore 60 $, soit plus que les actions que vous auriez eues dans toutes les entreprises en question!

Je vous dirai donc en toute sincérité de garder vos actifs liquides et de toujours recycler!

Vous vous direz peut-être que c’est très drôle mais vous vous demanderez pourquoi vous m’écouteriez au sujet des pensions et d’autres questions financières.

Je vous signale que le professeur Jack Mintz a indiqué dernièrement aux gouvernements de l’Ontario et de la Colombie-Britannique que le meilleur moyen d’améliorer leur économie et de créer des emplois consiste à adopter une taxe de vente harmonisée.

Il ne faudrait pas que Jack s’attende à recevoir un mot de remerciement de Dalton McGuinty ou de Gordon Campbell!

Il est amusant d’investir dans la bière et les bouteilles vides mais, sur un ton plus sérieux, je dois me demander si les éminents spécialistes qui nous prodiguent de judicieux conseils au sujet de la sécurité de la retraite comprennent ce que vivent les travailleurs et les travailleuses ordinaires dans ce pays.

Venons-en donc à l’essentiel de mon propos – définir le problème et vous indiquer ce que le Congrès du travail du Canada propose en tant que solution.

Pourquoi faut-il réformer les pensions et la sécurité de la retraite?

Parce qu’un grand nombre de personnes âgées, soit environ une sur sept, vivent dans la pauvreté ou à peine au-dessus du seuil de la pauvreté.

C’est tout simplement inacceptable dans un pays aussi riche que le nôtre.

1,6 million de personnes âgées touchent le Supplément de revenu garanti, ce qui signifie que leurs revenus ne dépassent guère 15 000 $ par année.

C’est 35 % des 4,2 millions de personnes recevant des prestations de la Sécurité de la vieillesse, ce qui porte à croire que les faibles taux de pauvreté des personnes âgées indiqués par le gouvernement fédéral sont gravement erronés.

Le fait est que les aînés en question luttent pour survivre.

Que dit-on à une femme de 75 ans qui reçoit moins de 1 300 $ par mois et qui se demande comment elle va payer les médicaments dont elle a besoin et l’aide occasionnelle au nettoyage de son appartement?

Lui dit-on que le système actuel se porte très bien?

Le mois dernier, j’étais à Windsor et j’ai entendu une femme âgée en larmes décrire comment elle devait prendre chaque semaine des décisions entre l’achat de nourriture et l’acquittement de ses factures.

Elle porte des vêtements d’occasion et se coupe les cheveux elle-même parce qu’elle n’a pas les moyens d’aller à un salon.

C’est à cause de personnes comme elle que nous devons réformer les pensions et la sécurité de la retraite. Pour quelles autres raisons faut-il réformer la sécurité de la retraite?

Parce que les REER n’ont pas protégé la retraite depuis leur instauration en 1957.

Seul un contribuable canadien sur quatre a acheté un REER en 2008.

Des sondages récents indiquent que seul un Canadien ou une Canadienne sur trois a cotisé à un REER en 2009.

La valeur moyenne actuelle des REER des travailleurs et travailleuses qui approchent de l’âge de la retraite ne permet de verser qu’une rente de moins de 300 $ par mois.

Et plus de 500 milliards de dollars de droits de cotisation à des REER sont reportés.

Même si cela crève les yeux que les REER ne servent pas à la fin prévue, certains spécialistes soutiennent encore que les REER sont la solution à adopter.

Cependant, d’autres se rendent à l’évidence.

Don Drummond, économiste en chef sortant de la Banque TD, a dit cette année :

« Après avoir fait la promotion des REER pendant 50 ans, nous devons conclure qu’ils n’ont pas donné le résultat escompté. Je ne sais pas pourquoi nous refuserions de tout simplement le reconnaître et d’apporter les modifications nécessaires au système de revenu de retraite. »

C’est précisément ce qu’il faut!

Il y a une solution que j’aime beaucoup mais qu’il est peu probable que le gouvernement conservateur fédéral adopte.

Il s’agirait d’accroître radicalement le taux de syndicalisation des travailleurs et travailleuses canadiens parce que la plupart des employeurs de personnes syndiquées offrent un régime de retraite acceptable.

