Affiché le lundi, 1 juin 2009
Qu’est-ce qu’une ville peut perdre de plus?
Campbell River est une belle ville de 36 500 habitants et habitantes située sur la rive orientale du nord de l’île Vancouver. La communauté se trouve à l’extrémité
septentrionale du passage Discovery, qu’empruntent les navires de tous les genres pour remonter entre la côte et l’île jusqu’au détroit de la Reine-Charlotte et aller au-delà de celui-ci.
« Cette ville a été bâtie autour de l’usine de pâte et papier, dont l’activité a commencé en 1952 », déclare Ian Simpson, président de la section locale du Syndicat des communications, de l’énergie et du papier qui représente le personnel de l’usine.
La beauté de la nature et les ressources naturelles n’ont pas mis la communauté à l’abri de la crise économique. En fait, la crise que vit la communauté a été planifiée et elle a commencé il y a longtemps.
Au printemps de 2009, le taux de chômage de la région de l’assurance-emploi dans laquelle se trouve Campbell River était de 13,7%. C’est un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis cinq ans et ce niveau est de beaucoup supérieur au taux de chômage provincial.
« Nous avons perdu notre pêche. Nous avons perdu notre exploitation forestière. Nous avons perdu notre usine. Nous avons perdu notre mine. Qu’est-ce qu’une ville peut perdre de plus? » demande Brian Clark, mineur et président de la section locale 3019 des TCA.
Les billes s’en vont aux États-Unis
Darryl Wong est le président d’un nouveau syndicat forestier créé par les MUA dont le territoire s’étend de la frontière du Washington à l’Alaska. Depuis 2007, 57 usines ont fermé en permanence en C-B, selon Darryl. « Nous attribuons la majeure partie de la compression aux politiques publiques sur l’industrie forestière, à la sous-traitance et au volume extrêmement élevé des billes qui quittent la province. »
M. Wong précise ce qui suit : « Ce qui arrive, c’est que des entreprises telles que Canfor, West Fraser et Interfor achètent des usines au sud de la frontière. En fait, la plupart d’entre elles ont employé les importantes sommes des droits sur le bois d’œuvre de résineux qui leur ont été remboursées (accord de 2006)… Maintenant, les billes s’en vont aux États-Unis sans faire l’objet d’un tarif douanier et sont transformées là-bas ».
Jusqu’en 2003, année où le gouvernement libéral de la C.-B. a amendé la loi, TimberWest devait alimenter en fibre l’usine de pâte et papier Catalyst à Elk Falls en échange contre des droits de coupe sur des terres publiques. TimberWest a été transformée en société d’exportation de billes et d’aménagement des terres. Elle a annoncé la fermeture permanente de sa scierie située tout près de Campbell River, et l’élimination de 257 emplois, en mai 2008.
J’en suis à un chèque de paye de tout perdre
Ian Simpson explique ce qui s’est passé à Elk Falls. « L’usine était pleinement intégrée de telle sorte que nous transformions les billes en bois d’œuvre d’une part et que nous produisions des copeaux que nous transformions d’abord en pâte et ensuite en papier d’autre part et que nous expédiions le bois d’œuvre et le papier…L’année dernière, la scierie a fermé, de telle sorte que nous ne produisions plus de bois d’œuvre. En février de cette année, l’usine de papier a fermé pour une période indéfinie. »
L’usine de pâte et papier employait 1 100 personnes il n’y a pas très longtemps. Toutes ces personnes ont été mises à pied en juillet 2008. Les raisons invoquées comprennent l’absence de source stable de bran de scie et de copeaux de bois ainsi que la valeur élevée du dollar canadien et les subventions des États-Unis. En février 2009, l’usine a fermé pour une période indéfinie.
