Par Ken Georgetti on jeudi, 22 janvier 2009
L’allocution définitive fait foi)
Merci de votre invitation cordiale à participer à ce panel.
J’ai toujours hâte de débattre de mesures fiscales et de stimulants économiques avec Perrin Beatty.
Bien qu’aujourd’hui, je pense que vous serez surpris de voir à quel point nous sommes d’accord sur les mesures qu’exige l’actuelle crise économique.
Il ne fait aucun doute que l’économie mondiale est maintenant son pire repli depuis les années 1930.
Les causes de cette situation sont beaucoup plus profondes que la dernière crise financière.
Au cours des vingt-cinq dernières années, la croissance des États-Unis et du Canada a principalement été alimentée par une augmentation très rapide de la dette des ménages – et non par des niveaux élevés d’investissements réels, une augmentation de la productivité ou une augmentation des salaires réels.
En fait, dans cette période de vingt-cinq ans que l’on dit de grande prospérité, les travailleurs et les travailleuses à revenu moyen ont vu leur salaire stagner.
Entre 1980 et 2005, le salaire moyen du travailleur à revenu moyen ajusté en fonction de l’inflation a augmenté d’un pathétique 50 cents de l’heure.
La classe moyenne est essentiellement restée au même niveau, tandis que les personnes à faible revenu ont vu leur revenu baisser de 20 %, et que celles à revenu élevé ont profité d’une hausse de plus de 16 % durant cette même période.
À cela, il faut ajouter les centaines de milliers d’emplois bien rémunérés disparus au cours des cinq dernières années dans nos industries manufacturières et forestières.
Alors, oui, nous avons une crise de capital.
C’est une crise avec la stagnation des salaires du travailleur moyen.
L’une des leçons tirées de la Grande dépression, c’est que l’augmentation du taux de chômage et la tendance à réduire les salaires des travailleurs et des travailleuses contribuent à un ralentissement plus sévère et plus profondément enraciné.
Ce budget fédéral revêt donc encore plus d’importance pour s’assurer de ne pas aggraver la récession.
Le budget nous donne l’occasion d’effectuer une transition vers une économie plus juste et plus viable – une économie dans laquelle le secteur financier est surveillé de plus près et réglementé; dans laquelle le gouvernement joue un rôle plus important pour veiller à ce que le secteur privé investisse dans la création de bons emplois; et dans laquelle la distribution des revenus est beaucoup plus équitable.
Nous avons besoin de mettre résolument le cap sur l’investissement public, sur la création d’industries plus solides et sur l’établissement d’un filet de sécurité sociale beaucoup plus sécuritaire.
Il est probable que cette crise s’amplifie avant qu’une amélioration se fasse sentir, et il est possible qu’elle dure longtemps...
SAUF SI les gouvernements se concertent pour mettre de l’avant de vastes initiatives pour stimuler l’économie.
Mais laissons de côté les sombres perspectives pour parler du message que je veux livrer – l’essentiel de ce que nous avons dit hier soir à Jim Flaherty quand nous l’avons rencontré au sujet du budget à venir.
Après des années de négligence par les gouvernements de divers paliers, nos infrastructures sont en déficit.
Nous savons que des projets prêts à démarrer à court terme ne suffisent pas. Un programme d’investissement public étalé sur plusieurs années sera plus efficace pour créer des emplois, bâtir de nouvelles industries pour l’avenir et promouvoir les objectifs environnementaux que des réductions d’impôt générales.
Bien sûr, nous parlons de routes, de systèmes d’égout et d’infrastructures municipales de base tout autant que des projets d’alimentation en eau dont les communautés des Premières Nations ont un criant besoin.
Mais nous parlons aussi de programmes « d’emplois verts » comme une aide à la conservation de l’énergie par la mise à niveau des bâtiments afin d’amener des technologies plus vertes dans les usines ainsi que des projets d’énergie renouvelable.
Le programme devrait être jumelé à une politique d’approvisionnement en produits et services canadiens pour soutenir les bons emplois dans le secteur manufacturier.
Par exemple, nous pourrions créer 2 000 nouveaux emplois en remplaçant les 694 millions de dollars de véhicules de transport public importés par des produits supérieurs faits au Canada.
Les investissements en infrastructure créent environ trois fois plus d’emplois par dollar dépensé que les réductions d’impôt personnel.
Les coûts d’emprunt pour le gouvernement fédéral sont aujourd’hui très faibles – moins de 3 % pour des emprunts à long terme – ce qui est beaucoup moins que lors des récessions précédentes – et la dette du gouvernement fédéral représente également une très faible proportion de l’économie.
Il est logique d’emprunter maintenant pour financer des projets qui créeront des emplois de la manière la plus efficace en plus de créer un rendement positif aux plans économique, social et environnemental.
Dans une récession, encore plus de travailleurs, en particulier les femmes et les familles pauvres, tomberont entre les mailles du filet de notre système d’assurance-emploi ou recevront des prestations insuffisantes.
Chaque jour, je reçois des courriels de personnes désespérées qui vivent des circonstances désespérées – elles ne sont pas admissibles à l’assurance-emploi parce qu’il leur manque quelques heures de travail, ou les prestations sont trop longues à se matérialiser ou ne durent pas assez longtemps.