Or, j’ai remarqué pendant le souper hier soir que le ministre des Finances Jim Flaherty ne vous a pas annoncé qu’il comptait suivre le conseil du CTC sur cette solution!

La réalité actuelle est donc qu’en dépit de nos meilleurs efforts de syndicalisation, seuls 38,5 % des employeurs offrent des régimes de retraite professionnels.

Et même les personnes qui ont la chance de participer à pareil régime doivent faire face à la fois à des coupures en raison de la crise économique et à de fortes pressions faites par les employeurs pour qu’elles renoncent à leurs régimes à prestations déterminées et acceptent des régimes inférieurs à cotisations déterminées, qui fournissent des revenus dépendant du marché à risque élevé.

Les REER et les régimes à cotisations déterminées introduisent un degré de risque intolérable alors que les régimes de retraite devraient être destinés à assurer la sécurité.

Les PDG du Canada le comprennent très bien, et c’est pour cela que les cadres de direction insistent pour que leurs régimes de retraite soient à prestations déterminées.

La moitié des régimes de retraite enregistrés du Canada ne comprennent que 10 participants ou moins – et vous savez que ce sont les personnes qui occupent le haut des tours de bureaux du centre-ville – parce que les PDG savent que les régimes à prestations déterminées assurent l’accès, la sécurité et la certitude.

Si nous reconnaissons qu’il est inacceptable que les personnes âgées vivent dans la pauvreté et que nous comprenons que les REER ne sont pas efficaces – et si nous constatons que les régimes de retraite à prestations déterminées diminuent pour tous sauf les PDG – quelle est la solution?

Le Congrès du travail du Canada croit que la solution est très simple, très efficace et, ce qui importe encore plus importante, très réalisable.

Le CTC veut doubler les prestations du Régime de pensions du Canada.

Cela peut sembler radical, mais le doublement des prestations du Régime de pensions du Canada échelonné sur une période de 7 à 10 années peut facilement être réalisé et devrait être une priorité du gouvernement.

Le Régime de pensions du Canada couvre déjà 93 % de l’ensemble des Canadiens et Canadiennes, qu’ils soient syndiqués ou non.

L’amélioration du RPC est donc le moyen le plus simple et le plus efficace d’améliorer radicalement la sécurité de la retraite de tous les Canadiens et les Canadiennes.

Les prestations du RPC sont transférables : vous continuez d’y avoir droit où que vous travailliez et peu importe le nombre de fois que vous changez d’emploi.

Le régime est universel – tous les travailleurs et les travailleuses y cotisent, qu’ils soient des salariés ou qu’ils travaillent à leur compte.

Voici comment les choses se passeraient – actuellement, les travailleurs et travailleuses et les employeurs versent 4,95 % du salaire au RPC.

Selon notre plan, les cotisations au RPC seraient majorées peu à peu au cours d’une période de 7 à 10 ans pour atteindre 7,8 %.

Cette majoration des cotisations permettrait de doubler les gains moyens remplacés par les prestations de pension du RPC jusqu’à un maximum – fondé sur les prestations maximales de 2009 du RPC – de 1 635 $ par mois.

On arrive au plus beau.

Je suis sûr que vous vous rappelez que David Dodge, ancien gouverneur de la Banque du Canada, a indiqué dernièrement dans un rapport qu’il a produit pour le compte de l’Institut C.D. Howe que la solution en matière de sécurité de la retraite consiste tout simplement à épargner beaucoup plus d’argent!

Selon le rapport de l’Institut C.D. Howe, pour remplacer 50 % de son revenu d’avant la retraite de 42 000 $, la travailleuse ou le travailleur moyen devra épargner 5 % de plus par année à partir de l’âge de 30 ans.

Notre projet de doubler les prestations du RPC nécessiterait 5,7 % d’épargne de plus sous forme de cotisations au RPC.

On constate que David Dodge et l’Institut C.D. Howe s’entendent avec le CTC sur le calcul de base.

La personne à revenu moyen doit épargner à peu près 5 % de plus par année afin de pouvoir toucher la moitié de son revenu d’avant la retraite.