Jason Windsor était opérateur de machine à papier à l’usine. Après sa mise à pied, il a été recruté pour travailler dans une mine de charbon d’Elkford, en C.-B., mais
celle-ci l’a mis à pied 6 jours après qu’il a eu dépensé 14 000 $ pour réinstaller sa famille dans cette communauté nordique. L’indemnité de départ versée par l’usine a servi à payer le déménagement à Elkford mais l’a privé de prestations d’a.-e. Maintenant, il n’a pas les moyens d’attendre les deux semaines de la période de carence. « J’ai l’habitude de gagner de 70 000 $ à 80 000 $ par année. Maintenant, j’ai de la chance si je gagne 10 dollars par heure. J’en suis à un chèque de paye de tout perdre. Ma maison, mes véhicules, tout, parce qu’il n’y a pas de travail. »
Je n’ai pas vu de financement d’infrastructure
Depuis mars 2008, 300 membres des TCA reçoivent des préavis de mise à pied de deux mois de NVI Mines. Brian Dalton a appris qu’il serait mis à pied l’hiver dernier. Il a transmis 50 CV sur-le-champ et il en a envoyé 150 autres depuis. Il s’est rendu à Fort McMurray en voiture et il a trouvé un terrain de camping aux abords de la ville. Il a trouvé un emploi consistant à conduire le camion le plus gros du monde, mais il est rentré chez lui après quelques mois.
Il était épuisé et frustré. « Je crois que l’aide, si elle vient, sera insuffisante et arrivera trop tard parce que, pour tout vous dire, même nous avons déclaré faillite vendredi. Nous n’avons pas de revenu. Mes prestations d’a.-e. couvrent mon paiement hypothécaire et nous laissent 135 $ pour acheter de la nourriture. Et rien pour payer la facture d’électricité et les autres dépenses. Nous en sommes donc à faire faillite. Et c’est au bout de 6 mois. Nous avons épuisé toutes nos ressources. Et nous avons atteint les limites de nos cartes de crédit. »/p>
« Le gouvernement devrait peut-être étudier la possibilité de construire des maisons d’hébergement pour sans-abri afin de nous loger tous », dit Brian. « Il est peut-être possible de trouver du financement d’infrastructure pour ça, sauf que je n’en ai pas vu. »
Il se peut que la pêche disparaisse
Directement à l’est de Campbell River se trouve le cap Mudge dans l’île Quadra. C’est un secteur habité depuis longtemps par les Salish de la côte et qu’ont commencé à habiter plus tard les Laichkwiltach, qui dépendent de la pêche depuis des générations. Plus de dix pour cent de la population de Campbell River est autochtone et il y a six premières nations dans la région de Campbell River.
Dennis O’Malley vient d’une communauté autochtone. Il a grandi à Black Creek et commencé à pêcher avec son oncle l’été à l’âge de 13 ans. « Nous pêchons en famille depuis des générations », dit-il. « J’ai essayé d’aller pêcher sur le bateau d’un autre homme pour voir si je pouvais gagner plus. Cette année, j’ai refusé d’aller pêcher avec lui. Puisque les prix ont baissé de nouveau, les salaires vont être réduits...Il se peut que la pêche disparaisse d’ici cinq ans. »
On rançonne la ville
Selon la commissaire scolaire Joyce McCann, la communauté a du mal à s’adapter. « Les mères, qui ont habituellement des emplois à moindre salaire et travaillent parfois à temps partiel, continuent de travailler. Les pères ont été obligés d’assumer un rôle d’éducation des enfants qui ne leur est pas nécessairement familier. » Joyce craint que le nombre des parents jonglant avec 2 ou 3 emplois à bas salaire pour joindre les deux bouts n’augmente à mesure que les prestations d’a.-e. viendront à manquer. Les parents n’auront pas les fonds nécessaires pour payer les frais de garde des enfants avant et après l’école. Il s’ensuivra une augmentation du nombre des enfants à la clé se débrouillant à la maison sans surveillance par un adulte.
Catalyst a indiqué à la ville de Campbell River qu’elle ne paiera que 1,5 million de dollars de ses taxes annuelles de 4,6 millions de dollars. Cela met la ville dans une situation intenable. « L’entreprise rançonne essentiellement la ville », dit Ian Thompson.
Le nouveau conseil municipal s’est engagé à réduire de 500 000 $ les taxes de Catalyst. Le conseil a changé le zonage de terres que TimberWest voue à l’aménagement immobilier et il a haussé les taxes applicables à ces terres. L’effet sur le personnel du secteur public n’en est pas moins considérable. Les travailleurs et travailleuses municipaux verront diminuer leurs heures. La dotation en personnel a été gelée et des coupures pratiquées dans les services permettront d’économiser 1,4 million de dollars. Les taxes résidentielles augmenteront de 9,8%.


Communautés en difficultés - Campbell River, Colombie-Britannique