• A A

Réponse du CTC à la crise économique - Version complet

Affiché le lundi, 27 octobre 2008

Capitalisme mondial : au bord de l'abîme

La récente tourmente économique a fait ressortir certains problèmes chroniques qui minent depuis longtemps notre système économique mondial et national : le surdéveloppement du secteur financier qui a alimenté une spéculation rampante plutôt que des investissements productifs créant des emplois dans l'économie réelle; des rendements exceptionnels pour les cadres supérieurs et les initiés parallèlement à la stagnation des salaires et des revenus des familles travailleuses; une dette familiale en croissance plutôt qu'un partage équitable des gains de productivité avec les travailleurs et les travailleuses; la tendance à compter démesurément sur les exportations de ressources brutes; une crise profonde dans les secteurs manufacturier et forestier; et des déséquilibres financiers substantiels à l'échelle de la planète découlant d'un commerce inéquitable et déséquilibré.

L'économie mondiale se dirige maintenant presque certainement vers une longue et profonde récession, même si nous parvenons à éviter l'effondrement du système financier. À ce jour, en 2008, les marchés mondiaux de valeurs mobilières ont déjà chuté autant que durant la Grande Crise de 1929. Les bulles immobilières gonflées à outrance ont éclaté aux États-Unis, en Grande-Bretagne et dans d'autres pays, et la fin n'est toujours pas en vue. Les grandes banques américaines et européennes font faillite, et même des entreprises profitables, y compris au Canada, n'ont plus accès au crédit avec des modalités raisonnables. Cette rareté du crédit entraîne un ralentissement rapide de la production au Canada et partout dans le monde.

Les États-Unis, l'Europe et le Japon, qui comptent pour 55 % de l'économie mondiale, étaient déjà en récession, ou sur le point de l'être, avant la dernière et plus intense phase de cette crise financière. La croissance en Chine, en Russie, au Brésil et dans d'autres pays en développement ralentit maintenant rapidement, faisant éclater la théorie que le monde pourrait se dissocier de ce qui semblait commencer comme une crise américaine.

Le ralentissement mondial et la liquidation des positions spéculatives ont entraîné la baisse des prix des marchandises, faisant disparaître tout gage de la croyance aussi fausse que complaisante que le Canada pouvait s'isoler du repli américain.

La crise financière mondiale a retenu les titres des journaux et s'est clairement étendue bien au-delà des titres hypothécaires américains à haut risque, aujourd'hui pratiquement sans valeur. La crise du crédit, la crise bancaire et l'effondrement du marché des valeurs mobilières reflètent un calcul paniqué, néanmoins plausible, que de nombreux actifs financiers ont une valeur bien inférieure à ce que l'on supposait. Personne ne peut avoir de certitude sur l'étendue éventuelle des pertes financières, que le FMI évalue maintenant à 1,4 billion de dollars, ni sur la possibilité qu'elles précipitent, ou non, non seulement une récession, mais aussi une longue et profonde baisse persistante dans le monde entier comme cela s'est produit dans les années 1930. L'économie réelle est déjà au ralenti et continuera sa chute.

Les racines immédiates de la crise mondiale se trouvent dans la déréglementation des marchés financiers. Les banques, et tout particulièrement le système fantôme des banques d'investissement, des fonds de placement spéculatifs (« hedge funds ») et des fonds de capital à risque privé non réglementés, qui devraient servir les besoins de l'économie réelle, se sont plutôt emballés en élaborant des produits complexes, parfois carrément frauduleux, pour générer ensuite des énormes transactions dans lesquelles d'autres parties du système financier achetaient ces « actifs » par le biais d'extensions substantielles de crédit.

Les initiés ainsi que les courtiers et les cadres du secteur financier ont empoché d'énormes sommes alors que la bulle immobilière et d'autres bulles prenaient de l'expansion. Toutefois, personne dans le monde interconnecté de la finance mondiale ne sait qui détient les actifs les plus toxiques et qui risque les plus grosses pertes si et quand les emprunteurs feront défaut. Selon une estimation, la valeur totale des produits dérivés de crédit et des swaps sur défaillance de crédit dépasse 50 billions de dollars. Le secteur financier a réparti l'énorme risque ainsi créé d'une manière telle que très peu d'îlots de sécurité demeurent intacts, et ce, en admettant qu'il y en a.

Lire l'article complet - Télécharger le PDF.