Je soupçonne que là où David et l’Institut C.D. Howe ne s’entendent pas avec le CTC, c’est pour ce qui est savoir qui va payer le prix de l’épargne supplémentaire.

L’industrie financière croit que les individus devraient verser les fonds supplémentaires en les investissant dans des instruments financiers risqués ne garantissant nullement des rendements stables.

Nous croyons que le prix de l’épargne supplémentaire devrait être partagé également entre les travailleurs et les travailleuses et leurs employeurs.

Le projet du CTC améliorerait fondamentalement le système de pensions non seulement pour les jeunes travailleurs et travailleuses, mais aussi pour l’ensemble des travailleurs et travailleuses qui verraient augmenter peu à peu leurs prestations du RPC.

Bien que cela comporte de légères augmentations des coûts pour les employeurs, ceux-ci tireraient deux importants avantages du projet – ils profiteraient des avantages d’un régime à cotisations déterminées sans devoir payer les frais administratifs ni courir les risques connexes.

C’est probablement pour cela qu’un sondage Compass réalisé auprès de chefs d’entreprise l’année dernière a révélé qu’une forte majorité d’entre eux appuyaient l’expansion du RPC.

Ils se rendaient compte que l’amélioration des prestations du RPC n’est pas un prix élevé à payer pour assurer l’équité des pensions.

Et ils savent que l’amélioration du RPC allégerait le fardeau des régimes de retraite offerts par les employeurs parce que les prestations de la plupart de ceux-ci sont intégrées à celles du RPC.

Pour les personnes qui ne sont pas assujetties à un régime de retraite professionnel, l’avantage est clair – elles pourraient bénéficier de la même chose que les PDG demandent et obtiennent, c’est-à-dire un régime de retraite stable et fiable à prestations déterminées.

Les travailleurs et les travailleuses obtiendraient une pension de base de meilleure qualité, transférable et stable qui leur assurera plus de sécurité et de dignité au cours de leurs années de retraite que si le statu quo était maintenu.

Pour épargner à titre individuel l’équivalent de la légère majoration des cotisations au RPC que nous proposons, il faudrait que la travailleuse ou le travailleur moyen ait près de 250 000 $ d’épargne à l’âge de 65 ans.

Pourquoi?

Parce que les frais administratifs du RPC sont tellement bas par rapport à ceux des instruments d’épargne individuelle et que les prestations sont indexées sur l’inflation.

Outre le fait de faire du RPC le principal véhicule de sécurité de la retraite, le Congrès du travail du Canada croit que deux autres changements majeurs devraient être apportés de toute urgence pour faire augmenter la sécurité de la retraite.

D’abord, il faut accroître le Supplément de revenu garanti de 15 % sur-le-champ afin de permettre aux personnes âgées d’échapper à la pauvreté.

Cela coûterait 1,12 milliard de dollars.

Ce qui signifie qu’au prix d’à peine 6,2 % des 18 milliards de dollars que nous consacrons actuellement aux REER subventionnés par l’entremise du régime fiscal au Canada, nous pourrions permettre à toutes les personnes âgées d’échapper à la pauvreté.

Est-ce trop en demander dans un pays aussi riche que le Canada?

Je ne le crois pas.

Ensuite, il faut créer un régime d’assurance sur les pensions pour protéger les revenus de retraite de tous les travailleurs et les travailleuses afin qu’ils puissent prendre leur retraite en sécurité et dans la dignité.

Nous assurons notre vie, nos habitations, nos automobiles et nos emplois mais nous n’assurons pas nos pensions!

Ce n’est pas sensé, et il est temps que ça change.

En dernier lieu, je dirai que les syndicats du Canada et leurs membres ont hâte de participer pleinement au débat national sur la sécurité de la retraite et la réforme des pensions. Et nous en avons long à dire, parce que nous avons tout à perdre.

Vous savez, Bernard Dussault, ancien actuaire en chef du RPC, aime bien dire qu’en matière de pensions, tout le monde veut aller au ciel mais personne ne veut mourir.

Nous croyons que le plan de réforme des pensions du Congrès du travail du Canada peut vous permettre de profiter d’un coin de ciel sans vivre l’enfer ici bas pour l’obtenir!

Merci.
 

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