Dans la dernière récession du début des années 1990, les prestations d’assurance-emploi dépassaient 600 $ par semaine.
Quinze ans plus tard, les personnes les plus touchées par cette crise économique devront vivre avec des prestations d’assurance-emploi qui non seulement n’ont pas suivi l’inflation, mais qui ont été réduites.
Les prestations dépassent à peine 400 $ par semaine.
Seulement quatre chômeurs sur dix sont admissibles à des prestations en vertu des règles actuelles.
Seulement trois chômeuses sur dix sont admissibles.
Au moment où nous en avons le plus besoin, les prestations d’assurance-emploi sont inexistantes pour la majorité des gens qui perdent leur emploi.
C’est une honte.
Au contraire des réductions d’impôt personnel, nous pouvons avoir la certitude que les prestations d’assurance-emploi seront versées aux personnes qui en ont le plus besoin et seront dépensées dans les communautés pour l’achat de biens et services.
Nous avons besoin d’un seuil d’entrée uniforme de 360 heures dans toutes les régions du pays; de prestations basées sur 60 % des gains des 12 meilleures semaines; et de prestations allant jusqu’à 50 semaines.
Les travailleurs et les employeurs ont cotisé 54 milliards de dollars de plus en primes que de prestations versées depuis le début des années 1990, et c’est maintenant le temps de s’assurer que ceux qui ont versé les primes obtiennent l’aide dont ils ont besoin.
Nous devons aussi améliorer l’accès aux programmes d’adaptation de la main-d’oeuvre et à la formation pour que les travailleurs et les travailleuses puissent obtenir les nouveaux emplois que nous voulons créer.
Les régimes de pension et les économies de retraite ont été durement frappés par la crise économique.
C’est un signe qu’il faut élargir les régimes de pension publics et moins s’appuyer sur des marchés financiers spéculatifs, et parfois frauduleux, pour la sécurité économique.
Le gouvernement devrait immédiatement augmenter les prestations de Sécurité de la vieillesse et de Supplément de revenu garanti pour protéger les retraités d’aujourd’hui et de demain et pour réduire la dépendance envers les régimes de retraite privés et les REER.
Comme dans le cas de l’assurance-emploi, l’augmentation des prestations constituerait un stimulant économique plus efficace que les réductions d’impôt personnel.
Même avant que la crise économique se soit cristallisée, nous avions perdu depuis 2002 près de 400 000 emplois manufacturiers, le gagne-pain des familles, en raison de la valeur élevée du dollar, du déficit commercial grandissant et d’importance avec l’Asie et de l’innovation et de l’investissement dans l’industrie canadienne.
Maintenant, de nombreuses entreprises très productives, y compris dans le secteur des ressources, voient leurs marchés d’exportation s’effondrer aux États-Unis et partout dans le monde, et bon nombre n’arrivent pas à obtenir du crédit à un coût raisonnable en raison de la crise financière mondiale.
Les mises à pied et les fermetures d’usines s’accélèrent, menaçant de nombreux emplois chez les fournisseurs et de nombreux emplois indirects dans les services privés autant que publics.
Le gouvernement fédéral doit être prêt à investir directement pour sauvegarder les emplois dans des industries durement touchées comme l’automobile et les produits forestiers, et à promouvoir des changements qui créeront de nouveaux emplois sécuritaires et durables.
Il doit également agir pour soutenir les industries en développement pour la nouvelle économie, comme les industries culturelles, les technologies environnementales, l’énergie renouvelable et d’autres secteurs prometteurs de nouvelle croissance.
À notre avis, les employeurs, le mouvement syndical, les gouvernements et les communautés doivent tous participer au processus de renouveau industriel et d’élaboration de stratégies sectorielles. Les gouvernements devraient offrir un soutien ciblé pour de nouveaux investissements dans les usines et l’équipement, dans la formation et dans d’autres domaines, plutôt que d’offrir de nouvelles réductions d’impôt générales pour les entreprises.
Les réductions d’impôt des entreprises n’aident pas les entreprises en difficulté.
Reportez-vous à la dernière décennie de baisses d’impôt d’entreprise généralisées.
Les entreprises ont promis qu’elles investiraient dans la formation des travailleurs, dans le perfectionnement des compétences et dans les nouvelles technologies pour améliorer la productivité.
Elles ne l’ont pas fait et se sont plutôt appuyées sur la faiblesse du dollar canadien pour cacher le manque à gagner.
Nous croyons donc que des mesures fiscales ciblées auraient un plus grand effet, comme les crédits d’impôt pour investissement, les radiations rapides pour l’investissement dans la machinerie et l’équipement et d’autres soutiens directs pour des investissements réels.
La Banque de développement du Canada fédérale et Exportation et développement Canada devraient bénéficier d’injections de capital additionnelles d’envergure pour les aider à combler le manque dans le financement.
C’est ce que nous avons dit hier au ministre des Finances – le budget devrait se concentrer sur l’investissement public dans les infrastructures, l’environnement et les services publics; sur le soutien des familles travailleuses touchées par la crise; et sur le renouveau de notre base industrielle par le biais de stratégies de développement sectoriel soigneusement réfléchies.
Merci de votre attention.

Rencontre prébudgétaire organisée par la Ottawa Economics Association