Affiché le lundi, 1 juin 2009
Une communauté très unie
Depuis que les Européens ont commencé à s’établir sur la rive sud de la Nouvelle-Écosse au 18e siècle, la plupart des personnes habitant cette rive ont tiré leur subsistance des abondantes ressources de la forêt et de l’océan.
Au fil des siècles, des personnes travailleuses ont bâti des communautés qui, selon la députée provinciale locale Vicki Conrad, « sont très unies. Les gens s’entraident. Si votre voisin a un problème, les gens seront disposés à lui prêter main-forte ».
Le maire de la municipalité régionale a exprimé un sentiment typique« La communauté est pleine de compassion, très accueillante, très chaleureuse, très ouverte. Le sentiment de communauté est plus fort ici que dans de nombreuses autres villes ».
Pourtant, les principaux générateurs d’emplois et de richesse des communautés de la rive sont en difficulté. Depuis plusieurs décennies, l’industrie de la pêche et l’industrie forestière subissent un grave déclin. L’effondrement économique mondial n’a eu pour effet que de faire empirer les perspectives de l’économie régionale.
Comme il peut y avoir de la souffrance dans le domaine des pêches
« Il y avait une industrie de la pêche dans ce comté. Il y avait une usine de transformation du poisson dans chaque port et des tas de personnes vivaient de la pêche. Elles ne connaissaient pas d’autre activité. La famille de ma mère n’a jamais rien connu d’autre. Mais cette industrie se meurt depuis longtemps. »
Dernièrement, la crise en cours a causé un ralentissement dans l’un des derniers secteurs de l’industrie qui allait bien : la pêche du homard.
« La pêche du homard est le moteur de la pêche ici, du moins du point de vue de la communauté locale. Or, vu la crise mondiale, le homard est considéré comme un aliment de luxe, le marché est faible, les prix ont baissé et le coût de la pêche a augmenté ».
Un journaliste connaissant bien les conditions actuelles de l’industrie a déclaré : « Comme il peut y avoir de la souffrance dans le domaine des pêches. Les propriétaires n’ont pas la vie facile mais elle est beaucoup plus difficile pour les personnes qui travaillent sur les bateaux. Bon nombre d’entre elles sont allées travailler en Alberta quand il y avait un essor dans cette province mais elles sont complètement perdues maintenant et il y a beaucoup de pauvreté dans la communauté ».
Tous les revenus vont être moindres l’année prochaine
L’usine Bowater Mersey à Brooklyn est la pierre angulaire de l’économie locale depuis 80 ans. La propriété de l’usine est partagée entre AbitibiBowater, laquelle est en faillite, et le Washington Post. Les principales activités économiques dans l’ouest de la Nouvelle-Écosse sont tirées de l’usine de Brooklyn, qui produit du papier journal et du papier d’impression de pâte moyenne, de la scierie d’Oakville, qui produit du bois de construction de dimensions courantes, de 234 000 hectares de terres forestières et de la Brooklyn Power Company, une centrale de cogénération alimentée à la biomasse qui produit 22 mégawatts d’électricité apportée au réseau de la Nouvelle-Écosse et de la vapeur utilisée par l’usine de papier.
L’emploi diminue depuis trois décennies. Un travailleur d’usine a fait remarquer ce qui suit : « Quand j’ai adhéré au syndicat vers le milieu des années 1980, ma section locale comprenait plus de 700 membres. Elle en compte maintenant 215 ».
Il y a des fermetures à répétition à l’usine de Brooklyn depuis décembre 2008. En juillet, un travailleur de cette usine a indiqué : « Nous avons travaillé pendant 12 des 28 dernières semaines. À ce rythme, notre revenu va diminuer de moitié. Nous avons droit à l’a.-e. et ce au taux maximum. Mais l’année prochaine, notre paye de vacances et nos prestations d’a.-e. seront réduites parce qu’elles vont être fondées sur la rémunération de l’année précédente. Tous les revenus vont être moindres l’année prochaine ».
