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Georgetti écrit à l’ambassadeur du Mexique concernant la persécution des travailleurs et travailleuses

Affiché le mercredi, 16 février 2011

Le président du CTC, Ken Georgetti, a écrit à l’ambassadeur du Mexique au Canada afin d’exprimer sa grande inquiétude au sujet de la situation des travailleurs et travailleuses mexicains. M. Georgetti affirme que nous assistons à une augmentation importante de la violation des droits des travailleurs et travailleuses du Mexique. La lettre de M. Georgetti a été remise le 15 février par une délégation de dirigeants syndicaux canadiens qui a rencontré des responsables de l’ambassade du Mexique à Ottawa. Tandis que la rencontre se déroulait à l’intérieur, environ 50 manifestants se rassemblaient devant l’immeuble pour faire écho à la demande de M. Georgetti que le gouvernement mexicain prenne des mesures pour se conformer avec les droits humains fondamentaux et mette fin à la répression des travailleurs et travailleuses mexicains. 

 

Son Excellence Francisco J. Barrio-Terrazas
L’ambassadeur de Mexique au Canada
 

Monsieur l’ambassadeur Barrio-Terrazas:

Je vous écris au nom des 3,2 millions de membres du Congrès du travail du Canada qui se sont joints à des syndicats et des groupes de militants de partout dans le monde pour exprimer leur profonde préoccupation à l’égard du non-respect des droits des travailleuses et des travailleurs mexicains de former et de participer à des syndicats de leur choix, de négocier collectivement, de faire la grève et de représenter leurs propres intérêts sans subir de répression, d’actes de violence et de manipulation de la part des employeurs, des autorités gouvernementales et des syndicats contrôlés par l’employeur.

Au cours des cinq dernières années, il y a eu une montée en flèche de violation systématique et éhontée des droits des travailleurs et des travailleuses au Mexique. Nous sommes inquiets des violations commises contre les droits d’établir des syndicats autonomes, de négocier collectivement, de faire la grève, de bénéficier de mesures de santé et sécurité au travail et de stabilité en emploi, des droits qui font tous partie des lois nationales et internationales. Nos homologues syndicaux au Mexique ont fait état de ces actions : la présence permise de fier-à-bras embauchés sur les lieux de travail et dans les conseils de conciliation et d’arbitrage, le recours direct aux forces de sécurité fédérale pour occuper les lieux de travail, des violations graves aux droits à la santé et à la sécurité, de même que l’adoption de résolutions illégales et inconstitutionnelles par tous les niveaux du gouvernement fédéral et des états en vue d’annuler la liberté d’association.

Nous avons constaté qu’un système de syndicats dominés par les employeurs, connus sous le nom de syndicats « maison », a été établi afin d’empêcher les travailleuses et les travailleurs de choisir leurs représentants de manière démocratique. Les travailleuses et les travailleurs qui tentent de s’organiser dans le cadre de ce système sont régulièrement confrontés à de l’intimidation, de la violence et des mesures de représailles de la part de leurs employeurs. Leurs tentatives de tenir des élections qui permettraient d’établir leur droit de gérer les conventions collectives, négociées par leurs organisations démocratiques, sont constamment bloquées et soumises à des exigences bureaucratiques onéreuses, alors que les employeurs concluent des conventions avec des syndicats d’entreprise souvent même sans que les travailleuses et les travailleurs ne sachent qu’ils sont couverts par l’entente. Et lorsque la représentation des travailleuses et des travailleurs est contenue par des contrats de protection et par de l’intimidation, les conséquences entraînent souvent de graves violations à la santé et à la sécurité de la main-d’œuvre, à des accidents au travail et même à des explosions fatales comme celle de la mine de Pasta de Conchos en 2006.

Nous avons même vu que lorsque des syndicats tentent d’obtenir une autorisation légale de déclencher une grève, ils se heurtent à de multiples obstacles et conditions; une fois qu’une grève est déclenchée, les autorités responsables du travail se réservent le droit de déclarer la grève nulle parce qu’il est décidé qu’elle ne répond pas aux conditions légales qui sont interprétées de manière arbitraire. Voici plusieurs exemples de ces violations :

  • Parmi les attaques les plus flagrantes contre les syndicats mexicains, il y a celles commises contre le Syndicat national des mineurs et des métallurgistes du Mexique (SNTMMSRM) qui a été la cible du gouvernement national et du géant des mines Grupo México, depuis 2006. Les attaques ont porté sur le refus de reconnaître les dirigeants syndicaux élus démocratiquement, le gel des comptes de banque du syndicat, le dépôt d’accusations criminelles non fondées contre les dirigeants syndicaux et leur emprisonnement, l’imposition de syndicats contrôlés par l’employeur, des tentatives d’éliminer les droits légaux du syndicat de faire la grève, des menaces et du harcèlement contre des militants de groupes de la société civile alliés du Syndicat des mineurs, et le déploiement de force policière et militaire dans le cadre de violentes attaques contre les travailleuses et les travailleurs, entraînant le décès de quatre syndicalistes et blessant plusieurs autres.
  • En 2009, le gouvernement mexicain a lancé sa plus grave attaque contre le Syndicat mexicain des travailleurs de l’électricité (SME), établi depuis 95 ans, notamment en provoquant la dissolution du deuxième plus important distributeur d’électricité et en licenciant 44 000 membres syndiqués.
  • Après avoir finalement obtenu sa reconnaissance en 2009, le UNTyPP, qui représente les employés techniques et professionnels de PEMEX, une société d’exploitation pétrolière appartenant à l’État, a été la cible d’attaque et tous ses dirigeants ont été licenciés.
  • Le Syndicat national des travailleurs du pneu du Mexique (SNGTM) a dû faire face à une forte campagne antisyndicale de la société Continental Tire qui a travaillé avec le ministère du Travail pour tenter d’imposer un syndicat à la solde de l’employeur.
  • Des travailleuses et des travailleurs à des centres d’appel dirigés par la société Atento (appartenant à Telefónica) ont subi des actes violents de répression perpétrés par des fier-à-bras de l’entreprise et par la police en juillet 2010 lorsqu’ils ont tenté d’éjecter le syndicat imposé par l’employeur et de s’affilier au Syndicat mexicain des travailleurs du téléphone (STRM).

