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Veille budgétaire

Affiché le jeudi, 25 février 2010

Priorités budgétaires du Congrès du travail du Canada (CTC)

Le 4 mars 2010, le gouvernement fédéral déposera un budget et on s’attend généralement à ce qu’il s’attaque en priorité à réduire le déficit en sabrant les dépenses plutôt qu’à créer des emplois. Même si les mesures temporaires de relance en cours vont sans doute se poursuivre, leur échéance est pour bientôt.

Puisque que la crise économique est encore très présente, le CTC a appelé le gouvernement à se pencher sur trois questions clés : les emplois, l’assurance-emploi et les pensions.

La crise des emplois

Depuis octobre 2008, près de 500 000 emplois à temps plein ont disparu parce que la crise qui a frappé le secteur manufacturier et l’industrie forestière s’est intensifiée pour s’étendre à d’autres secteurs. Pressé de toutes parts, le gouvernement fédéral a adopté dans son dernier budget une série de mesures de relance économique qui, associée à des taux d’intérêt ultra-bas, semble avoir stabilisé l’économie.

Toutefois, une part importante des emplois perdus ces dernières années est disparue pour de bon – sous l’effet des faillites d’entreprises et des fermetures d’usines. Cette année, le taux de chômage devrait atteindre 8,5 % en moyenne, mais le taux réel de chômage, celui qui tient compte des gens qui ont été forcés d’accepter des emplois à temps partiel ou qui ont renoncé à chercher du travail, dépasse déjà les 12 %. Les travailleuses et travailleurs au chômage qui ne réussissent qu’à trouver des emplois précaires à faible salaire sont nombreux.

Nous vivons une grave crise sociale et d’appauvrissement, car des dizaines de milliers de travailleuses et travailleurs qui se sont retrouvés au chômage bien malgré eux arrivent au bout de leurs prestations d’AE et le revenu des familles travailleuses est en chute. La crise a aussi un impact dévastateur sur l’épargne en vue de la retraite et sur les régimes de retraite.

Le plan d’action syndical :
Remettre les Canadiennes et Canadiens au travail

Le CTC a appelé le gouvernement à lancer, en partenariat avec les provinces et les municipalités, un programme majeur d’investissements publics sur plusieurs années afin de créer dès maintenant de bons emplois, de promouvoir nos objectifs environnementaux et de construire de nouvelles industries « vertes » pour l’avenir. En bâtissant à partir des fondations des programmes d’infrastructure existants, qui financent des projets municipaux « prêts à démarrer » à court terme, l’adoption d’un plan global permettrait de couvrir les routes, les égouts, le renouvellement des infrastructures de base dans les municipalités et la constitution d’infrastructures dans les collectivités des Premières Nations; les établissements de santé et d’enseignement; les transports collectifs; les services ferroviaires aux passagers; les logements à prix abordable; la conservation de l’énergie grâce à la rénovation des immeubles; et l’énergie renouvelable.

Le soutien du gouvernement fédéral à ces investissements devrait être associé à des politiques de contenu canadien pour que les intrants en marchandises et en services soient achetés au Canada. L’actuel programme d’infrastructures est beaucoup trop modeste pour avoir un impact senti sur la crise des emplois et il ne fait aucune place aux projets de plus grande ampleur et de plus longue durée qui auraient un impact beaucoup plus marqué sur notre potentiel économique futur.

Le gouvernement fédéral devrait aussi investir dans les garderies, les soins à domicile et les soins de longue durée aux personnes âgées, ce qui créerait de l’emploi et favoriserait nos objectifs sociaux.

Le gouvernement fédéral doit investir directement dans les stratégies de relance sectorielles qui permettront de sauver les emplois et favoriseront une restructuration fructueuse des industries durement touchées, comme l’automobile, la foresterie et les produits de la pêche. Si rien n’est fait pour soutenir les nouveaux investissements, notre base économique et notre bassin d’emplois subiront des pertes majeures et permanentes. Le gouvernement devrait aussi investir pour soutenir les industries culturelles, les technologies écologiques, l’énergie renouvelable et d’autres secteurs prometteurs de l’avenir. Il devrait également favoriser l’adoption de changements fondamentaux aux accords commerciaux déséquilibrés afin de renverser notre énorme déficit commercial manufacturier. Enfin, il devrait favoriser davantage le traitement de nos ressources pour en augmenter la valeur ajoutée.

Assurance-emploi (AE)

L’AE est un programme vital pour les travailleuses et travailleurs canadiens qui, lors d’un licenciement, méritent d’avoir des prestations adéquates pour pourvoir à leurs besoins et à ceux de leur famille. Le régime d’AE est un
excellent outil de relance économique et il peut aider à soutenir les communautés durement touchées.