« La plus jeune de mes filles n’a pas pu obtenir un prêt étudiant pour aller au collège communautaire parce que j’ai trop gagné l’année dernière. Elle devrait pouvoir en obtenir un si le calcul était fondé sur cette année. Je n’ai travaillé que pendant 12 semaines cette année ».
La crise a de profondes répercussions sur les familles des travailleurs d’usine. « Ma mère et mon père sont des octogénaires. Et je leur ai toujours promis que je serais leur bâton de vieillesse, que je ferais tout mon possible pour qu’ils n’aient pas à aller vivre dans un foyer et qu’ils pourraient passer leurs années dorées dans leur propre maison. J’ai 52 ans. J’aurai 53 ans à mon prochain anniversaire. S’il arrive un malheur ici, si l’usine ferme, je vais devoir aller travailler ailleurs. Je n’ai qu’un minimum d’instruction. Ça bouleverse mon père d’entendre ça. Il s’empresse de demander ce qui va arriver à ma mère et à lui. C’est difficile. Il faut se démener ».
La crise de l’industrie forestière ne nuit pas qu’aux travailleurs et travailleuses d’usine et à leurs familles. Comme le dit le maire Leefe, « l’industrie forestière est intégrée. Tant que l’usine de papier produira, les scieries pourront vendre leurs copeaux. Pourvu que l’usine de papier continue à produire, la société d’énergie Brooklyn produira de l’énergie, et si elle produit de l’énergie, les scieries pourront vendre leur bran de scie et leur biomasse. Si l’usine de papier ferme, cela fera éprouver des difficultés considérables à nos scieries, qui sont des entreprises familiales depuis des générations ».
Les membres de la communauté s’entendent pour dire que les opérations forestières sont saines et que le ralentissement tient davantage aux conditions internationales et à la faillite d’un conglomérat qu`à la productivité et à la compétitivité locales.
Un chef syndical local dit : « L’usine est efficace et, jusqu’à dernièrement, elle a été mise à niveau périodiquement. Elle est alimentée de ressources forestières lui assurant une fibre de haute qualité à longueur d’année et elle bénéficie d’un port libre de glace, d’une production locale d’hydro-électricité et d’énergie tirée de la biomasse et d’une main-d’œuvre hautement qualifiée et engagée ».
Le maire en convient. « Je crois que toute la communauté est convaincue que cette usine présente un tas d’atouts. Une excellente main-d’œuvre stable et engagée à l’égard des opérations ».
Malgré ces forces locales, la Presse canadienne a indiqué le 18 septembre que « des centaines de personnes travaillant pour l’usine de papier journal du comté de Queens verront réduire leurs heures de travail parce qu’AbitibiBowater a annoncé une diminution de moitié de la production de son usine de Brooklyn ».
Les derniers engagés sont les premiers congédiés
Outre la perte directe d’emplois dans des industries clés, les personnes habitant les communautés de la municipalité régionale de Queens ont subi d’autres effets du ralentissement économique.
Un membre du clergé local estime que depuis un an « les demandes de soutien social et d’orientation sociale ont augmenté de 10 % à 15 % ».
« L’année dernière, le recours aux banques alimentaires a été supérieur de 40 % à celui de l’année précédente. Les personnes travaillant à temps partiel font appel à la banque alimentaire parce qu’elles ont moins d’heures de travail qu’auparavant. Il s’agit des travailleurs et travailleuses à faible revenu et c’est à eux que nuit le plus la situation. Ils sont les derniers engagés et les premiers congédiés ».
Pendant que la demande augmente, la banque alimentaire voit changer le caractère de ses contributions. Les dons n’ont diminué que légèrement mais le type d’aliments a changé. Selon le membre du clergé, « puisque les aliments en forte teneur en protéines sont les plus coûteux, l’offrande du dimanche est susceptible de comprendre plus de Kraft Dinner que de beurre d’arachides ».

Communautés en difficultés - Liverpool (Nouvelle-Écosse)