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La « Grande récession » : de la crise financière à la crise de l’emploi... à un nouveau modèle de marché du travail

Affiché le vendredi, 4 juin 2010

Introduction

Le 15 septembre 2008, l’effondrement d’une banque d’investissement des États-Unis a déclenché une paralysie du système financier mondial qui s’est transformée en crise économique et en crise de l’emploi à l’échelle mondiale.

Quand la crise financière de Wall Street a frappé la grande rue, le bouleversement s’est répandu rapidement dans le monde entier, paralysant des économies, réduisant le commerce et – en à peine quelques mois – mettant plus de 30 millions de personnes en chômage.

Depuis deux ans, le nombre des bons emplois a diminué radicalement dans le monde entier, celui des emplois précaires a augmenté et celui des travailleurs et travailleuses pauvres a subi une augmentation très marquée. L’OIT estime que 100 millions de femmes et d’hommes ont sombré dans la misère depuis un an.

Au Canada, un nombre pouvant atteindre un demi-million de Canadiens et Canadiennes qui travaillaient à plein temps ont été mis à pied pendant la crise de l’emploi. Au printemps de 2010, il y avait encore environ 400 000 emplois permanents de moins qu’avant le début de la crise.

Genèse de la crise de l’emploi

La récession actuelle, qui est la récession mondiale la plus profonde depuis la Crise des années 1930, est attribuée au comportement inacceptable de l’industrie financière et à une insatiable soif de profits. Or, l’industrie financière n’est pas la seule à blâmer. La recherche débridée du profit a été facilitée par les alliés politiques de l’industrie financière qui ont déréglementé les finances et supprimé les protections établies afin de prévenir un effondrement financier comme celui de la Crise des années 1930.

De nombreuses personnes réclament le rétablissement de règles et de règlements, et notamment l’élimination des primes de rendement à court terme et l’amélioration du contrôle des fonds et des actifs détenus par les banques.

Le sommet du G20 portera sur les mesures à prendre pour prévenir une autre crise financière et rebâtir l’industrie financière sur une base plus solide. Bien qu’il soit nécessaire de rétablir une vigoureuse réglementation afin de protéger le monde contre une autre crise, il faudra en faire davantage pour s’attaquer aux problèmes fondamentaux plus profonds que pose notre économie.

Il y a lieu d’en faire davantage

Depuis trois décennies, à mesure que la croissance économique mondiale était alimentée par une énorme augmentation de consommation et accumulation de dette, des déséquilibres très marqués ont été établis dans des domaines tels que le commerce international et la répartition de la richesse dans et entre les pays.

Pendant que l’économie mondiale croissait, les salaires stagnaient ou n’augmentaient pas aussi rapidement que la productivité. Cela a créé d’énormes déséquilibres à l’intérieur des pays, où l’écart de revenu s’est élargi, les riches s’enrichissant davantage et les pauvres s’appauvrissant encore plus.

Entre temps, les pays à bas salaires ont maintenu les salaires bas afin de faire augmenter leurs d’exportations, ce qui a accru le déséquilibre commercial entre d’autres pays et eux.

Pour rectifier les déséquilibres, il faut voir à ce que les marchés du travail du monde entier instaurent le plein emploi et assurent un travail décent à tous.

Le défi

Le fait d’avoir des normes du travail et des syndicats forts favorise l’égalité économique et l’équité au travail. Les normes du travail favorisent également la croissance économique et l’efficacité des marchés du travail.

La libéralisation des flux de commerce et d’investissement a exercé une très forte pression en vue de l’affaiblissement des normes du travail et elle a contribué à la réduction du pouvoir de négociation des travailleurs et travailleuses et des syndicats dans l’ensemble de l’économie mondiale.

D’autres éléments principaux du modèle de croissance actuel, tels que la privatisation, la déréglementation des marchés nationaux et l’assouplissement forcé du marché du travail ont contribué à l’affaiblissement des droits de négociation collective, des salaires minimums et des protections sociales telles que les prestations de chômage et les normes du travail.

Bien que les droits et le pouvoir de négociation des syndicats semblent être bien établis dans quelques pays, la tendance générale est des plus claires. Le taux de syndicalisation dans le secteur privé baisse de façon très marquée dans presque tous les pays industriels avancés et il demeure bas dans les pays en développement dont l’industrialisation est la plus rapide.

Pour renverser cette tendance, le G20 doit abandonner le modèle actuel du marché du travail et adopter des stratégies et des politiques qui aideront à rééquilibrer la répartition de la richesse dans et entre les pays.

Mesures à prendre

Puisqu’il réunit les principaux pays du Nord et du Sud, le sommet du G20 est bien placé pour favoriser une meilleure coordination des politiques macroéconomiques et empêcher la « Grande récession » de se transformer en une autre Crise.

Le G20 pourrait poser un cadre de réglementation efficace du système financier mondial. Pendant le Sommet de Pittsburgh, les gouvernements des pays membres du G20 ont reconnu la crise de l’emploi, invité l’Organisation internationale du Travail (OIT) à participer aux efforts et demandé à leurs ministres du Travail de présenter des commentaires au cours du Sommet du G20 au Canada.

Pour que soit rééquilibrée la répartition de la richesse à l’intérieur des pays et entre eux, il faut que les chefs des pays membres du G20 s’assurent que la situation antérieure ne soit pas rétablie et demandent que soient prises sans tarder des mesures visant à :

imposer une taxe sur les transactions spéculatives en adoptant une taxe sur les transactions financières (TTF), également appelée taxe Robin des Bois;
s’engager à respecter un ensemble fondamental de droits et de normes du travail dont la mise en oeuvre s’appuierait sur un efficace système de surveillance par l’OIT;
renforcer la ratification et la mise en oeuvre des conventions de l’OIT sur la négociation collective, le tripartisme, les salaires minimums, les normes de travail et la protection sociale;

  • accélérer la coopération internationale à l’établissement d’une réglementation des banques, des paradis fiscaux, etc;
  • reconnaître le rapport entre le commerce international, l’investissement international et les finances internationales.