Avec des millions de travailleuses et de travailleurs et de syndicats de partout dans le monde, nous nous joignons à la Fédération internationale des organisations de travailleurs de la métallurgie, à la Fédération internationale des travailleurs de la chimie, de l’énergie et des mines et des industries diverses, à la Fédération internationale des ouvriers du transport et à la fédération UNI Global Union en réclamant les actions suivantes pour défendre les travailleuses et les travailleurs mexicains, de même que leurs organisations :

a) Tenir l’employeur et les représentants du gouvernement responsables de l’explosion de la mine de Pasta de Conchos qui a coûté la vie à 65 mineurs le 19 février 2006. Une enquête professionnelle indépendante doit être menée sur les causes de l’explosion. Les personnes responsables devraient faire l’objet de poursuites criminelles. Le gouvernement doit verser une indemnisation équitable aux familles des victimes et récupérer les 63 corps qui restent dans la mine pour que des funérailles appropriées puissent avoir lieu. Le Mexique doit prendre des mesures en vue d’améliorer les conditions de santé et de sécurité dans les mines en conformité avec les conventions de l’OIT.

b) Abolir les violations systématiques de la liberté d’association des travailleuses et des travailleurs, notamment les « contrats de protection » des employeurs et les ingérences dans les élections syndicales. Le gouvernement doit éliminer le système dit « toma de nota », qui exige l’approbation par le ministère du Travail des résultats des élections syndicales avant qu’elles ne prennent effet. Les dirigeants élus du Syndicat des mineurs du Mexique doivent immédiatement être reconnus comme tels. En outre, il faut mettre fin à la pratique des « contrats de protection » pour que les travailleurs et les travailleuses puissent choisir librement d’être représentés par le syndicat de leur choix sans craindre d’intimidations ou de représailles. Les travailleurs et travailleuses doivent avoir le droit de recevoir un exemplaire de leur convention collective.

c) Mettre fin à l’usage de la force par les autorités ou par des groupes privés en vue de réprimer les revendications légitimes des travailleurs et travailleuses d’avoir des syndicats démocratiques, de meilleurs salaires et conditions de travail, ainsi que de bonnes mesures de santé et de sécurité au travail. Le gouvernement doit immédiatement rappeler les forces de police fédérales de la mine de Cananea et de toutes les autres entreprises. Les personnes responsables de l’assassinat des membres du Syndicat des miniers, Héctor Álvarez Gómez, Mario Alberto Castillo Rodríguez, Reynaldo Hernández González, Juventino Flores Salas et le recruteur du FLOC, Santiago Rafael Cruz, doivent être présentées à la justice. Le gouvernement doit immédiatement mettre en place des mesures pour protéger la vie et la sécurité du personnel et des recruteurs du Centro de Apoyo al Trabajador (CAT), dont les bureaux ont été mis à sac et les membres ont reçu des menaces de mort comme conséquence directe de leur appui à la section locale 308 du Syndicat des mineurs.

d) Mettre fin à la campagne de persécution politique contre le Syndicat des mineurs et le Syndicat des travailleurs de l’électricité du Mexique. Le gouvernement doit libérer les dirigeants syndicaux Juan Linares Montufar et Miguel Márquez, injustement emprisonnés, abandonner les poursuites criminelles contre le secrétaire général Napoleón Gómez Urrutia et d’autres dirigeants du Syndicat des mineurs, restituer les fonds gelés du syndicat et mettre un terme à la persécution politique du SNTMMSRM et du SME. En outre, le gouvernement doit mettre sur pied une nouvelle société publique pour fournir de l’électricité à la région de Mexico, y réintégrer les travailleurs licenciés qui le demandent et reconnaître le SME comme leur représentant de négociation.

Nous nous joignons à nos consœurs, confrères et membres syndiqués au Mexique pour réclamer que des mesures soient prises par le gouvernement mexicain afin de faire respecter la loi, de se conformer au respect des droits syndicaux fondamentaux et de mettre fin à la répression des travailleuses et des travailleurs mexicains, qui ne sert qu’à saper les droits de la personne fondamentaux et le potentiel de développement et de prospérité de la main-d’œuvre en emploi au pays. Nous espérons que le gouvernement mexicain va commencer à prendre des mesures pour résoudre ces préoccupations, collaborer conjointement avec des organisations syndicales indépendantes afin de mettre en place des solutions qui vont protéger l’ensemble des travailleurs et des travailleuses.

Veuillez agréer nos sincères salutations,

Le président,

 

Kenneth V. Georgetti