Affiché le jeudi, 10 juin 2010
Le 8 juin, nous avons envoyé une lettre signée par des centaines de canadiennes progressistes au chef du NPD, Jack Layton, pour lui demander de sauver le registre des armes à feu du Canada et de faire en sorte que le projet de loi C-391 soit rejeté.
Monsieur Layton,
Nous vous écrivons pour vous inciter à obliger votre caucus à assurer le maintien du registre canadien des armes d’épaule.
Cela nous attriste, et même nous met en colère, de devoir vous transmettre cette lettre.
La décision de 12 députées et députés néo-démocrates de voter comme les Conservateurs en faveur de l’élimination du registre des armes d’épaule rend la présente lettre non seulement nécessaire mais encore critique pour le maintien de ce registre et le freinage de l’élan actuel de l’extrême droite au Canada.
Il est terriblement ironique que la discipline de votre caucus risque d’être affaiblie au moment précis où les assauts du gouvernements sur l’égalité ont atteint la goutte qui fait déborder le vase pour de si nombreux Canadiens et Canadiennes. Ce sont les personnes qui chercheront des alternatives politiques claires et décisives.
Nous ne croyons pas qu’il devrait être nécessaire d’indiquer les différentes raisons pour lesquelles le NPD, qui est un parti politique progressiste, doit exiger la solidarité des membres de son caucus pour défendre le registre des armes d’épaule et empêcher les Conservateurs d’éliminer un outil durement gagné qui permet de réduire le crime et de sauver des vies. Le registre est appuyé par des groupes de femmes, des syndicats, le Congrès du travail du Canada, l’Association canadienne des chefs de police, la Coalition pour le contrôle des armes et de nombreux autres groupes.
Puisque vous appuyez vous aussi le registre, vous connaissez très bien leurs raisons. Or, en tant que chef du NPD, nous comptons sur vous pour engager plus que vos convictions personnelles.
Le gouvernement conservateur Harper a lancé un assaut sur les fondements progressistes de notre pays. Il ne cache même pas son programme. Depuis le début, l’actuel gouvernement s’en prend aux bases mêmes de l’égalité et du bien-être. Il ne cherche nullement le bien du pays et il cultive la dissidence et la peur.
Nous ne devons pas l’aider à réaliser son programme.
Celui-ci a commencé par l’amputation de 4 milliards de dollars du financement de la garde et de l’éducation des jeunes enfants. Ensuite sont venues l’élimination du Programme de contestation judiciaire, l’atteinte portée à l’équité salariale et la réduction du mandat et du financement de Condition féminine Canada. La réputation qu’a le Canada en tant que bâtisseur de consensus et que force progressiste sur la scène mondiale a été grandement compromise depuis l’arrivée au pouvoir du gouvernement Harper, qui continue de nuire aux efforts faits pour réduire les effets du changement climatique sur notre planète.
Chaque étape franchie, chaque victoire remportée a enhardi la droite conservatrice. Voici qu’elle s’en prend au registre des armes d’épaule et au droit des femmes au choix.
En tant que progressistes, que personnes croyant en un Canada différent et plus équitable, nous devons faire tout notre possible pour mettre un terme à ces assauts.
M. Layton, des décisions cruciales se prennent actuellement. Il s’agit de décisions débordant le cadre du registre des armes d’épaule et influençant les fondements de notre société.
La perspective de l’élimination du registre des armes d’épaule va enhardir les Conservateurs encore davantage. En fait, elle les a déjà enhardis. Le fait qu’un nouveau débat ait été engagé sur l’avortement, c’est-à-dire sur le choix des femmes en matière de reproduction, parle de lui-même.
Les Conservateurs se sentent renforcés par leurs victoires, mais nous pouvons et devons mettre un puissant frein à leur élan. Nous y parviendrons en défendant notre registre des armes d’épaule établi au prix de dures luttes et en les privant de la victoire que leur arrogance les porte à croire à la portée de la main.
Si nous n’agissons pas ainsi, nous permettrons aux Conservateurs de remporter leur victoire la plus importante jusqu’à présent. Ne pas agir ainsi reviendrait à reconnaître que les principes fondamentaux du Nouveau Parti démocratique du Canada peuvent être mis à l’écart quand règne la peur.
Dans le discours qu’il a prononcé en 1983 pendant le congrès du 50e anniversaire de la
CCF/NPD au Canada, Tommy Douglas a proclamé ce qui suit : « La croissance et le développement du Nouveau Parti démocratique ne doivent jamais nous faire oublier nos racines. Ne sacrifiez pas vos convictions sur l’autel du succès. Ne troquez jamais la qualité contre la quantité. Dans un mouvement tel que le nôtre, comme l’ont illustré les mouvements socialistes du monde entier, nous ne cherchons pas qu’à obtenir des votes. Nous cherchons des personnes disposées à consacrer leur vie à l’instauration d’une société d’un genre différent, d’une société fondée sur les principes du souci du bien-être humain. »
Tommy Douglas aurait pu tenir ces propos dans le contexte du défi que le débat sur le registre des armes d’épaule présente actuellement au Nouveau Parti démocratique.
En tant que dirigeantes canadiennes progressistes, nous vous incitons à vous assurer que les députés et les députées du NPD agissent honorablement. Défendez le registre des armes d’épaule. Défendez le mouvement progressiste. Défendez le droit des femmes à l’égalité. Nous ne devons pas nous laisser décourager par la peur et la dissidence que sème l’actuel gouvernement. Nous devons plutôt avoir le courage de nos convictions. C’est ainsi que nous bâtirons un Canada meilleur pour tous les citoyens et les citoyennes.
Agréez, Monsieur Layton, l’expression de mes sentiments les meilleurs.

Des femmes écrivent à Jack Layton : Prenez position sur le projet de loi C-391