Notre régime d’AE laisse beaucoup trop de Canadiennes et de Canadiens en plan, en particulier les femmes et les petits salariés dans des emplois précaires. Il n’y a que la moitié des sans-emploi qui est admissible aux prestations, à hauteur de seulement 343 $ par semaine en moyenne. Les quelques 800 000 personnes présentement sans emploi qui sont admissibles aux prestations d’AE n’en toucheront que durant 38 semaines en moyenne et, parmi celles et ceux qui ont perdu leur emploi au tout début de la crise, des dizaines de milliers sont déjà arrivés au bout de leurs prestations. Tous ont eu droit à une prolongation temporaire de cinq semaines, et quelques-uns, plus âgés, ont obtenu 20 semaines de plus. Toutefois, c’est insuffisant lorsqu’une reprise se fait sans créer d’emplois. La clientèle des régimes provinciaux d’assistance sociale commence à grossir rapidement.

Plan syndical pour un système d’AE plus juste

Le CTC a réclamé une exigence uniforme d’admissibilité de 360 heures de travail à l’échelle du pays pour qu’un plus grand nombre de sans-emploi soient admissibles aux prestations. Nous voulons un relèvement des prestations hebdomadaires d’après les 12 meilleures semaines de rémunération précédant le licenciement, avec un taux de remplacement de la rémunération assurable de 60 %. Nous réclamons aussi un prolongement de la période de prestations à au moins 50 semaines dans toutes les régions. Comme cela s’est fait aux États-Unis, et compte tenu de l’urgence de la situation, la durée des prestations devrait être prolongée d’au moins 26 semaines tant que le chômage restera aussi élevé. Les accords de travail partagé qui ont été conclus dans le cadre du régime d’AE ont permis de sauver environ 50 000 emplois, mais leur date d’échéance approche et il faudra les renouveler. Il faut aussi permettre aux sans-emploi d’accéder à une formation professionnelle pour le long terme.

Pensions

La crise financière a mis au jour des lacunes majeures au cœur de notre système de pensions. Nos régimes publics de pensions – la Sécurité de la vieillesse (SV), le Supplément de revenu garanti (SRG), le Régime de pensions du Canada (RPC) / Régime de rentes du Québec (RRQ) – procurent un revenu de retraite assuré, mais leur valeur maximale est loin d’assurer le remplacement de 50 % à 70 % du revenu d’avant la retraite qui permettrait de maintenir le même niveau de vie.

Pendant ce temps, le volet privé de notre système de pensions est en grande difficulté. Dans le secteur privé, il n’y a plus qu’une travailleuse ou un travailleur sur cinq qui participe à un régime de retraite d’employeur. Le régime de retraite moyen est gravement sous-financé à cause de l’anémie des taux d’intérêt et de l’effondrement récent du marché boursier, les régimes privés se retrouvant dans une position précaire quand les entreprises ferment leurs portes. Celles et ceux qui n’ont pas de régime de retraite doivent se fier sur des REER qui leur coûtent cher et qui en laisseront plusieurs avec un revenu de retraite très bas.

La sécurité des retraites pour tous
Appel à l’action

Le mouvement syndical croit que les Canadiennes et les Canadiens ne devraient pas être laissés à eux-mêmes quand vient l’heure de la retraite. Nous avons réclamé un doublement progressif des prestations du Régime de pensions du Canada pour qu’elles passent de 25 % à 50 % de la rémunération ouvrant droit à pension, cette mesure devant être financée par une hausse modeste des cotisations des employeurs et des employés. Il faudra pour ce faire que le fédéral et les provinces concluent un accord. La priorité du budget fédéral sur le plan des pensions est d’améliorer le Supplément de revenu garanti (SRG), qui est versé aux personnes âgées à faible revenu pour relever ce revenu à un minimum. Nous demandons une bonification immédiate de 15 % du SRG, soit environ 100 $ par mois, à un coût annuel d’environ un milliard de dollars. Avec cette mesure, plus aucune personne âgée ne vivra sous le seuil de pauvreté.

Le gouvernement fédéral devrait garantir les prestations de retraite des régimes de compétence fédérale jusqu’à un maximum de 2 500 $ par mois ; il devrait aussi travailler avec les provinces à créer un système national d’assurance pour les pensions.

Conclusion

La priorité doit maintenant être accordée aux emplois et au soutien des sans-emploi, non pas à la réduction du déficit. Notre dette nationale est basse, à seulement la moitié de ce qu’elle était au milieu des années 1990. Les taux d’intérêt sont très bas et vont le rester. Les chances que l’on se dirige vers une reprise significative grâce au secteur privé sont assez minces lorsqu’on sait que nombre d’entreprises se serrent la ceinture sous l’effet d’un dollar élevé et d’une économie mondiale encore fragile. Les familles travailleuses sont profondément endettées. C’est aux gouvernements qu’il revient de s’attaquer aux impacts humains de la crise et de créer les conditions d’un progrès partagé dans l’économie de demain.

Le temps est venu pour une croissance liée aux investissements publics qui créera des emplois aujourd’hui et qui revigorera le secteur privé demain. Le temps est venu d’investir dans de bonnes infrastructures publiques et de bons services publics comme principaux moteurs de la productivité future du secteur privé. Le temps est venu d’adopter des stratégies de développement industriel et des politiques de contenu qui créeront des emplois pour les Canadiennes et les Canadiens.

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